Méditation du Jeudi de l'Ascension A - Mt 28, 16-20


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 28, 16-20)

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre »

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Méditation pour le jeudi de l'Ascension

Jésus « plus haut que tout » (Ep 1, 17-23). L’élévation du Christ au-dessus de « tous les êtres qui nous dominent », au-dessus de tout ce qui nous opprime, au-dessus des crises et des pandémies, c’est l’affirmation de notre vocation à la liberté. Nous vivons dans des servitudes multiples : nous sommes asservis aux lois de la nature, aux lois économiques, sociologiques, à la loi de la mort, au péché. Déjà les miracles du Christ annonçaient cet univers où l’homme se révèle maître de tout. On nous annonce une victoire, une « prise de pouvoir » sur tout ce qui fait de notre existence quelque chose d’imparfait, d’inachevé. Voilà ce qui fonde notre espérance et nous ouvre la perspective d’une liberté vraie. Voilà, déjà, ce qui nous « révèle », nous arrache à toute prostration, donne un sens à tout ce que nous vivons et faisons. Et, par consé­quent, nous met en route. Lève-toi et marche car il y a un « quelque part » où tu as à te rendre, où Jésus te précède, d’où il t’appelle.


L’itinéraire de Jésus. Oui, « Jésus », pour bien marquer que Dieu s’est fait réellement homme, cet homme. Qu’il ne s’agit pas d’un être hybride, mi-Dieu mi-homme : Dieu est devenu tout à fait homme. Si Jésus nous paraît pourvu de « pou­voirs » surprenants, c’est que ces « pouvoirs » sont donnés à l’homme. Peut-être ils nous sont donnés en germe ; peut-être « ce que nous serons n’est pas encore manifesté », mais c’est là, c’est présent, c’est actif en nos vies. Pour Jésus aussi il y a germe et développement. Nous le voyons d’abord enfant, adolescent, adulte. Nous le voyons en proie à la souffrance et à la détresse humaines (il « descend aux en­fers »). Nous le voyons enfin élevé au-dessus de tous les conditionne­ments qui briment nos libertés. Cet itinéraire, c’est l’itinéraire de l’homme : « là où je vais vous me suivrez plus tard ». L’ascension de Jésus, c’est l’ascension de l’humanité. Cette ascension est déjà commencée. Elle commence au jour de notre conception et devient de plus en plus humaine à mesure que nous adhérons à ce mouve­ment qui nous porte toujours plus loin. Notre vecteur, c’est l’espé­rance. L’attente dans la certitude, l’attente active d’un état nouveau qui n’est pas encore là.


Notre itinéraire. Attente active : ce que nous serons est un don de Dieu, comme d’ailleurs ce que nous sommes. Et cependant il ne s’agit pas d’attendre que « cela tombe du ciel », car il faut au con­traire « monter au ciel ». Il faut marcher. Marcher, cela signifie vivre déjà dans toute la mesure du possible dans la liberté, dans la justice, dans l’amour, dans la joie qui caractérisent l’homme auquel chacun rêve. Nous convertir à notre avenir. Cet avenir, nous le possédons déjà dans la mesure où nous « marchons ». Il est déjà là, finalement, puisqu’il est actif en nous, nous attirant. Le ciel ne s’oppose pas à la terre car il est déjà actif au cœur de la terre (parabole du grain jeté en terre). Aussi nous avons droit, déjà, à la joie. Et le ciel mettra-t-il fin à la marche ? Peut-on cesser de désirer ? Aujourd’hui nous marchons dans la nuit et notre foi est à l’épreuve.

La crise sanitaire pourrait-elle être le kairos qui nous conduira à avancer, en ascension ? Le pape François nous y invite, espérant « que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence » (François, Lettre aux Mouvements populaires, 12 avril 2020).

Le chemin de la conversion n’est pas un chemin de solitude. Au sortir de nos confinements, nous nous y engageons, ensemble, avec d’autres, au service du « monde d’après ». Ce monde n'est pas un rêve, mais une tâche qui commence maintenant, dans l'espérance de la « terre nouvelle » que nous attendons comme un don, mais où nous retrouverons, transfigurés, tous les fruits de notre labeur au service de la dignité de tous et de la communion fraternelle (Gaudium et Spes, GS 39).

Un jour nous marcherons dans la lumière. Et cette marche sera repos.

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