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Homélie du 3ème dimanche ordinaire C - Luc 1, 1-4; 4, 14-21

 

Chers frères et sœurs, 

 

Récemment, à la sortie de la messe (ce n’était pas au Christ-Roi), un homme m’a interpellé en me disant avec insistance et inquiétude que la tâche de l’Eglise, c’est de dire la vérité. Je brûlais de lui poser la même question que Ponce Pilate à Jésus, mais je me suis dit que ce n’était sans doute pas une bonne référence. Mais depuis lors, cette question me trotte dans la tête et je vous la partage : « qu’est-ce que la vérité ? », dans le sens théologique et avant tout chrétien du terme. Je me suis dit qu’assez logiquement, la vérité révélée par Jésus-Christ et dont vit l’Eglise, provient de l’Evangile. 

 

Je regarde alors les 4 Evangiles en m’interrogeant sur ce qui est l’essentiel, le cœur de leur message. Et pour ce faire, je les examine dans leur début ou au début de la mission de Jésus, car c’est une procédé littéraire bien connu des Evangélistes que d’annoncer dès le début ce qui arrivera ensuite. De même, à la fin de cette vie publique, quelle est la force du message qui ressort ? Généralement, on y trouve une correspondance. Illustration :

 

1. Pour Marc, le premier qui a écrit un Evangile, la question centrale est celle de « Jésus Fils de Dieu », annoncée dès le premier verset et reprise à la fin par le centurion romain au pied de la croix. Quant au message de Jésus, il est clairement annoncé dès les début de sa mission : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. ». C’est maintenant l’instant. Marc insistera tout au long de son Evangile sur cette urgence de la conversion. Il y déclinera la promesse de Dieu. On voit Jésus accueillir les pauvres, les malades, les pécheurs, les étrangers… Jésus invite ses lecteurs, comme nous aussi, à poser maintenant des choix clairs et des engagements sans ambiguïté… 

 

2. Jean, le dernier des quatre à avoir écrit un Evangile, montrera comment Jésus réalise la promesse du Père et comment le Verbe se fait Chair. Il nous fait attendre avec suspens « l’Heure où Il sera glorifié », c’est-à-dire où il sera élevé sur la Croix et où tout se joue. Cette heure arrive avec le discours d’adieu (ch. 13-17) et ce discours s’ouvre sur le récit du lavement des pieds, identifié par Jean à l’Eucharistie. « Devenir serviteur de ses frères », tel est le chemin pour entrer dans le mystère. Alors on peut entendre la parole de Jésus : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis (ch. 15)

 

3. Chez Matthieu, la vie publique de Jésus commence par le Discours sur la Montagne, les Béatitudes : « Heureux les pauvres,… ». Les Béatitudes sont mises en parallèle avec les tables de la loi pour Moïse, mais ce qui y est annoncé, c’est le renversement des valeurs du monde : au centre se trouvent les pauvres, ceux qui pleurent, les miséricordieux, les doux, ceux qui font la paix, ceux qui souffrent l’injustice du fait de leur engagement, etc. Et le dernier discours de Jésus, c’est le fameux chapitre 25, ce triptyque dont le sommet est le jugement dernier : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, soif et donné à boire, j’étais nu et vous m’avez habillé, étranger et vous m’avez accueilli, en prison ou malade et vous m’avez visité ». Le message évangélique est d’une clarté étonnante !

 

4. Venons-en maintenant à Luc, l’évangéliste qui nous occupera cette année. La vie publique commence ici par le récit que nous venons d’entendre de Jésus qui entre et enseigne dans la synagogue de Nazareth. Quant aux dernières paroles de la vie « terrestre » de Jésus, elles sont adressées au bon larron, à ce bandit, ce criminel, avec cette promesse inouïe qui lui est faite : « Aujourd’hui, je te le dis, tu seras avec moi au paradis ». 

 

Revenons à l’Evangile d’aujourd’hui. Que se passe-t-il dans cette synagogue de Nazareth ? Jésus est rempli de la puissance de l’Esprit, nous dit Saint Luc, et sa renommée grandit très vite. Il retourne dans sa ville natale et se rend à la synagogue. On lui remet le rouleau du livre du prophète Isaïe. Voici déjà une indication sur un choix qui sera fait par les trois Synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). L’avez-vous déjà remarqué ? Le prophète Isaïe est de loin le livre de l’Ancien Testament le plus cité par eux. Isaïe, le prophète de l’espoir contre tout espoir, le prophète du rétablissement du Royaume, de la Justice divine, le prophète de la priorité de l’orthopraxie, de l’engagement en faveur des exclus, de ceux qui n’en peuvent plus et ont perdu espoir. Et si Jésus n’a pas choisi de lire le livre d’Isaïe, puisqu’on le lui remet, nous dit le texte, il choisit par contre le passage où est annoncé la mission du Messie. Quelle est-elle ?

 

1. Porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. On retrouve les tonalités des Béatitudes.

2. Annoncer aux captifs leur libération. Cela explique l’engagement des chrétiens dans les prisons, hier comme aujourd’hui.

3. Annoncer aux aveugles qu’ils retrouveront la vue. On retrouve un peu le thème de la conversion chez Marc : accepter de changer de regard pour voir le Royaume à l’œuvre en nous et autour de nous.

4. Remettre en liberté les opprimés : tout un programme politique pourrait-on dire. Mais il s’agit avant tout d’une attitude fondamentale : celle de travailler à défaire les liens de servitude, les chaînes qui emprisonnent tant de nos frères et sœurs, les maintient en esclavage. On peut penser aux esclavages modernes sous toutes leurs formes, en particulier les assuétudes (drogues, alcools, jeux, écrans) dont il est si difficile de se libérer. 

5. Annoncer une année favorable accordée par le Seigneur, c’est-à-dire une année jubilaire, une année où les dettes sont remises, où le  travail est mis au service de l’homme et pas le contraire, une année de libération en quelque sorte. 

 

Le cœur du message de Luc, l’évangéliste de la Miséricorde divine -pensons au récit du Père miséricordieux qui avait deux fils- est cette Bonne Nouvelle du Royaume qui grandit quand la justice grandit, quand le partage l’emporte sur les égoïsmes, quand les pauvres et les exclus sont remis au centre, car c’est la manière la plus sûre pour que le Royaume de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même, soit mis au centre. 

 

Il y a une concordance évidente entre les trois synoptiques, mais aussi chez Jean, sur la vérité, telle qu’elle est annoncée dans l’Evangile. L’essentiel, le cœur du message que nous révèle Jésus, tant par ses discours que par ses actes, c’est la primauté du Royaume, le Royaume caché appelé à venir au jour : les pauvres sont mis au centre et par extension, nos pauvretés et nos fragilité ne sont plus d’abord une source de honte ou de découragement, mais au contraire le lieu, le moyen dont Dieu se sert pour rejoindre à travers nous nos frères et sœurs qui attendent nos mains, nos paroles et nos sourires pour que nous puissions dire avec Jésus en refermant la bible -le rouleau- :

 

Oui, « Aujourd’hui s’accomplit  ce passage de l’Ecriture que nous venons d’entendre » AMEN. 

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