Méditation du 2ème dimanche de l'Avent - (Luc 3, 1-6)


Je m´appelle Madeleine Yvonne, je suis née en Uruguay et j´habite au Luxembourg depuis 17 ans. Aujourd´hui je suis ici devant vous, parce que je suis aumônier et depuis dix ans, presque chaque lundi je visite le Centre de Rétention, au Findel.

Dimanche dernier je suis venue à la fin de la messe avec ma petite custode chercher une hostie pour Léandre le premier catholique pratiquant qui en dix ans a manifesté le désir de communier.

Christian sortait de la sacristie sans ses lunettes, mais il me reconnait et s´exclame : "Madeleine ! Je pensais à toi à cet instant" Et il me lance une balle: "voudrais-tu faire la méditation du dimanche prochain?".

Je lui réponds que je suis timide et surtout qu´il m´est très difficile de sentir l´Amour que Dieu a pour moi, et de me laisser aimer par lui (depuis quelques semaines, j´ai commencé le Parcours « un cœur qui discerne »). Il me répond, tu peux prendre ton temps pour me répondre, mais tu pourrais commencer par ce que tu viens de me dire. Me voici donc…

Je me suis laissée toucher par la Parole…

Luc dans son Evangile, nous décrit l'establishment, mais la Parole de Dieu, n´est adressée ni à l'empereur, ni au gouverneur, ni aux grands prêtres, elle est adressée, dans le désert, à Jean, le fils de Zacharie (un homme de Dieu). Et Jean devient la Voix de celui qui crie dans le désert, a voix, peut être parfois forte, plus dure, ou plus délicate, plus douce. Mais la Parole, c´est autre chose. Elle donne la vie, elle libère, elle fait grandir, et comme nous le dit le prophète Baruc, la parole du Dieu très Saint rassemble les enfants de Dieu du couchant au levant et ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. C´est trop beau notre Dieu qui se souvient… Il nous prie, à nos âmes, à nos cœurs, à tout notre être. "Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur la tête le diadème de la gloire de l´Eternel"

Peut-on imaginer plus d´amour, plus de délicatesse? Quand Dieu conduit Israël, dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice, en abaissant montagnes et collines éternelles, comblant les vallées et aplanissant la terre, pour qu'Israël chemine en toute sécurité…ne dirige-t-Il pas sa parole à nos âmes, à nos cœurs, à ce qui est plus authentique et profond en nous ? Et Il fait œuvre en nous. Relisez l’une et l’autre fois le Psaume, c´est le Seigneur à l´œuvre et pour nous c´est un peu comme en rêve. Mais le rire et la joie remplissent nos cœurs. Oui, nous semons dans les larmes, avec difficultés et tant de travail, mais le temps des moissons est toujours dans la joie.

Il y a un peu plus de 40 ans, en classe de terminale, notre prof de philo me lança une balle que je n´ai pas pu attraper : défendre ma position de croyante face aux non croyants. Ma timidité me paralysa. J’ai du traverser plus de 40 ans de désert pour oser être ici.

Le Centre de Rétention m´a permis la rencontre avec l´autre, en particulier mes frères musulmans. Je parle longuement de Dieu avec quelques uns d´entre eux et je découvre des frères en humanité, d´une profondeur et d´une beauté extraordinaire, tellement reconnaissants de notre présence discrète, insignifiante aux yeux du monde. Combien de fois j´ai été bénie au nom d’Allah Dieu ! Je vous ai parlé de Léandre. Il est retenu depuis juillet. Son soutien vient de sa foi, extraordinaire. Chaque matin il se lève et remercie Dieu de lui donner un jour de plus de vie, et toute sa journée est rythmée par la prière. Tout faible encore après dix jours de grève de la faim, pendant lesquels, et jusqu´à son entrée en réanimation à l´hôpital, je lui portais la communion, je l´ai eu hier au téléphone il m´a encore dit " recevoir le corps du Christ a été mon unique soutien, après la communion je sentais une grande force pour continuer de vivre" et en faisant référence à nos conversations il ajouta: "tu es devenue la véritable servante du Seigneur"

Saint Paul dans la deuxième lecture nous éclaire d’avantage les mystères de l´amour, il prie pour les Philippiens, avec joie à cause de leur communion avec lui. Nous sommes aujourd'hui rassemblés, enfants de Dieu en communion les uns avec les autres sans peut-être nous connaitre, mais je sais que nous pouvons prier les uns pour les autres, pour que le Seigneur aplanisse nos terres intérieures, pour qu´Il abaisse nos montagnes, et comble nos fossés, et pour que nos cœurs deviennent purs et irréprochables. Ainsi ils pourront accueillir le Dieu qui bientôt se fera enfant, pour naitre dans nos cœurs devenus crèches.

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