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Homélie du 2ème dimanche de Carême C - Luc 9, 28b-36

 

Tu nous as dit, Seigneur, d'écouter ton fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre Foi a besoin ; et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta joie.

 

Chers frères et sœurs en Christ,

 

Le récit de la Transfiguration est commun aux trois évangélistes synoptiques [1], à savoir Matthieu, Marc et Luc. Pour mieux comprendre l’apport propre de chacun aux différents récits, il est bon d’ouvrir une synopse des évangiles. Nous voyons les textes répartis en une, deux, trois ou quatre colonnes, selon le nombre d’évangélistes qui le reprennent. Il suffit par exemple de feuilleter la synopse pour se rendre compte que la quasi-totalité de l’évangile de Marc [2] se retrouve chez Matthieu et Luc. Cela veut dire que ces derniers avaient l’évangile de Marc en main quand ils ont rédigé le leur. Par ailleurs, on constate assez facilement qu’il y a une série de récits qui sont communs à Matthieu et Luc uniquement, ce qui laisse supposer qu’ils disposaient d’un autre fragment d’évangile qui n’a jamais été retrouvé [3]. Il y a aussi quelques textes communs à Luc et Jean, notamment les récits de Béthanie (avec Marthe, Marie et Lazare). On reconnaît l’originalité de chaque évangéliste, outre son style particulier, aux récits qui lui sont propres : pensons aux trois magnifiques récits de la miséricorde au chapitre 15 de Saint Luc ou le Jugement Dernier au chapitre 25 de Matthieu. Mais il y a aussi les accents et les nuances que chacun apporte aux récits communs. 

 

Si nous ouvrons la synopse au récit de la transfiguration, nous constatons que Luc apporte trois traits originaux. 

 

1. Luc nous dit que Jésus monta sur la montagne « pour prier. Et comme il priait, l’aspect de son visage devint autre… ». Luc est l’Evangéliste qui montre le plus, et de loin, Jésus en prière. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Marc et Matthieu ne mettent que très rarement Jésus en scène en train de prier. Ce qui est marquant ici, c’est le visage « tout autre » de Jésus priant. C’est là qu’il faut sans doute voir la divinité du Christ, nous dit Luc. Et comment ne pas penser aux grands priants, aux moines, moniales et ermites dont le visage est resplendissant de la présence divine ? Je me rappelle d’un livre de photos où on voit le visage lumineux de personnes qui prient : jeunes et vieux, hommes et femmes, sur tous les continents. Je me rappelle du visage tout ridé de cette vieille femme humble dont les yeux étaient si lumineux¨.

 

2. Les trois récits nous disent que Jésus s’entretenait avec Moïse et Elie. La tradition voit dans ces deux personnages le résumé de l’Ancien Testament : Moïse pour la Loi, Elie pour les prophètes. Ce sont aussi les deux personnages dont on attend le retour. Moïse est mort en regardant de loin la Terre Promise [4], mais on ne sait rien de son lieu de sépulture. Elie, lui, a été enlevé au ciel sur un chariot de feu [5]. Il suffit de se rappeler les évangiles où Jean-Baptiste est pris pour le prophète Elie qui devait revenir. Mais il y a une troisième raison qui met bien en relief l’accomplissement de l’Ancien Testament en Jésus. Moïse a passé quarante jours sur le Sinaï et guidé son peuple 40 ans dans le désert, comme Elie, fatigué de faire le prophète,  passa 40 jours au désert, avant que Dieu ne lui dise à plusieurs reprises de se lever, de manger et de continuer sa mission. C’est là, au mont Horeb, qu’il fera l’expérience de la présence de Dieu dans la brise légère [6]. Ainsi Jésus passera lui aussi 40 jours dans le désert, le lieu de la purification, du dépouillement, de la grande rencontre. Luc est le seul à nous parler du contenu de l’entretien de Jésus avec Moïse et Elie : « Ils parlaient de son exode qu’il allait accomplir à Jérusalem ». Jésus accomplit donc l’exode et nous invite à le suivre jusqu’à la croix. C’est sans doute dans cette phrase que se révèle le mieux le sens de lire l’Evangile de la Transfiguration durant le carême.

 

3. Luc conclut son récit par une phrase originale et étonnante : « Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu. » Cette phrase est d’autant plus étonnante que s’ils n’avaient rien dit, nous n’aurions pas connaissance de ce récit. Mais elle est à rapprocher de Marie qui, au chapitre 2 de l’évangile de Luc, « gardait toutes ces choses dans son cœur » [7]. Garder pour faire mûrir, apprendre la patience avec Dieu comme avec la nature, comme une graine qui éclot en fleur au printemps. 

 

Chers frères et sœurs, laissons mûrir en nous aussi la Parole, comme le jardinier a foi dans son jardin. Au-delà des chemins de Croix qui parfois nous défient, voire nous défigurent, puissions-nous aussi durant ce temps de carême nous recentrer sur la promesse de Pâques que nous donne le Transfiguré. 

 

 

 

 

 

 

[1]Littéralement : « dont le regard converge ». 

 

[2]A part le rajout final 16, 9-16 qui n’est pas d’origine, la parabole de la graine qui pousse toute seule (4, 26-29) est le seul texte que les deux autres synoptiques n’ont pas repris.

 

[3]Les exégètes allemands ont appelés cette source Q (pour « Quelle »).

 

[4]Dt 34, 1-8.

 

[5]2R2, 1-14.

 

[6]1R 19, 1-21.

 

[7]Lc 2, 51.

 

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