Homélie du 2 janvier 2022- Epiphanie - (Matthieu 2, 1-12)

Dernière mise à jour : 13 janv.






Epiphanie 2022


Frères et sœurs,



« Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin ! » Cet évangile, comme tous les évangiles de l’enfance, (St Luc et St Matthieu), déborde de références à tout l’Ancien Testament de la Bible. Ainsi l’évocation de ces mages venus à Bethléem.


Ce récit, - complété par le récit de la fuite en Egypte et par le massacre des innocents, - se lit lire comme un midrash, un genre littéraire sous la forme d’une histoire qui, pour les chrétiens de Palestine, familiers de la bible, s’éclaire par les références qui sont faites aux grandes figures de l’Ancien Testament, la loi et les prophètes. Tout l’évangile de Saint Matthieu se propose de montrer que Jésus est le nouveau Moïse, puisque, comme Moïse, il a échappé miraculeusement au massacre ; Jésus est le nouveau David, puisque, comme David, il est désigné par l’étoile messianique ; Jésus est le nouveau Salomon, puisque, comme Salomon, il attire à lui les sages venus d’Orient.


Les communautés chrétiennes d’origine juives, dans lesquelles a été rédigé l’évangile de saint Matthieu sont pénétrés par la dérangeante question : « Mais pourquoi les juifs ne deviennent-ils pas chrétiens ? Pourquoi attendent-ils encore toujours le Messie ? Pourquoi n’ont-ils pas reconnu en Jésus le Messie ? » L’épisode de la visite des mages donne une réponse particulière à ces questions. Nous remarquons le contraste entre les attitudes de chacun des trois groupes : les mages, le roi Hérode avec Jérusalem, les scribes avec les prêtres : ouverture et recherche chez les mages, peur et méfiance chez Hérode et les habitants de Jérusalem, science et connaissance stérile chez les scribes et les prêtres.


Commençons par regarder le roi Hérode le Grand. Il est grand par sa folie des grandeurs, par son amour du pouvoir absolu, par l’achèvement de la construction du splendide temple de Jérusalem, fierté de tout Israël… Mais chez lui, tout est peur et méfiance. La question posée par ces mages étrangers, capables de lire dans les astres, est comme un coup de poignard dans le cœur d’Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? … nous sommes venus nous prosterner devant lui ! » Il est l’homme du pouvoir, de l’avoir, mais donc aussi l’homme de la peur de perdre, l’homme de la méfiance, de la fermeture, des précautions à prendre, continuellement, jour et nuit… Il se sert, dit l’évangile « de tous les chefs des prêtres et de tous les scribes d’Israël », il met la science à son service personnel… Puis il se sert des mages pour qu’ils soient ses espions… « quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »


Tout à l’opposé, nous voyons ces « mages venus d’Orient » : des étrangers, des chercheurs de sens ; ils n’hésitent pas à se déplacer et à se mêler à ces milliers de pèlerins qui affluent à Jérusalem, parce que de cette ville rayonne une mystérieuse attente de salut, l’attente d’un Messie qui apportera enfin libération et paix… c’est certainement marqué dans les étoiles.

Ces mages sont les porteurs des qualités humaines portées par tout l’évangile : ouverture, recherche de la vérité, authenticité et sincérité, joie, espérance, humilité, générosité… « En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe… »


Quant aux chefs des prêtres et aux scribes d’Israël, ils se contentent de répondre à la question des mages, que répercute Hérode: « en quel lieu devait naître le Messie ? » Leur réponse est unanime et indiscutable. Ils citent un verset bien connu du prophète Michée (5,1) : « Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple. » C’est clair, le Messie doit venir de la cité de David, Bethléem. Oui, selon l’évangéliste Matthieu, les juifs connaissent fort bien les prophéties, et pourtant, ils n’ont pas reconnu le Messie, ils n’ont pas bougé, leur science biblique est restée stérile. Tout au contraire, les païens, chercheurs de sens, se sont dérangés et ont accueilli le Messie.

Ainsi, pour Matthieu, la foi des païens annonce le salut offert universellement à tous les hommes, ce que confirme Saint Paul dans l’épitre aux Ephésiens entendue aujourd’hui : le mystère du Christ, « c’est que les païens sont associé au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ, par l’annonce de l’Evangile » (Eph 3,6), cette étoile qui est là, aujourd’hui encore, pour guider vers la joie, la justice et la paix, tous les hommes de bonne volonté !