Homélie du 6ème dimanche ordinaire A - Mt 5, 17-37

 

Jésus, dans l’évangile, a souvent instruit ses disciples, en marquant la nouveauté de ce Royaume de Dieu qui s’est approché et où l’important est désormais cette confiance en Lui à laquelle il ne cesse d’inviter : « Vous avez appris …, moi, je vous dis… »

            Il s’agit effectivement d’un changement absolument radical. Il ne s’agit pas d’un changement de la loi, mais d’un changement de notre relation à la loi, il ne s’agit pas de changer la loi, mais il s’agit de convertir notre cœur. Jésus n’instaure pas un nouveau légalisme qui serait plus exigeant que celui des pharisiens : les exigences ‘légalistes’ doivent faire place aux exigences infiniment plus grandes, celles de l’amour, et cela va bien au-delà de ce que peut demander la stricte justice. Certes, il y a notre ‘nouvelle sensibilité’ contemporaine : cette  prise de conscience du fait que collectivement nous respectons bien insuffisamment les droits inspirant de nombreux secteurs dans notre monde globalisé, notre désormais maison commune… et de nombreuses chartes ne cessent de voir le jour, comme les droits des femmes, des minorités, des enfants, des handicapés, des demandeurs de protection internationale… Oui, nous avons pris conscience que tout cela est de plus en plus nécessaire. Mais l’enjeu réside alors dans notre manière réaliste de respecter ces nouveaux codes ; autrement nous risquons d’aboutir à de nouvelles injustices ; et ce fut le cas dans la dérive pharisienne. Alors,  Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle… !

            La justice humaine se base sur les divers droits qui ont été établis par les conventions élaborées au cours du temps dans une société et sa culture particulière. 

            Il y a des cultures où l’esclavage faisait partie de la structure de la société, comme, au temps du Christ et saint Paul, dans l’Empire Romain : la justice consistait à veiller à un équilibre entre les droits des propriétaires d’esclaves et leurs obligations envers leurs esclaves, mais ces derniers n’avaient guère de droit. 

            Nous vivons depuis si longtemps dans une société dite ‘capitaliste’ où ‘pratiquer la justice’ consiste à respecter l’équilibre entre les droits des propriétaires du capital et les droits des ouvriers qui font fructifier ce capital par leur travail.

            Nous participons aussi d’une société qui s’inspire de différents socialismes : la justice consiste à chercher continuellement l’équilibre légalement établi entre les droits de l’Etat et les droits des personnes qui en sont les membres. Mais nous devons bien constater que même lorsqu’aucun droit légal n’a pas été lésé, surviennent des formes d’oppression qui demandent de nouvelles mises au point.

            Jésus, notre vrai chemin de vie, ne passe pas son temps à préciser tous ces droits que nous ne cessons d’ajuster. C’est son Esprit qui nous assiste. Ce que Jésus nous dit c’est : ne restez pas à ce niveau de calcul légaliste, libérez-vous de tout calcul. L’Évangile vit de la grâce, du gratuit, du non-calcul. Si la justice vous demande de donner votre manteau, donnez aussi votre chemise. Si la justice vous donne droit à exiger œil pour œil ou dent pour dent, pardonnez simplement à celui qui vous a offensé ou fait du tort. Si le  code de comportement moral vous interdit un certain nombre de choses comme par exemple de prendre la femme de votre voisin, alors moi je vous  demande de surveiller même les désirs de votre cœur. Ce nouvel enseignement de Jésus concernant la loi s’avère être une source de grande insécurité, c’est dérangeant, oui, mais c’est très salutaire. Il y a un risque : si être bon consiste à ne pas commettre l’adultère, à ne pas tuer, à ne pas exiger plus  qu’un œil pour un œil et une dent pour une dent, à être des pratiquants du dimanche, à trier patiemment mes déchets, alors, en effet, risque de monter en moi la satisfaction et la sécurité du devoir accompli : je peux vérifier régulièrement, calculer presque, si je suis juste et bon ou pas. Et si j’ai péché, je pense savoir exactement quand j’ai péché, à quel endroit et à quel moment. Ce grand sentiment de sécurité peut me faire verser dans un observantisme pharisien… Or Jésus a souvent répété : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »

            Effectivement, ‘dépasser la justice des scribes et des pharisiens’. Être fidèle à l’appel de Jésus, me demande de purifier mes intentions et d’aimer, même mon ennemi. Ce style et cette habitude de vie fait que je donne et que nous donnions plus qu’il n’est demandé, que je m’évertue à réparer toujours à nouveau, inlassablement, la relation entre moi et mes frères et sœurs lorsqu’elle est brisée : alors je vais pouvoir enfin vivre dans cette bénéfique et durable insécurité à laquelle nous invite Jésus :  vivre dans la conscience que nous sommes tous, et moi le premier, appelés à quelque chose de bien plus que ce que je suis actuellement et bien plus que ce que je suis en train de faire. Cette dimension d’insécurité, de ce lâcher prise me fait entrer dans la première des béatitudes, si prometteuse d’avenir, la pauvreté. Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux !

            Avec cette pauvreté de cœur, dans cette attitude d’enfants maladroits en train d’apprendre à marcher et à vivre dans notre maison commune, en la rendant plus habitable, continuons notre célébration, accueillons la grâce, la confiance, la foi,  la justice de Dieu, ces cadeau gratuit de l’Évangile, riche en miséricorde et en compassion! 

Développons nos capacités de vivre avec sagesse, de penser en profondeur et d’aimer avec générosité, d’écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres (Laudato Si’ n°49). 

 

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