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Homélie du 15ème dimanche ordinaire C - Luc 10, 25-37

 

Qui est mon prochain ? Et Jésus raconte : l'homme sur la route de Jérusalem à Jéricho, bien connue pour ses coupe-gorge, ses sentiers abrupts, loin de tout. L'homme descend. Nous pouvons presque entendre son pas, l'agression, les coups, les cris, sa plainte dans le silence, la solitude, son agonie, abandonné de tous, laissé pour mort. « Pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Et voici le pas du prêtre descendant dans la gorge, espoir. Le prêtre le vit et passa à une grande distance. Les pas s'éloignent. D'autres pas, espoir, c'est le lévite. Il vit aussi et passa à distance. Un autre pas, un étranger en voyage. Il arrive avec son âne dans cet endroit sinistre, dangereux. Il voit l'homme, pris de pitié, il s'approche, il prend soin de lui.

« Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme ? » et la  réponse : « Va, toi aussi, fais de même ».

 

Dieu, mon prochain. Où aller chercher la Parole ? Où est la vérité qui peut nous faire vivre ? Dans les cieux ? Au-delà des mers ? Telles sont les questions de la première lecture. Elles ressemblent à la question du docteur de la Loi dans l’Évangile : « Et qui donc est mon prochain ? » Perplexité de qui ne veut pas voir ce qui crève les yeux. La Parole de Dieu, dit le Deutéronome, est toute proche ; prochai­ne comme le prochain que l’interlocuteur de Jésus ne sait où trouver. Au fond, Parole et prochain sont iden­tiques car, pour nous, la Parole, c’est le Christ, et le prochain, c’est « le moindre de nos frères que voici » : « Ce que vous lui avez fait, c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus (Mt25,40). La Parole du « plus petit », qui dit son besoin, la nécessité où il est d’être reconnu et accueilli, est Parole de Dieu lui-même. Vous cherchez Dieu ? Inutile d’aller bien loin : il est là ; vous l’avez trouvé, si vous voulez. « Dans ta bouche et dans ton cœur », dit la première lecture à propos de la Parole. De même pour le prochain : il est dans ta bouche si tu lui parles, il est dans ton cœur si tu lui viens en aide. Tu as le pouvoir de rendre proche celui qui est loin et, alors, c’est Dieu que tu rends proche. Même si tu ne le sais pas (Mt25,37-39).

 

Va et fais de même. Pourquoi Jésus, pour décrire ceux dont nous devons nous rendre proches, parle-t-il d’un homme « dépouillé, roué de coups, à moitié mort » ? N’est-ce pas trop dramatiser ? Il aurait pu parler des voisins, des migrants, des membres de la famille, si proches dans l’espace mais parfois si éloignés… Il est bien vrai que tout être humain porte une blessure, parfois ignorée ; tou­jours la mort est au bout du chemin. Je crois que cet homme blessé nous représente tous. Et voici que vient à nous cet étranger par excellence, ce « Tout Autre » dont le nom signifie « Dieu sauve ». Il vient prendre en charge nos blessures. Pourquoi parle-t-il d’un « Samaritain » ? Parce que les Samaritains étaient non seulement étran­gers mais encore méprisés : Jésus prendra la dernière place, au-delà de laquelle il n’y a plus personne. En lui, Dieu s’est en quelque sorte « déplacé », n’a pas retenu pour lui sa condition divine, a renoncé à sa Toute-Puissance, de Seigneur s’est fait esclave. Pour nous être proche, pour être comme nous, il a épousé notre misère. Quand, à la fin de la parabole, nous entendons « Va et fais de même », nous devons comprendre que nous avons à imi­ter Dieu, tel qu’il se révèle dans le Christ : ne pas tirer notre épingle du jeu, ne pas déserter la détresse des hommes en nous tenant à l’abri, en changeant de trottoir. Il s’agit de nous rendre proches, de nous faire « prochains ».

 

Le Christ à toutes les places. Jésus s’est donc fait notre prochain le plus proche, en venant prendre sur lui toute notre détresse. Mais du coup, le voici à son tour dans la situation de l’homme laissé pour mort dans le fossé, « méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et familier de la souffrance » (Is53, 53,3). Les positions réciproques se renversent : c’est maintenant à nous d’aller vers le Christ blessé et d’aimer comme nous-mêmes celui qui s’est fait « comme nous » (prochain) en se laissant blesser de nos blessures. À notre tour de nous faire proches. Nous ne pouvons pas nous déplacer directement vers le Christ meurtri, sinon par la contemplation et la prière. La seule manière de le rejoindre concrètement est d’aller vers nos frères les hommes en détresse. Dans la parabole, Jésus occupe à la fois la place du prochain secourant et la place du prochain secouru. 

 

Un envoi. Jésus ne s'attarde pas sur les raisons qui font "passer à côté" de la charité. Il pose la seule vraie question : "Qui a été le visage de l'amour qui s'approche ?"

Et il ne donne pas de réponse.

Il m'invite doucement à donner ma vie en réponse. Et à la donner avec tous les aubergistes du chemin.

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