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Homélie du 6ème dimanche de Pâques C - Jean 14, 23-29

 

Lors de la conférence qu’il a donnée dans notre chapelle, il y a 10 jours, le philosophe Denis Moreau a montré qu’être catholique aujourd’hui, c’est devenu une curiosité, une rareté, dans nos pays où à peine 30% des enfants sont baptisés et où à peine 2% de la population célèbre l’Eucharistie au moins une fois par mois le dimanche. Le catholique est devenu une rareté, une bête curieuse, comme le Persan de Montesquieu. Nous pouvons bien entendu nous affliger de cette situation ou devenir nostalgiques, mais il y a peu de chance que cela nous apporte le bonheur et aide à changer la donne. Nous pouvons aussi témoigner de l’espérance qui est en nous et exposer à nos contemporains nos raisons de croire. Même si l’acte de foi reste un geste volontaire de confiance dans la vie et dans l’avenir, comme l’est un engagement dans la vie religieuse ou dans le mariage, être catholique est raisonnable et cohérent.

 

Pour étayer sa thèse, Denis Moreau a repris dans un premier point les trois grandes « preuves de l’existence de Dieu » : la preuve par la causalité, chère à Thomas d’Aquin, la preuve par l’ordonnancement du monde, pensons à Voltaire et au grand architecte, et la preuve dite ontologique que développera Descartes à la suite de Saint Anselme. Preuves ou pas, toujours est-il qu’elles restent des arguments très puissants. 

 

Le deuxième argument qu’il a développé est l’approche de la mort. Pour les chrétiens, la Pâque du Christ est, à la suite de la Pâque juive, une promesse de libération et de vie. 

 

Le troisième argument, si je me rappelle bien, est celui de la joie, de l’espérance chrétienne. La joie chrétienne n’est pas une joie naïve et béate, elle s’enracine dans l’expérience de mort et de résurrection que vivent ceux qui traversent la grande épreuve, à travers la maladie, le décès d’un proche, sans oublier les victimes de violence, surtout les enfants et les réfugiés.

 

Il a conclu en se demandant quelle philosophie, quelle religion, propose une vision plus belle et plus cohérente du monde, de la vie et de l’éthique, c’est-à-dire du rapport des uns et des autres, concluait-il ? « Que proposez-vous d’autre ? », pouvons-nous rétorquer à nos contemporains  qui raillent notre foi ? Le désespoir ? Le fatalisme ? Ou une explication ésotérique, inspirée des religions orientales ? Une amie agnostique me disait récemment la chance que j’avais de croire. Je pense que si nous témoignons de la joie pascale, nous entendrons de plus en plus ce genre de remarques à notre égard.

 

Denis Moreau s’est dit toutefois profondément ébranlé dans sa foi par les multiples scandales d’agressions sexuelles sur mineurs, d’abus de pouvoir en tout genre de la part de membres du clergé et surtout par l’aspect systémique de ceux-ci. Seule une réforme en profondeur de l’intérieur, mais surtout avec l’aide de l’extérieur, pourraient remettre la barque de Pierre sur les rails, disait-il. C’est évident. Et moi aussi, comme beaucoup d’autres catholiques, laïcs, religieux ou prêtres, je suis triste, profondément meurtri et en colère face à ces scandales. 

 

Mais en fait, pour être sincère, en l’entendant je me suis étonné que cela n’ébranle pas ma foi. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elle est enracinée dans cette relation personnelle avec le Christ et dans l’appel à le suivre qu’Il me redit et auquel j’essaie humblement, souvent maladroitement, de répondre jour après jour. Alors que, face à ces scandales, on parle d’ordonner prêtres des hommes mariés dans l’Eglise catholique latine, comme c’est le cas chez les orthodoxes ou dans les Eglises catholiques de rites orientaux -et donc pourquoi pas- et même si cela ne concerne par définition pas les religieux que nous sommes, je veux aujourd’hui témoigner de quelque chose de complètement contre culturel, je veux témoigner de la joie qu’il y a de suivre le Christ dans la vie religieuse et dans le célibat consacré, dès lors qu’il est évident, comme cela devrait l’être pour tout chrétien, que nous ne pouvons pas être plus heureux que là où le Christ souhaite qu’on le serve et le suive. Être heureux dans la vie religieuse et l’affirmer, sans nier les difficultés de la vie, c’est pour le moins original. Après 18 ans de présence au Grand-Duché, je ne peux que constater que jamais je n’aurais pu faire et vivre autant de belles choses, avoir vécu autant de belles rencontres sans la consécration de ma vie par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Quelle grâce ! Voilà qui est devenu encore plus original que le Perse de Montesquieu. Serions-nous, nous les religieux heureux, des extraterrestres ? 

 

A l’heure où dans l’Eglise, en plus de la pédocriminalité, commencent à être révélés des abus de conscience et de pouvoir dans certaines congrégations religieuses et communautés nouvelles qui ne respectent pas la personne, sa dignité et sa liberté, j’affirme, à la suite de bien d’autres, qu’il y a un chemin, un beau chemin de liberté chrétienne qui se dessine comme une ligne de crête entre d’un côté le renoncement et la dissolution pure et simple de nos convictions dans le courant libéral dominant et souvent sans repère qui nous entoure et d’un autre côté le repli identitaire de communautés à tendance sectaire qui risquent bien d’être de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que diminuera l’influence de l’Eglise catholique dans la société. Oui, vraiment, être des catholiques joyeux, être des hommes et des femmes de Pâques, c’est marcher à contre-courant. Aller en sens inverse de la foule demande beaucoup d’énergie et de persévérance. Mais cela permet de rencontrer les gens, de voir leur visage. 

 

Le Christ dans l’Evangile d’aujourd’hui nous promet sa présence dans les épreuves. Il nous laisse  cette phrase magnifique : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous ferons une demeure ». Chers frères et sœurs, demandons dans notre prière la grâce de l’Esprit Saint, promise à la Pentecôte, pour que notre toute petite Eglise ne se replie pas sur elle-même, comme au temps des disciples après l’ascension mais que, forte de l’audace que lui donne l’Esprit, elle fasse confiance au Paraclet, à l’avocat, au défenseur, à Dieu qui demeure en nous, en son Eglise que nous sommes. 

 

Chers frères et sœurs, plutôt que de se plaindre et d’être des catholiques grincheux, comme dirait Denis Moreau, plutôt que de rester paralysés à regarder le ciel comme les apôtres à l’ascension, il appartient à chaque chrétien, à la place qui est la sienne, de se retrousser les manches et d’aider l’Eglise à oser les réformes nécessaires. C’est notre tâche à tous d’écouter et d’entendre nos frères et sœurs qui souffrent et quittent l’Eglise sur la pointe des pieds, de leur témoigner humblement de l’Espérance qui est en nous et de les encourager dans la foi. Il appartient enfin à chaque catholique d’entourer les prêtres et de les aider à être des hommes pour les autres, enracinés en Jésus-Christ dont ils ne sont que les humbles serviteurs, dans le sacrement de l’autel comme dans  le sacrement du frère. 

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