Homélie du dimanche 5 juin - Pentecôte — Année C (Jean 14, 15-16.23b-26)


La fête de la Pentecôte offre à chacun de nous l’occasion de renouveler notre relation avec Dieu et avec les autres. C’est le temps d’un nouveau commencement : « Je vous enverrai mon Esprit et vous vivrez de nouveau ». Et Jésus souffla sur eux…

L’Esprit nous invite à vivre, à nous développer, à grandir. Refusons d’être des hommes et des femmes bonsaïs, tout petits, rapetissés, ratatinés! Refusons d’être comme l’aigle de basse-cour d’Antony De Mello : Un fermier avait trouvé, tout en haut dans la montagne, un œuf d’aigle. Il fit éclore l’aiglon dans son poulailler où le petit oiseau apprit à gratter le sol, à manger du grain, à voleter sur quelques mètres, à se jucher pour dormir... Un jour il vit un grand oiseau qui planait majestueusement très haut dans le ciel. Il demanda à une poule plus âgée quel genre d’oiseau c’était. «Ah ça, c’est un aigle royal. C’est un drôle de phénomène. Il vole seul, très haut, il se laisse porter par l’air, pendant des heures et des heures. Il est tellement différent de nous. Il vaut mieux ne pas penser à ce genre d’énergumène ! L’aiglon oublia le grand oiseau et continua à vivre comme les poules. Nous, chrétiens, sommes invités à voler plus haut, dans la pleine liberté des enfants de Dieu, à ne pas nous contenter d’une vie médiocre, au raz le sol !


Avez-vous déjà remarqué que la Pentecôte est une histoire à couper le souffle ? Quelque temps après la mort de Jésus, tout se déroule incroyablement. Ses disciples réapparaissent complètement transfigurés : les lâches se montrent au grand jour ; les muets parlent ; les désespérés rayonnent de joie ; ceux que la peur avait dispersés dans la nuit sont réunis ; loin de pleurer, ils éclatent de joie ; au lieu d’organiser des pèlerinages sur la tombe du disparu, ils affirment qu’il est le Seigneur vivant en eux ; ils se manifestent comme sa présence nouvelle ; ils s’acceptent comme frères et sœurs unis dans l’unique mission de proclamer à tout l’univers l’Evangile : Jésus est ressuscité. La Pentecôte est une histoire de vie puisque l'absence de souffle est synonyme de mort. Notre souffle est notre respiration. Mais avoir du souffle va bien au-delà de cette métaphore, avoir du souffle c'est pousser jusqu'aux limites les forces de vie et d'amour que nous portons en nous. C'est repousser les limites qui empêchent d'aimer jusqu'au bout. C'est tout simplement laisser fleurir jusqu'à l'épanouissement la vie qui habite en chacune et chacun de nous.

Le souffle de Dieu chasse les disciples de leur abri, ils dégringolent l’escalier, ouvrent la porte, sortent dans la rue. Car la prière ne met pas à part, elle n’écarte pas dans la solitude ni n’enferme dans un peuple ou une culture : toujours l’Esprit démolit les protections, ouvre les portes, pousse à la rencontre, abolit les frontières. L’Esprit est courant d’air.
Luc s’amuse à noter les réactions des passants : « …confusion…stupéfaction…émerveillement… ».

A quelqu’un qui lui demandait pour quelle raison il venait de convoquer un concile, vous connaissez l’histoire, le bon pape Jean XXIII répondit en se levant et en allant ouvrir la fenêtre : « Je veux de l’air, de l’air ! ».
Le pape François le proclame depuis son premier jour : il faut sortir, continuer l’exode, quitter nos cénacles douillets, sortir de nos certitudes figées pour rencontrer tout homme.
« Ne vous enfermez pas, je vous en prie, dit-il ! Imaginez une pièce fermée pendant un an : quand on y entre, il y a une odeur d’humidité, beaucoup de choses sont en mauvais état. Une Eglise fermée, c’est la même chose, c’est une Eglise malade. L’Eglise doit sortir d’elle-même. Où ça ? Vers les périphéries existentielles, quelles qu’elles soient… Allez dehors ! Sortez !... Il est important d’aller à la rencontre ; pour moi, ce mot est très important… Parce que la foi est une rencontre avec Jésus, nous devons faire nous aussi ce que fait Jésus : rencontrer les autres… Nous ne pouvons pas devenir des chrétiens amidonnés, ces chrétiens trop bien élevés qui discutent de théologie en prenant le thé tranquillement… »

Toutes et tous, nous sommes le temple vivant de Dieu, puisqu'Il choisit de venir demeurer en nous. Depuis l'événement de la Pentecôte, c'est en nous que nous le trouverons et par conséquent, également, dans le cœur de l'autre, dans la rencontre. L’Esprit de don et de pardon nous est donné. A la Pentecôte, le pouvoir de pardonner nous est insufflé ; Dieu souffle en nous les paroles du pardon. Au théâtre, il y a un souffleur pour les trous de mémoire de l'acteur... Désormais, si nous avions oublié comment faire, il y a en nous quelqu'un qui souffle les paroles et les gestes du pardon.

A entendre tout cela, on a envie de se mettre en route tout de suite ! Bonne fête de Pentecôte !