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Homélie du 22ème dimanche ordinaire C - Luc 14, 1.7-14

L'évangile de ce jour nous présente Jésus, invité à dîner chez un chef des pharisiens. Il remarque que les convives prennent les premières places. Alors il va puiser dans la Tradition, dont se réclament  les pharisiens. En effet, au livre des Proverbes (25, 6-7), dans la littérature des sages d'Israël, il est écrit : « En face du roi, ne prends pas des grands airs et ne te mets pas à la place des grands. Car il vaut mieux qu'on te dise « monte ici » que d'être abaissé en présence du prince. » A partir de là, Jésus raconte une parabole.

 

La parabole est une histoire qui signifie plus et autre chose que son contenu immédiat. Donc, Jésus veut nous parler d’autre chose que du choix des places au repas des noces. De quoi veut-il nous parler ? C’est la dernière ligne qui nous le dit : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Il est donc question du Royaume et de sa logique, de sa « loi ». Cette phrase décrit exactement ce qui s’est passé avec Jésus. La scène des tentations, par exemple en Luc 4, nous montre Jésus en proie au vertige de la puissance : il est tenté de « s’élever » (Le diable l’emmena plus haut, je te donnerai tout cela, puis même sur le sommet du Temple !). Jésus répond en prenant la place de celui qui écoute la Parole : il cite le Deutéronome, la Loi, à laquelle il se soumet. « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute » (1relecture). Il se fait donc disciple. 

 

Qu’est-ce qui se cache derrière la recherche de la première place ? La première lecture nous dit : l’orgueil. Et l’orgueil c’est conjurer la peur de manquer, de ne pas être assez, de n’avoir pas assez de consistance. L’orgueil est un faux remède à la crainte, le vrai remède étant la foi. L’orgueil nous donne l’illusion de valoir par nous-mêmes alors que la foi nous fait compter sur un autre, sur d’autres. L’orgueil isole, la foi relie. L’orgueil nous fait croire que notre valeur dépasse celle des autres (première place), que ce que nous ne connaissons pas ou connaissons mal est méprisable. L’orgueilleux a toujours raison. Pour lui, tous les autres sont en quelque sorte à son service. Cette dernière phrase du texte de Siracnous éclaire : « L’idéal du sage est une oreille qui écoute. » C’est que l’orgueilleux, contraire du sage, trouve tout, croit tout trouver, en lui-même. Le sage, lui, sait qu’il a besoin de l’autre, du différent, et se laisse instruire, modifier, créer, par la parole de l’autre. Le plus grand est celui qui écoute.

 

Le riche, l’homme de la première place, n’est pas à ce lieu de la création : ce qu’il a lui suffit et il se trouve bloqué au niveau de sa richesse. Il ne sait pas qu’il a besoin d’aller plus loin, d’être créé autre. Celui qui accapare pouvoir, richesse, honneurs, fait le contraire de Dieu : au lieu d’élever les autres, il les abaisse. Il fait d’eux le piédestal sur lequel il se hisse. Celui qui va de lui-même prendre la première place répète la « transgression d’Adam », écoutant la voix qui lui dit « vous serez comme des dieux ». Il s’empare de ce que Dieu veut lui donner, de peur que Dieu ne le lui donne pas. Celui qui « prend la première place » de sa propre autorité se trompe : Dieu seul peut élever car il est le seul créateur. Celui qui s’abaisse se place au contraire dans sa vérité : en ce lieu où nous ne sommes rien et où, par conséquent, Dieu peut se mettre à tout faire. Dieu ne peut nous créer que si nous lui laissons l’espace pour cela. C’est quand nous sommes à la dernière place que l’espace est libre pour la création. 

 

Lisons la fin de notre texte : quand tu invites, tu es à la place de celui qui élève, à la place de Dieu. Ce sont des pauvres, des hommes de la dernière place, que tu dois inviter. Voilà qui recopie la conduite de Dieu. Si Dieu va vers le pauvre, ce n’est pas pour l’enfoncer dans sa pauvreté, c’est pour l’en faire sortir. Dieu se met avec l’homme pauvre, dans sa pauvreté, pour l’emmener avec lui dans sa gloire. C’est la trajectoire même du Christ, qui vient prendre la dernière place pour nous emmener avec lui à la première. 

En nous faisant exister, Dieu nous donne ce que nous ne pouvons pas rendre et nous sommes tous ces pauvres, estropiés, boiteux et aveugles que Dieu invite. Mais ne pouvons-nous vraiment rien rendre à Dieu ? Si, ce que nous sommes et qu’il nous a donné, mais nous ne rendons pas assez si nous ne nous rendons pas nous-mêmes. Comment pouvons-nous nous rendre à Dieu ? En le laissant entrer dans notre vie, dans notre amour. Comment cela ? En l’imitant, c’est-à-dire en recueillant chez nous, en nous, ceux qui ne peuvent rien nous rendre : les pauvres, les boiteux, les malmenés par la vie. 

 

Alors, heureux serons-nous !

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