Homélie du 2ème dimanche de Carême A - Mt 17, 1-9

 

Frères et sœurs,

 

L’Évangile place le récit de la Transfiguration juste après que Jésus ait annoncé clairement à ses disciples quel sort l’attendait à Jérusalem : sa condamnation, ses souffrances et sa mise à mort, suivie de sa résurrection. Les disciples avaient besoin, par l’expérience de la transfiguration, d’entrevoir la lumière de Pâques.

Cette « Transfiguration » se passe 6 jours après cette annonce. Précision, « six jours », cela fait penser à la montée de Moïse au Sinaï : Matthieu veut montrer à quel point Jésus est le nouveau Moïse (la loi) et le nouveau prophète, le Messie serviteur. C’est sur la haute montagne que Moïse a reçu la Loi. 

Pierre, Jacques et Jean représentent tous les autres disciples ; ils sont souvent mentionnés ensemble, notamment à l’agonie, à Gethsémani.

Ici, partageant sa prière, Jésus veut réconforter ses disciples et leur révéler sa véritable identité : c’est Lui le Messie qu’Israël attendait. Leur témoignage comporte deux parties impliquant à chaque fois une expérience sensible particulière. D’abord ce qu’ils voient : Jésus est transfiguré, son visage rayonne, ses vêtements sont d’une blancheur de résurrection… Ensuite ce qu’ils entendent : la voix donnant le sens de leur expérience… Dieu se fait proche et se révèle Parole, Verbe, le Fils bien-aimé, en qui le Père a mis tout son amour.

Les disciples ont perçu quelque chose du mystère de Jésus de Nazareth. Ils nous invitent en quelque sorte à communier à leur expérience et à notre tour, fortifiés, éclairés par l’Esprit, soyons attentifs à partager notre vécu. Car c’est peu à peu dans mon cheminement spirituel que Jésus me dévoile son mystère. Je peux aussi comprendre qui il est par la présence de ces deux personnages absolument centraux dans la piété et la foi juives, Moïse et Elie, toujours identifiés à la Loi et aux prophètes, à la révélation de Dieu et de son Alliance. Ainsi, ce Jésus est vraiment le Messie attendu, il dialogue avec les médiateurs de l’ancienne alliance, Moïse et Elie, avec la loi, avec les commandements, avec l’histoire de l’alliance, avec les prophètes, qui éclairent et guident le cheminement d’Israël. C’est une expérience à ce point gratifiante que Pierre veut s’y fixer en proposant de dresser trois tentes en ce lieu… 

Mais voici qu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ! Lumière tamisée par l’ombre… Cette nuée manifeste symboliquement la puissance de Dieu enveloppant cette communauté spirituelle au sommet de la montagne, ces six personnes témoins de la transcendance de Dieu, Jésus, Moïse, Elie, Pierre, Jacques et Jean… L’évangile culmine encore quand se fait entendre la voix de Dieu, le Père de Jésus : « Celui-ci, Jésus de Nazareth, est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour, écoutez-le ! »  Comprenons, dans ce message que Dieu nous adresse, combien il nous faut toujours revenir à Jésus, à sa Parole, sans jamais cesser de l’écouter. 

Jésus instaure une ère nouvelle qui accomplit l’ancienne : en Lui, Dieu se fait proche et nous remet debout : « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : ‘Relevez-vous, et n’ayez pas peur !’ » 

Plus besoin de nous inquiéter : Jésus, oui, inonde-nous de paix !

Jésus veut être notre plus proche prochain, nous toucher, nous remettre debout, nous libérer de nos peurs, comme il l’a fait, là, sur la haute montagne, comme il le fera durant le temps pascal, et comme il le fait par son Esprit après le Pentecôte chaque jour, quand nous ne voyons plus que Jésus seul dans la plaine de nos quotidiens…

Aussi Saint Ignace nous conseille-t-il de nous souvenir, aux heures obscures, des temps de visites de l’Esprit, dans la tonalité heureuse du bonheur, sûr de me savoir aimé, inondés de la paix de Dieu…

         Le récit de la Transfiguration fait partie de notre cheminement de Carême. Avec Jésus, nous allons vers notre propre mort et notre résurrection. Comme Pierre, Jacques et Jean, il nous arrive d’avancer dans une nuée lumineuse, comme celle de l’Exode quand les Hébreux passaient par le désert, de l’esclavage à la libération. Cette consolation divine est bien réelle, mais elle est aussi obscure.

         Ainsi, questionnés par cette Transfiguration, nous pouvons entrer dans un avenir de lumière, plus ou moins longtemps, plus ou moins fréquemment. Ce n’est pas tout de suite que nous pouvons dresser trois tentes, camper dans la lumière et la paix de Dieu. C’est une promesse de Jésus, il nous encourage et nous rend plus forts : n’ayez pas peur, relevez-vous ! Confiance ! Alors, aidons-nous les uns les autres, assumons les conflits, bannissons la peur et l’angoisse, quand, après la consolation lumineuse, surgissent les instants ténébreux, laissons notre prière se faire insistante : Seigneur, inonde-nous de paix !

 

 

 

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