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Homélie du 7ème dimanche de Pâques C - Jean 17, 20-26

 

« Voici que je viens sans tarder ! » S’agit-il de l’Esprit-Saint, dont nous attendons la venue à la Pentecôte toute proche ? La voix que Jean entend est celle de celui qui se présente comme l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ».

Avez-vous remarqué dans cette finale du livre de l’Apocalypse, qui clôt même l’ensemble de toute la Bible, le nombre de fois où “ Viens ” est exprimé ? L’Esprit et l’Épouse disent : “ Viens ! ” – Celui qui entend, qu’il dise aussi : “ Viens ! ” – Celui qui témoigne de tout déclare : “ Oui, je viens sans tarder ! ” et enfin l’auteur de l’Apocalypse l’appelant de toute sa force : “ Amen ! Viens Seigneur Jésus ! ” Ces appels manifestent le désir du croyant et de son Seigneur en vue d’une rencontre définitive qui accomplira toutes choses.

 

En sa dernière prière, Jésus manifeste son immense sollicitude pour le monde. Il est venu le sauver. Il prie alors pour ses disciples afin qu’ils soient unis entre eux et avec le Père et lui-même, tellement unis à eux « pour que le monde croie qu’il est bien le Fils de Dieu envoyé pour sauver ce monde », passionnément. Au cœur de ces mots il y a – bouleversante - la phrase « je veux » en s’adressant au Père de toute tendresse. Jésus dit sa volonté (« je veux ») que nous soyons tous avec lui et que cette unité, cette communion, soit le témoignage qui permettra au monde de croire.

La prière exprime le désir de l’homme. Jésus prie pour nous, c’est-à-dire à notre avantage, mais aussi en notre nom (à notre place). Il manifeste ainsi le désir qui habite profondément l’humanité, désir peut-être enfoui, ignoré, perdu dans la masse des autres désirs, à la fois exprimé par eux, mais aussi masqué par eux. Tout désir humain est en fin de compte désir de communion, même quand, se trompant sur le chemin à prendre, ces désirs bri­sent parfois, dans l’immédiat, la communion. Si Jésus prie pour que nous soyons un, c’est que cette unité ne va pas de soi, que ce n’est pas joué. Il en va ainsi pour chacun de nous. Ne sommes-nous pas, dans une vie bien chargée, souvent en suractivité (ou parfois aussi en panne, en manque), poussés par un désir d’être avec Jésus, au repos et dans la paix ? Mais la réalité quotidienne reprend vite le dessus et même après une bonne retraite spirituelle ou un temps fort, notre désir s’estompe ou plus encore, entre en opposition avec elle.

En effet, si nous désirons, au fond, la communion, il y a en nous quelque chose qui résiste à la communion, une défiance, une peur de nous perdre. 

 

La prière de Jésus est située. Au seuil de la Passion. C’est que l’unité de Jésus et du Père prend un sens nouveau avec la Pâque. Là va se révéler l’unité de volonté (je veux et désire) du Père et du Christ (à Gethsémani) ; là Jésus va « retourner au Père ». Nous appre­nons que toute entrée en communion suppose une perte de soi. La perte de la suffisance illusoire en soi-même. Se perdre ainsi, c’est aussi se retrouver en une existence nouvelle : une existence par l’autre et en l’autre : « Toi en moi et moi en toi » L’unité entre les hommes est la conséquence de leur unité avec Dieu. Mais cette unité entre les hommes passe par le chemin laborieux du pardon. Un pardon total, un pardon « jusqu’au bout » puisqu’il pardonne à ceux qui prennent la vie. St Étienne, dont on évoque le témoignage (ce mot signifie « martyr ») dans la première lecture de ce dimanche (Ac 7, 55-60), avait compris que son Seigneur était l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Il s’est donné à lui. Il s’est identifié à lui à tel point que son supplice lui ressemble, on voit Étienne recopier, jusque dans les termes, la Passion et le par­don du Christ : il est exécuté “hors de la ville” ; “Il remet à Dieu son esprit”, il pardonne à ses bourreaux : « Ne leur compte pas ce péché ».

 

Qu’est-ce qui rend cela si difficile ? Tout se joue entre la foi et la défiance (en l’amour),  il en résulte la haine ou l’amour ; prendre la vie ou la donner ; dé­truire les autres ou les faire exister. Les pharisiens ou Étienne.

Parfois nous disons, « je voudrais donner un peu plus de place à Dieu dans ma vie ». La place, l’espace que Dieu occupe en nous est déjà la totalité de notre être puisqu’il est racine, source, de tout ce qui existe. Nous chantons à la Pentecôte, « car il habite en notre souffle, plus que nous même » ! Seulement cette présence créatrice ne peut se faire sans notre accueil : ce que crée Dieu, c’est de la liberté. Comment se fait-il qu’il y ait en nous une résistance, un « défense d’entrer » qui est con­nivence avec le néant, choix de mort ? L’exclusion de Dieu, qui n’est autre que la Vie, se matérialise, se révèle par cette croix dressée par les hommes. Jésus crucifié hors de la ville (He 13,12-13), c’est Dieu éjecté de nos cités et de nos vies, c’est la justice et l’amour exclus de nos existences.

« Tu es en moi et moi en toi ». Peur de vivre à plein ? Peur d’aimer ? Peur de ne pas être aimé ? Peur de l’Autre, finalement.  Pour épouser la volonté du Père, il faut avoir la certitude que cette volonté est volonté de vie et non de mort ; une confiance absolue qui permet de traverser tous les maux des hommes et de surmonter leurs conduites meurtrières. Là, Dieu est tout entier dans le Christ et le Christ tout entier en Dieu. « Moi en toi, toi en moi ». Et c’est l’Esprit, l’Amour, qui fait l’unité.

Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Nous sommes invités à supplier aussi avec le dernier mot de la Bible : « Maranatha ! » oui, vite, viens Seigneur Jésus !

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