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Homélie du 29ème dimanche ordinaire C - Luc 18, 1-8

 

 

Il y a quelque temps, je faisais ici le rapprochement entre le mot Mammon qu’utilise Jésus pour désigner l’argent-idole, ce mot perverti qui a la même racine que le mot amen, Amen, qui veut dire sûr, digne de confiance. Jésus n’est pas contre l’argent, mais il fait ressortir qu’une mauvaise relation à l’argent est incompatible avec la vie de celui qui veut le suivre, qui se confie en Dieu seul. Je sais en qui j’ai mis ma confiance (2 Tim 1, 12) !

C'est cette idée de confiance qui rend le mieux le sens du mot hébreux « Emounah ». Le mot « Amen » provient de la même racine. 

 

Une petite histoire peut aider à en comprendre le sens : Quand une caravane traverse le désert pour amener des marchandises jusqu'à la ville où elles pourront être vendues, c'est toute une petite troupe qui se déplace avec les chameaux qui portent les charges. Il y a parfois des jours ou des semaines de voyage, d'oasis en oasis, pour atteindre le but. Et chaque soir un campement s'installe. Au matin, quand tout le monde a replié les tentes, rechargé les bêtes le chef de la caravane crie pour demander si tous sont prêts à repartir, alors on lui répond en criant 'Amen !', ce qui signifie “c'est bon, on peut y aller, on te fait confiance pour nous guider au travers du désert jusqu'à la prochaine oasis” (et l'on sait que ce peut être une question de vie ou de mort !). 

 

« Emounah »,c’est aussi le bâton sur lequel on s’appuie, le piquet qui tient ferme la tente balayée par les vents du désert, a donné le mot hébreu « amen » qui exprime la foi et la confiance. Isaïe emploie le même verbe pour dire « croire » et « tenir bon » (Is7,9). Moïse, pendant la bataille contre les Amalécites (première lecture), se tient au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. C’est sa foi qui donnera la victoire aux combattants. Ses deux mains levées sans relâche vers le ciel et soutenues par ses frères anticipent sur l’invitation de Jésus : « Il faut prier sans cesse » (selon l’évangile). 

 

De fait, osons le rapprochement, les deux bras de Jésus supplicié, élevé sur le bâton de la croix, feront monter vers le Père la prière incessante du Fils pour la vie du monde. C’est à cette prière que l’Église est invitée à s’associer dans l’eucharistie.

St Luc, plus que les autres évangélistes, insiste sur l’importance de la prière. Jésus passe des nuits en prière, il prie dans les larmes et le sang de l’agonie. À l’image du Christ, chacun de nous trouve dans la prière comment accorder sa volonté avec celle du Père sur le monde et sur soi. La persévérance dans la prière est le signe d’une foi, une confiance vraie. Certes, dans la perspective de l’avènement du Fils de l’Homme où nous nous trouvons dans ce passage de l’évangile, le Jour de Dieu semble tarder à venir. Notre espé­rance est mise à rude épreuve. L’attente éprouve la foi comme on éprouve un métal précieux, car elle engage l’homme à la confiance. 

 

« Combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler…? » Attendre et tenir bon, voilà ce qui nous est demandé, comme Moïse dans la première lecture : la réponse de Dieu ne viendra qu’au « coucher du soleil ». Dans la seconde lecture, Timothée est invité, en attendant « celui qui viendra dans la gloire de son règne », à « proclamer la Parole, à insister à temps et à contre­temps (…) avec une grande patience ». Patience également pour la veuve qui n’arrive pas à obtenir justice. Patience, cer­tes, mais aussi certitude, refus du découragement. Dieu en effet n’est pas comme « le juge sans justice » de la parabole. Non seule­ment il fait justice mais il ne fait pas attendre.

 

La confiance permet de vaincre les ennemis qui nous assaillent de toutes parts, comme ce juge malhonnête que la pauvre veuve supplie, et qui finit par céder devant tant d’obstina­tion. Prier sans se décourager. Que nous apprend cette veuve ?

  • que la prière est d'abord un cri : un cri vers Dieu, le cri de celui qui se sait pauvre, démuni, misérable... le cri d'un désir, d'une indigence, d'une soif.

  • que la prière est un acte de foi : une confiance folle, une confiance aveugle en celui qui peut et qui veut nous sauver.

  • qu'il faut prier sans cesse : comme la goutte d'eau qui finit par entamer la dureté du roc. Non pas que Dieu soit dur d'oreille ! Mais c'est mon cœur qui est de pierre. Et qui devient de chair…

 

 

L’Église, que nous sommes ici, qui se rassemble chaque dimanche pour entendre et annoncer la Parole de Dieu reçue de la tradition (comme nous le lisons encore dans la lettre à Timothée), est une communauté confiante qui lève avec persévérance les mains vers Dieu, afin d’intercéder pour tous ses frères. Et sa plus belle prière, c’est de faire, comme le Christ et avec lui, la volonté du Père.

 

Je sais en qui j’ai mis ma confiance. Amen !

 

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