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Homélie du Jeudi Saint C - Jean 13, 1-15

 

Frères et sœurs,

 

Dans sa communauté apostolique, Jésus demande instamment comme ses dernières volontés maintenant que son heure est enfin venue, en cette dernière célébration de la Pâque, que le maître et Seigneur prenne la posture du serviteur de tous. J’ai donné l’exemple, faites de même !

Il se fait que les artistes du Moyen-Âge avaient pour coutume de représenter les apôtres avec des objets symboliques. Pierre tient en main les clés, symbole du pouvoir, de la primauté. Jean est représenté avec un calice, car il semble que ce soit lui qui accorde le plus d’importance à l’eucharistie.

Et pourtant, chose étrange et même paradoxale, Jean est le seul évangéliste à ne pas rapporter le récit de l’institution de l’eucharistie dans son Evangile. Ce silence est d’autant plus étonnant que Jean consacre une large place à la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples. C’est en long et en large qu’il rapporte l’épisode du lavement des pieds.

Pourquoi donc ce silence sur l’institution de l’eucharistie dans le récit de la Passion ?

Nous savons que l’Evangile de Jean date des années 90, plus tardif que les 3 synoptiques, Matthieu, Marc et Luc. A cette époque les premiers chrétiens étaient sans doute déjà bien habitués à ce geste du partage du pain et de la coupe, qu’ils pratiquent depuis de longues années déjà dans leurs communautés comme Jésus leur a dit de faire.

Jésus a voulu prémunir ses disciples de la tentation de séparer et compartimenter le grand commandement de l’amour en séparant trop l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Toute liturgie nous fait faire une expérience de l’altérité de Dieu. Et celle d’aujourd’hui nous questionne fondamentalement : vers quoi et vers qui sommes-nous tournés quand nous célébrons ? Un rite peut devenir peu à peu un automatisme et se couper du reste de la vie, des autres et de l’Autre, sans lien avec le concret de nos existences.

Si Jean remplace l’institution de l’eucharistie par le lavement des pieds c’est pour bien faire comprendre à ses lecteurs - c’est à dire nous - le sens profond du rite de l’eucharistie.

Jésus nous trace le chemin vers le Père. Mais le passage vers  le Très-Haut ne peut se faire dans l’oubli du Très-Bas. La liturgie du dimanche des Rameaux nous l’a rappelé dans la deuxième lecture, dans le Lettre aux Philippiens : le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Il s’est anéanti en prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. (Phil. 2).

 

Ces 2 rites, célébrés aujourd’hui sont d’ailleurs d’une très grande similitude : l’un et l’autre se déroulent au cours du dernier repas avec Jésus, en présence du groupe restreint des disciples. Les 2 gestes : le lavement des pieds ainsi que le partage du pain sont accompagnés de paroles tout à fait semblables et qui sont tout un message, et dans les 2 cas elles sont une invitation à répéter le rite.

D’une part Jésus dit : « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi »

et « faites ceci en mémoire de moi ».

 

Pourtant les paroles de Jésus sont claires : « Ce que je fais pour vous, faites-le vous aussi. » Il nous montre avec force que sa présence réelle est d’abord dans un geste, une action comme le partage du pain et du vin ou le lavement des pieds : 2 gestes symboliques qui n’auront de sens, qui ne deviendront vrais, qui seront présence réelle de Jésus que si nous en faisons mémoire dans une vie donnée au service de tous nos frères et sœurs jusque dans les périphéries.

Comme nous le rappelle Christian de Chergé, moine martyr de Tibhirine (en 1996), 

« … comme nous savons d’expérience que les petits gestes coûtent souvent beaucoup, surtout quand il faut les répéter chaque jour… Nous avons donné notre cœur « en gros » à Dieu, et cela nous coûte fort qu’il nous le prenne au détail. Prendre un tablier comme Jésus, cela peut être aussi grave et solennel que le don de la vie … et vice versa, donner sa vie peut être aussi simple que de prendr un tablier ».

Ainsi, la diaconie, le service du frère, est bien l’aiguillon du sacré, quand, comme dans les prières universelles, ce service fait partie intégrante de toute célébration liturgique.

 

 

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