Homélie de la messe de Noël - (Luc 2, 15-20)



Noël nous invite à faire naître le jour.


Dans une grotte 
enfoncée au plus obscur de la nuit 
un enfant vient de naître.
C’est vers lui que les bergers s’avancent. C’est là, dans une mangeoire pour les animaux, que Marie, nous dit-on, «emmaillota son fils premier-né et le coucha». Ce point minuscule, caché dans le creux d’une province palestinienne, ce point où l’humanité touche sa limite, nous est présenté comme inséparable d’un événement mondial. C’était au cœur d’un recensement «de toute la terre».

Comment ne pas souligner l’importance de ces simples mots ! 



Toute la terre : mondialisation. Le mot qui fait peur. Il dit les écarts entre les peuples, les menaces de bien des conflits, les crises financières et écologiques, les pandémies. Il s’accompagne de difficultés à traverser : chômage, précarité, insécurité. Le message de Noël, au cœur des drames d’aujourd’hui n’est ni une consolation ni un aveuglement. Il est une invitation à élargir nos cœurs aux dimensions du monde et à œuvrer pour que se réalise le programme énoncé par les anges : «Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime» !

Un jour nouveau se lève 
lorsque, en regardant la terre 
et tous les peuples 
et tous les hommes et femmes si divers qui l’habitent
 nous y décelons un appel à aimer.


Mais comment ? Comment le Dieu vivant va-t-il se manifester, comment ce monde sera-t-il transformé ? Comment passerons-nous de la guerre à la paix, des ténèbres à la lumière, pour être comblés d'amour et de vie ?

Le cœur de l’homme reste habité par l’égoïsme ou la volonté de puissance : nous sentons, à l’œuvre en nous-mêmes, des forces de refus ou nous prenons une conscience plus vive de nos pesanteurs, de nos opacités et de nos impuissances.


Fragilité, dépendance, dénuement : voilà les repères fournis aux bergers pour reconnaître le Messie de Dieu. Ce sont déjà les marques de leur propre existence : le Messie qu’ils vont chercher est déjà l’un des leurs.


Voilà qui est bien paradoxal : après avoir parlé par les prophètes de façon concrète et intelligible, lorsqu’il veut nous adresser une Parole définitive, Dieu se fait enfant. En latin infans, veut dire, étymologiquement « celui qui ne parle pas ». Le bébé de la crèche ne parle pas, bien sûr. Il va falloir du temps pour qu’il apprenne à parler, comme tous les enfants. Et cependant, déjà simplement par sa naissance, il nous parle. Il est un gosse de pauvres gens, qui viennent chercher des papiers exigés par l’occupant romain ; il n’y a pas de place pour ces pauvres dans les maisons du village : il naît dans une étable. Plus tard il faudra fuir la colère d’Hérode et devenir enfant d’une famille de réfugiés politiques… Relisez tout le parcours de Jésus et vous verrez comment il nous parle beaucoup plus par des gestes, des attitudes que par des paroles.


Dieu vient en nous, il prend corps par nous, grâce à nous. Il est avec nous dans tout ce que nous faisons. Il n'agit pas de l'extérieur. Il n'est pas au dessus, il n'est pas au-delà, il est au-dedans ! Il vient comme vient un enfant. Il naît, il devient au cœur même de l'univers. Il refuse d’entrer en force dans le monde, parce qu’il veut nous révéler la manière de Dieu.

Lorsque notre cœur se réveille, qu’il refuse de céder à la haine, 
lorsque notre cœur n’est pas borné
à défendre nos seuls intérêts personnels, lorsqu’il vibre aux appels du monde,
alors le jour de Dieu illumine la terre.



C’est le don de soi. Il y a en nous pour les autres une parole qui attend que nous la prononcions, une parole qui nous met en situation de fécondité. Nous participons à la naissance de Dieu !


C’est tout le mystère de la vie qui est ici exprimé :

Nous naissons, nous vivons, puis nous mourons. Et cette réalité de l’existence humaine, Dieu la prend totalement quand il devient homme. Mais il ne l’assume pas pour la vivre simplement comme nous, il la vit pour la sauver. Le Fils éternel n’est pas venu seulement apporter une solidité à tout ce qui est trop fragile dans nos vies. Couché dans la mangeoire, le Messie s’annonce comme une nourriture pour l’humanité affamée. Il ne vient pas simplement faire un petit tour sur notre terre ; il vient nous sauver et s’offrir en nourriture. Jésus nouveau-né est déposé dans une mangeoire, comme du pain dans une corbeille sur la table de l’humanité, cette table où il dira en offrant le pain à ses amis : ceci est mon corps pour vous, prenez et mangez. Corbeille aussi du partage du pain avec les foules auxquelles il proclamera : je suis le pain vivant descendu du ciel. Il vient nourrir l’humanité de sa parole, de sa personne, de sa vie, à Bethléem, qui signifie “maison du pain”.


Couché dans une mangeoire. Dieu est pauvre, tout ce qu'il a, il le donne. Être pauvre, se faire pauvre, c'est tout donner. Dans quelle mesure je me sens invité à cela ce soir ?


La gloire du Seigneur les enveloppa. La gloire de Dieu : aimer, donner ; nous la verrons, dans le Christ, si nous nous laissons porter, dans la prière et nos choix, des choses visibles aux choses invisibles.

Aimer.

Donner.

Si nous retenions ces deux mots pour nous dire joyeux Noël cette année ? Et nous serons inondés de lumière et de paix.


Car la lumière ne vient pas du ciel.
Quand elle naît, c’est du cœur de l’homme.





Joyeux Noël !



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