Homélie du 1er dimanche de Carême A - Mt 4, 1-11

 

La lettre pastorale de notre évêque pour le Carême 2020 commence ainsi : « Le Carême est le moment privilégié de l’année pour mieux cerner ce qui fait notre identité chrétienne. Il s’agit de nous tourner plus résolument vers Jésus, d’écouter sa parole et de la mettre en pratique dans notre vie. Pour y arriver, il faut toujours des moments de conversion. Profitons ensemble des six semaines qui viennent pour nous ouvrir à la Parole de Vie de Jésus et pour donner un profil plus précis à notre vocation chrétienne ».  

 

Comment ? Lorsqu’on regarde Jésus à son baptême par Jean, on le voit recevoir la confirmation de son identité – qui il est vraiment, Fils bien-aimé du Père - et le don de l’Esprit l’investir comme messager, une colombe de la paix. Il comprend et accepte la mission d'initier sur le champ, comme Messie, le Royaume de Dieu parmi les hommes. L’appel est net, absolu mais ne précise rien de la méthode et des moyens à utiliser : donc, à l’écart de tous, Jésus va réfléchir dans la solitude risquée du désert. C’est là que le démon vient le tenter au lieu même de ce don : la tentation de s'approprier pour lui-même ce qu'il a reçu. 

 

Réfléchir sur les tentations auxquelles est soumis Jésus dans le désert est une invitation, pour chacun de nous, à répondre à une question fondamentale : qu’est-ce qui compte vraiment dans notre vie ? Chacun pourrait se demander : quelle place Dieu a-t-il dans ma vie ? Est-ce lui, le Seigneur de ma vie, ou est-ce moi ? 

 

La tentation fondamentale est de ne pas faire confiance à Dieu, de le considérer comme une puissance avare qui ne veut pas que l’homme devienne comme lui. Alors, l’homme se défend de Dieu et exige des preuves là où la parole qui dit « Dieu est amour » devrait lui suffire.

 

Je peux demander au Seigneur de m’instruire sur mes propres lieux de tentations, et comment je peux y résister en me tournant vers lui. En contemplant Jésus faisant face au tentateur, je peux lui demander, comme le fait St Ignace dans les Exercices spirituels : “ la grâce de connaître les tromperies de l'ennemi et une aide pour m'en garder ”.

 

Israël au désert a été tenté par l'idolâtrie. Quelles sont donc les idoles qui me tentent ? C'est d’habitude d’une triste et morne banalité, mais c’est toujours en fonction de notre condition actuelle et de notre tempérament que nous sommes tentés. Nos tentations portent toujours sur la même chose, et pour chacun de nous d’une manière adaptée, personnalisée, une « tentation sur mesure » : celle de satisfaire à tout prix notre faim de possession, de jouissance ou d'honneurs.

 

Demandons au Seigneur de pouvoir le choisir lui, plutôt que toute idole, toutes ces choses si brillantes, si fascinantes qui nous attirent alors qu’elles ne font pas vivre, qu’elles nous mordent dans notre chair, qu’elles sont tout le contraire de ce qui rend libre.

 

C’est pour nous aider dans ce combat et cette disponibilité à Dieu que nous sont proposés ces moyens traditionnels de conversion que sont la prière, le jeûne et le partage. 

 

La prière : mets-toi à l’écoute de Dieu. Lis les Écritures. Écoute sa Parole. Elle est tout près de toi, de ton cœur. Fais silence. Sois disponible. 

 

Le jeûne : dégage de l’espace pour Dieu et pour les autres dans ta vie. Désencombre-toi. Arrête de courir. A quoi es-tu accroc ? De quoi es-tu dépendant ? De quoi as-tu besoin d’être libéré ?

 

Le partage : Qu’as-tu à partager ? De ton temps, de ton argent, de ton attention ? Avec quels amis ? Parmi les pauvres ?

 

C’est pourquoi nous reprenons ce chemin non pour comptabiliser des petites privations mais pour chercher la vérité. Non pour prendre un air renfrogné, des mines de carême, mais pour manifester la joie de la foi.  Non par dédain de l’humanité mais pour l’aider – autour de nous et en nous - à se remettre debout dans sa liberté.

 

Suivre Jésus en sorte que son Evangile soit le guide concret de notre vie, cela signifie laisser Dieu nous transformer, cesser de penser que c’est nous qui sommes les seuls constructeurs de notre existence ; cela signifie reconnaître que nous sommes des créatures, que nous dépendons de Dieu, de son amour, et que c’est seulement en « perdant » notre vie en lui que nous pouvons la gagner vraiment. 

 

Faisons de ce Carême un temps d’amitié et d’intimité avec le Seigneur. 

 

Bon carême, bonne route !

 

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