Méditation sur l'évangile du 5ème dimanche de Carême A - Jean 11, 1-45

 

 

Confinement général, pandémie, des dizaines de milliers de morts en quelques jours,… Terriblement convaincante, la mort. Nous savons que nous avons chacun rendez-vous avec elle, un certain jour, à une certaine heure, que nous ne connaissons pas : dans longtemps ? Demain ? 

 

Dans ce contexte, la mort de Lazare est représentative de la condition humaine : Lazare, c’est nous. Notre problème est de croire la mort. La mort « parle », en ef­fet. Elle nous dit que nous vivons en vain ; que nous sommes en sursis ; bref, que Dieu est Dieu de mort et non de vie : le Dieu avare qui nous accorde un petit moment pour jouir de sa lumière, « la lumière de la vie » (Jn 8,12). La ré­surrection de Lazare, figure de celle du Christ, nous invite à changer notre regard sur Dieu. 

Et Dieu a un mal fou à se faire reconnaître pour ce qu’il est : en effet, la Bible commence en nous montrant un homme qui, soumis à la tentation, se fait une image peu glorieuse de Dieu : il prend Dieu pour ce qu’il n’est pas, un Dieu ennemi de la vie, un Dieu de ténèbres (contraire de la lumière) qui veut maintenir l’homme dans l’ignorance face à ce qui lui arrive, bref un Dieu qui n’est pas amour. Il faudra tout le chemin de la Bible, y compris la Pâque du Christ, pour qu’éclate enfin la gloire de Dieu.

 

Mis à part le fait que nous ne savons jamais si nous croyons vraiment à la résurrection, nous savons bien que la mort, en particulier celle des proches, n’est jamais facile à supporter, même avec toute la foi du monde. Ici nous apprenons que la douleur des hommes est aussi douleur de Dieu. « Dieu n’éprouve pas de joie quand périssent les vivants » (Sg 1,13). Lazare, figure de tout homme, est enfermé (confiné ?) dans le tombeau, privé de lumière, et « lié ». Jésus va lui ouvrir un pas­sage : la pierre tombale est enlevée. L’homme « sort » : c’est le mot de l’Exode, par lequel Israël fut arraché à la fois à l’esclavage et à la mort. « À toi les issues de la mort », dit le psaume 68 (v. 21). « Et le mort sor­tit ».

 

Mais si le message de la mort est mensonge, pourquoi pleurer et surtout, pourquoi le Christ lui-même pleure-t-il ? C’est que si la mort ment en voulant se faire passer pour la réalité ultime, pour le dernier mot sur Dieu et sur l’homme, cela ne l’empêche pas d’être bien réelle, de nous arracher à la lumière de notre monde pour nous plonger dans la nuit du tombeau. Devant elle, Jésus éprouvera frayeur et angoisse (Mc 14,33). La mort termine bel et bien notre vie sous sa forme actuelle et cela ne va pas sans traumatisme. La foi n’est pas une sorte d’artifice destiné à nous faire l’économie de l’angoisse de la mort, une sorte d’anesthésique. Elle est adhésion à quelqu’un, le Christ, qui a lui-même connu la mort. Ce qui change notre mort, c’est qu’elle est morte avec lui, qui est la vie.

 

Jésus ressuscite, se relève, dans la vie de Dieu, une vie pour nous inimaginable et pour­tant à laquelle nous sommes promis. La résurrection de Lazare, provisoire en quelque sorte puisqu’il mourra lui aussi, nous apprend encore quelque chose : que la résurrection dans le Christ sera une « résurrection de la chair », c’est-à-dire de notre humanité intégrale, avec toute notre histoire. La résurrection est déjà à l’œuvre, sous forme de signes et de figures (la résurrection de Lazare en est un) tout au long de nos existences : une sortie de si­tuations bloquées, la santé retrouvée, des problèmes qui trouvent leur solution. Tout ce qui va dans le sens de la vie.

 

Ne sommes-nous pas victimes de la même méprise devant la Passion du Christ ? Les juifs, Marie, Marthe croient eux aussi à la toute-puissance de la mort. Marthe croit en même temps en Jésus, mais elle renvoie la résurrection à la fin des temps. Jésus lui dit que la résurrection est déjà là : il est lui-même la résurrection. La foi en lui fait déjà vivre d’une vie indestructible.

 

Nous aurions voulu qu’il économise la mort, au lieu de nous la faire traverser en la « passant » avec nous. Grande est la tentation, devant la croix du Christ, de voir le visage de Dieu comme un visage de mort. C’est l’épreuve même de la foi. Glorifier Dieu c’est confesser qu’il est vie. Cette foi nous est donnée mais nous avons à la prendre : Lazare sort bien vivant du tombeau mais il a les pieds et les mains liés ; c’est à nous les hommes, de le délier et de le « laisser aller ».

 

« Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance » (Urbi et orbi, 27 mars 2020).

 

Après la méditation du pape, il y a eu une prière de supplication sous forme de litanie: « nous t’adorons, … nous croyons, … libère-nous, Seigneur, … sauve-nous, Seigneur, … console-nous, Seigneur, … donne-nous l’espérance ».

 

Puissions-nous entendre en ce temps présent, dans la situation singulière qui est la nôtre, et accueillir au tréfonds de nous-même cette parole de vie éternelle : « Moi, dit le Seigneur, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais ».

 

Photo : Primevères du jardin derrière la chapelle

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