Homélie du 3ème dimanche de l'Avent A - Matthieu 11, 2-11



« C’est la vengeance qui vient », dit la première lecture. Jean Baptiste en était bien persuadé, appuyé sur la tradition prophétique. C’est pour cela que, dans l’évangile de diman­che dernier, il parlait de « la colère de Dieu » et annonçait un jugement sans concession.

Alors, pourquoi Jean, tout à coup, nous est-il montré hésitant et incertain ? En fait il est déconcerté, complètement dérouté. Il a présenté Jésus comme venant « mettre la cognée à la racine de l’arbre » comme venant « faire le tri entre le grain et la paille ». Pour lui, le Messie doit remettre de l’ordre, établir la justice. Or, rien ne se passe. La meilleure preuve est que Jean est en prison, donc que des gens comme Hérode continuent à sévir.

La question de Jean, les communautés pour lesquelles écrit Matthieu devaient se la poser : « Alors c’est tout ? » Ça change quoi, la venue du Christ ? Question actuelle : vingt siècles de christianisme et un monde toujours en proie à la violence ? Dieu n’a-t-il rien d’autre à nous donner ? À moins qu’il ne soit illusoire de chercher du côté de Dieu... Bref, Jésus, que ce soit pendant son passage parmi nous ou dans l’histoire que nous vivons, ne fait pas ce que nous attendrions ou voudrions.

Jean Baptiste a préparé le terrain pour la ve­nue du Messie et le voici en prison : tout a mal terminé et il se de­mande s’il ne s’est pas trompé. La foi, « l’endurance » et la « patience » du prophète sont mises à l’épreuve. Bref, Jean se prend à douter, ce qui nous récon­forte pour nos propres éclipses de foi. Le « plus grand parmi les hommes » est passé par la nuit de la foi : il est au bord de la chute à cause de la manière dont Jésus est messie (v. 6).

Pourtant c’est vers Jésus qu’il se tourne, c’est Jésus qu’il interroge : « Es-tu celui qui doit venir ? » Jean, le prophète de la conversion, doit lui aussi se con­vertir. Il avait annoncé un juge, il se trouve devant une sorte de thérapeute. Il avait annoncé la justice, il se retrouve injustement en prison.

Jean a donc failli perdre l’équilibre, en face de Jésus, de ce qu’il fait et dit. Va-t-on croire, oui ou non, qu’il est celui qui vient de la part de Dieu, qu’il est présence de Dieu lui-même ? Va-t-on se prononcer pour lui, se mettre « avec lui » et le suivre ?

Au lieu de prendre le pouvoir et de tout remettre en ordre, Jésus s’occupe des aveugles, des boiteux, des lépreux... Alors Jean se demande s’il est vraiment le Messie attendu. La réponse du Christ va-t-elle le satisfaire ?

Jésus reprend presque terme à terme la prophétie d’Isaïe : les boiteux marchent, les aveugles voient… Il faut se rendre à l’évidence, si Dieu se venge, prend sa revanche, c’est bien qu’il a un ennemi. Cet ennemi, c’est ce qui fait du mal aux hommes. Ce qui va à l’encontre de son projet d’amour, donc contre lui-même. Dieu n’est contre aucun homme, il est pour tout homme (Mt 5, 44-45).

Aucun évangile n’a mis dans la bouche de Jean des paroles présentant Jésus comme théra­peute. Or, c’est comme cela que Jésus, lui, se présente. C’est l’image de Dieu qu’il donne en premier : un Dieu ennemi de ce qui fait mal à l’homme. Le Dieu de Jésus n’est pas d’accord pour nos souffrances. Aveugles, boi­teux, lépreux, sourds, ce sont dans la Bible, des « pauvres de Dieu » et c’est à eux qu’est annoncée une Bonne Nouvelle.

Ces pauvres, tous les « courbés », les « inclinés », les petits, les faibles, les humbles, les affligés, les doux, ne font qu’illustrer la pauvreté fondamentale de tout homme, soumis à la mort : regardez, « les morts ressuscitent » dit Jésus.


« Plus qu’un prophète », aussi grand que les plus grands, Jean Baptiste se tient sur la limite, sur le lieu du passage à la nouvelle alliance. Ce qui lui manque pour être aussi grand que le plus petit dans le royaume qui vient, c’est justement ce qui provoque son hésitation : le scandale devant la faiblesse de Dieu, devant l’amour qui transcende la justice, devant la miséricorde qui est la forme que prend dorénavant le jugement. L’Évangile ne dit pas si le « précur­seur » a finalement franchi le cap en vue du Royaume. En tout cas il a poussé la foi jusqu’à accepter de mourir pour la justice.

Tous nous sommes « en prison » d’une façon ou d’une autre. Prisonniers de nos misères physiques, prisonniers de nos habitudes sociales, de nos plis psychologiques. Et aussi de nos faiblesses morales. À nous tous, il est dit : Soyez dans la joie, le Seigneur est proche. Il est proche quand même, il est proche par nos carences elles-mêmes. Ne vient-il pas les habiter ?

Jésus répond à Jean, il fait son éloge. Nous n’en finissons pas, aveugles et sourds, mu­rés, de passer à la santé du Royaume. Nous sommes à la fois Jean qui prépare le chemin pour la venue du Christ et Jean qui se prend à douter. Et le chemin du Christ passe par nos faiblesses.

On se lamente sur l'incroyance contemporaine et voilà bien, pour nous, une occasion de chute (le christianisme ne « réussit » pas). Mais on oublie la merveille des merveilles : il y a des hommes et des femmes, aujourd’hui, qui, cessant d’être aveugles, boiteux, sourds et morts, donnent leur foi à « celui qui doit venir » et n’en attendent pas d’autre.

Heureux sont-ils ! Comble nous de ta joie !

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