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Homélie du 25ème dimanche ordinaire C - Luc 16, 1-13

 

Tout respect gardé, moi aussi je peux vous faire des paraboles. En voici une, prise comme celle de l’intendant malhonnête et de ses pots de vin, dans les pratiques sociales. Voyez cet employé qui se démène pour être au bureau avant l’heure, qui se dépense pour que ses dossiers soient impecca­bles, qui se torture le cerveau pour trouver des flatteries agréables à son patron, qui lui apporte le café à 10 heures et se porte toujours volontaire pour les corvées imprévues. Pourquoi cette activité débordante ? Pour se placer, pour se pousser, pour l’avancement. Si cet homme s’échine à ce point pour un but discutable et à la limite pervers, combien plus devez-vous vous remuer pour un but incontestable, vous faire disciples du Christ ! En vous laissant mener par son Esprit, cet Esprit qui le conduit à donner sa vie pour ses frères les hommes. Imitez l’ingéniosité et le dynamisme de l’employé arriviste non, comme lui, pour dominer, mais pour vous faire serviteurs. À peu de chose près, c’est la structure de la parabole proposée aujourd’hui. N’imitez pas la malhonnêteté, mais imitez l’ingéniosité.

La « pointe » de la parabole dans cet évangile de Luc est assez claire : ne servez pas la richesse, représentée par l’argent « trompeur » mais servez-vous de la richesse. Pour quoi faire ? Pour vous faire des amis. Si certains utilisent l’argent pour se faire des pseudo-amis qui ne sont en fait que des débiteurs dont on attend la contrepartie avec une plus-value, notre projet est de tout dépenser et de nous dépenser pour tisser des relations qui soient des relations d’amour. C’est ce genre de liens que nous cherchons. Parce que « la charité ne passera jamais » (1 Co13,8). Elle traverse la mort. C’est cela être « accueilli dans les demeures éternelles ». « L’argent » et ce qu’il représente, tout ce que nous pouvons posséder, est dit trompeur parce qu’il ne tient pas ses promesses : il ne peut nous donner la vie. En fait, ce n’est pas lui qui est trompeur, simple instrument qu’il est ; c’est nous qui nous trompons à son sujet : nous lui prêtons des pouvoirs qu’il n’a pas. II peut nous donner des clients, pas de vrais « amis ».

Avoir un juste rapport à l’argent, ce n’est ni le mépriser, ni en faire un absolu. Il s’agit de savoir l’utiliser, non pour le thésauriser ou pour le multiplier, mais pour réaliser des buts plus élevés. Car si on ne l’utilise pas, il est perdu ; connaissez-vous cette définition de l’avarice : les avares rendent leur argent inutile ? 

Et d’un autre côté, si l’on s’attache trop à lui, on en fait une idole. Les Juifs utilisaient le terme Mammon pour personnifier l'argent. De mon point de vue, ce démon a toujours été extrêmement actif et virulent ! Il suffit de penser à tous les substituts de bonheur, de sécurité, de joie de vivre, mais aussi de prestige, de séduction et jusqu'à la santé, dont l'argent est la source. 

Cette mauvaise gestion de l’argent, que nous constatons tellement aujourd’hui, vient d’une confiance mal placée : au lieu de mettre sa confiance en Dieu, on met sa confiance en l’argent. Seulement voilà : Mammon est un dieu qui fait payer cher le culte qu’on lui voue ; vous connaissez la sentence de Montesquieu qui dit que l’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître.

Eh bien ce mot Mammon a la même racine que le mot amen, Amen, qui veut dire sûr, digne de confiance. Jésus n’est pas contre l’argent, mais il fait ressortir qu’une mauvaise relation à l’argent est incompatible avec la vie de celui qui veut le suivre, qui se confie en Dieu seul. Je sais en qui j’ai mis ma confiance (2 Tim 1, 12) !

Nous appelons Dieu ce qui nous fait être, nous fonde. Définitivement. Il est notre source continue, c’est pourquoi il n’est pas pour nous un « bien étranger », mais notre « bien propre ». Est-ce que cela veut  dire que nous devons cou­per toute relation avec ce qui n’est pas Dieu pour ne nous occuper que de lui ? Ce n’est pas ce que nous dit l’évangile, qui nous invite au contraire à nous montrer « fidèles », « dignes de confiance » (comme Dieu lui-même) dans notre gestion des biens étrangers et de l’argent trompeur. Nous ne pouvons accéder au Bien véritable qui est aussi notre bien propre qu’en passant, fidèles et sûrs, par tout ce que la créa­tion nous offre. Cela signifie nous servir de l’argent, par exemple, et non le servir, ce qui reviendrait à le mettre à la place de Dieu. De même pour toutes choses. Nous en servir pour quoi ? Le verset 9 répond : pour vous faire des amis, pour l’amitié. Traduisons : pour créer des liens, pour mettre dans ce monde de l’amour, cet amour qui est présence de Dieu lui-même.

 

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