Homélie du 30ème dimanche de Temps Ordinaire - Marc 10, 46b-52

Dernière mise à jour : oct. 24




Pâque est maintenant toute proche et c’est en foule, dans l’allégresse et les chants, que les gens suivent ce Jésus annoncé comme le messie. Sans illusion sur cette fougue qui l’entoure, Jésus « sort » (un verbe rendu célèbre par notre pape François) de la ville et va faire une rencontre.




Marc est le seul évangéliste à donner le nom de l’aveugle : Bar (en araméen : fils) - Timée (en grec : valeur, honneur, dignité) Fils de valeur…

C'est pourtant un pauvre de toutes les manières : enfermé dans sa cécité, seul sans soutien familial donc obligé de mendier, assis donc oisif, sans travail, sans destination, en-dehors de la ville. Assis, arrêté, alors que tout le monde marche. Il est marginal : dans le fossé, à côté du chemin. Il est aveugle : il doit demander ce qui se passe, il a besoin qu’on lui explique. Un vrai pauvre !

Mis au courant, il ne peut qu’appeler au secours : sa seule force est son cri. Ses cris s’adressent à un autre fils, « le fils de David », désignation du Messie qui est attendu comme descendant du grand roi. Pour lui, ce fils de David, avant de monter à sa capitale, se doit de le soigner, lui, le pauvre aveugle, fils de Timée. De son malheur, son enfermement.

Du fond de sa misère, sans arrêt il hurle ; personne ne parvient à le faire taire. Sa voix est sa seule arme, sa seule force : Aie pitié de moi! 
Au milieu du brouhaha, des gens qui se contentent de le regarder et de l'acclamer, Jésus, lui, a perçu l’appel, les cris du pauvre (Ps 33).


A son tour, il appelle. Il s'arrête et demande qu'on le lui amène. La miséricorde a entendu le cri de la misère.

Quelques-uns servent alors d’intermédiaires : ils invitent l’aveugle à la confiance, le pressent de se lever, lui transmettent l’invitation de Jésus. Il l'« appelle » (trois fois répété). 
« Confiance ! Lève-toi» : c'est le verbe que l'on emploiera aussi pour parler de la résurrection de Jésus.
 Il s’est levé d’entre les morts.

Bouleversé, Bartimée se débarrasse de sa seule protection, son manteau, et il se presse comme il peut. Il n’est plus qu’un cri, une supplication, un sanglot : « Fais que je voie » !

Que veux-tu ? – Que je voie - Va, Ta foi t’a sauvé.

Parce que tu as crié, que tu as exprimé ton malheur incurable, que tu as tout laissé pour courir à ma rencontre, que tu t'es dressé, que tu as fait confiance.
 Bartimée, le fils de Timée est devenu un enfant de Dieu, un fils de Dieu. Il a en lui la lumière et le feu : il voit !

Tandis que les gens regardent s'éloigner Jésus et les siens avant de retourner à leurs occupations, Bartimée, lui, se met à suivre Jésus dans sa montée dangereuse vers Jérusalem. Il voit ce qu’il faut faire. Il devient disciple, un enfant qui accueille le Royaume.


Il ne s'agit pas seulement du récit d'un miracle inexplicable. Bartimée représente tous ces disciples et ces gens rencontrés lors des scènes précédentes dans cet évangile et qui ne voyaient pas pourquoi Jésus parlait de mort prochaine, pourquoi il appelait au renoncement et à la croix, pourquoi il proposait des enseignements exigeants.


Et les disciples aujourd'hui, c'est nous.
 Bartimée nous pousse à reconnaître notre incapacité de percevoir le lumière pascale de l'Evangile, à avouer « notre aveuglement », à confesser notre pauvreté. Lui, l'appelé, nous conseille de nous laisser appeler, de faire confiance, de ne pas demeurer inactifs et résignés, en bordure du chemin de notre vie. 



Il nous invite à nous lever, à oser abandonner ce qui nous couvre et nous protège, à supplier pour voir. 
Et « aussitôt » (ce petit mot tant aimé de Marc), sans attendre - parce que l'Evangile est toujours au présent - de nous mettre en route derrière Jésus et de le suivre.


Celui qui nous fait voir nous fera vivre. Quand tu sais qui TU SUIS, TU ES.



Christian Motsch sj

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