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Homélie de la fête de l'Epiphanie C - Mt 2, 1-12

 

Chères sœurs, chers frères, 

 

Les mages étaient-ils des rois ? Sûrement pas. Mais la légende les a fait rois, dès le VIème siècle, en s’inspirant tout simplement du livre d’Isaïe et du psaume 70 que nous avons entendu et chanté. Nous allons laisser cette question pour la fin, mais retenons-la : Qu’est-ce qui fait que ces mages, et que donc nous aussi, nous pouvons être des rois aujourd’hui ?

 

Qui étaient les mages ? Très probablement des savants Perses installés à Babylone (en Irak aujourd’hui), plateforme culturelle et scientifique de l’époque. Ils étaient astronomes et philosophe. Ils scrutaient les étoiles pour y sonder, pour y comprendre les mystères du monde. Et il semble bien qu’autour de l’année -7 ou -6 av. J-Ch ( !), il y ait eu une conjonction des planètes Jupiter et Saturne qui aurait pu avoir une conséquence et aurait pu être à l’origine de l’événement que nous fêtons. Laissons cela aux astrologues et astronomes... Au fait, je ne peux m’empêcher de vous dire que j’ai un ami et confrère Congolais, Jean-Baptiste Kikwaya, qui était dans ma communauté à Namur –lui étudiait les mathématiques et moi la philosophie- qui est devenu astrophysicien à l’observatoire du Vatican et cette semaine, il y avait un article dans un quotidien chrétien très connu qui parlait de lui en disant qu’il avait donné son nom à un astéroïde qu’il a découvert… Il y a de tout chez les jésuites, n’est-ce pas ? Voilà pour le mage venu d’Afrique, pourrait-on dire ! Car dès le XIIIème siècle avec la fameuse légende dorée de Jacques de Voragine, nous voyons que les mages sont non seulement devenus des rois, qu’en plus, ils sont au nombre de trois, sans doute du fait qu’ils apportent d’après le texte de l’Evangile trois présents : L’or, l’encens et la myrrhe, mais aussi, qu’ils représentent les trois continents connus à l’époque : l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Ecoutons ce que la légende dorée dit :

 

"Le premier des Mages s’appelait Melchior[1], c’était un vieillard à cheveux blancs, à la longue barbe. Il offrit l’or au Seigneur comme à son roi, l’or signifiant la Royauté du Christ.

Le second, nommé Gaspard[2], jeune, sans barbe, rouge de couleur, offrit à Jésus, dans l’encens, l’hommage à sa Divinité.

Le troisième, au visage noir, portant toute sa barbe, s’appelait Balthazar[3]; la myrrhe qui était entre ses mains rappelait que le Fils devait mourir".

La royauté de Jésus, sa divinité et son humanité : toute la christologie résumée en une image ! 

Là aussi, la légende dorée est une relecture de l’Ancien Testament qui nous dit que de partout, des différents continents, on viendra adorer le Messie, le roi des rois. 

 

Mais revenons à nos mages : ils découvrent, comme mon ami jésuite astrophysicien, une nouvelle étoile –ce n’est donc pas l’étoile du berger ! A l’époque, cela signifiait la naissance d’une personne importante : une star dirait-on aujourd’hui ! Une étoile montante, en quelque sorte. Et cette découverte les met en mouvement : ils partent à l’aventure, vers l’inconnu, à la rencontre de ce personnage d’exception. Là aussi, ce n’est pas invraissemblable, car une découverte d’une telle importance, cela se vérifie sur le terrain. Mais encore faut-il partir, quitter son confort. Ils arrivent à Jérusalem et là, ils doivent s’informer et ils vont rencontrer les autorités locales, en l’occurrence le roi Hérode. Là, on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement bien inspirés : ils le seront plus au retour quand, nous dit l’Evangile, ils seront avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode. Vu ce que devait être le personnage, je pense qu’on n’avait pas besoin de songe pour se douter qu’il y avait anguille sous roche et qu’on ne pouvait pas faire confiance à ce roitelet. 

 

Ceci dit, il y a un élément que j’aimerais souligner ici : Hérode réunit les grands prêtres et les scribes pour leur demander, nous dit Matthieu, où devait naître le Christ. Les Ecritures sont claires : à Bethléem en Judée. Il y a là une conjonction intéressante : les mages, les païens, apportent donc la dimension de temps, du « quand » doit naître le Messie et les juifs, la dimension du « où », le lieu où il devait naître. Ce qui est curieux, c’est que ces derniers ne se mettent pas en mouvement, soit parce qu’ils ne croient pas trop ces étrangers scientifiques soit parce que, comme le dira l’Evangéliste plus tard, « leur cœur était endurci ». Mais c’est bien la conjonction d’un côté de l’étoile, de ce désir que nous scrutons en nous et autour de nous, de cette relecture, pour reprendre un terme ignatien, de notre vie et des signes que le Seigneur nous donne et d’un autre de l’Ecriture, lue, méditée et scrutée, qui permet de découvrir l’étoile, le Messie, Celui que nous attendions et qui vient nous sauver. 

 

Les mages vont donc à Bethléem et trouvent l’enfant Jésus : ils sont remplis d’une grande joie, ils se prosternent devant lui, ouvrent leurs coffrets et leur apportent leur présents… Matthieu nous dit qu’ils entrent dans la maison (ce n’est pas une étable comme chez Luc) et se prosternent pour l’adorer. 

 

Alors, les mages sont-ils des rois ? A cause de cette démarche humble, pour s’être mis en route, avoir cherché et trouvé le Seigneur, pour s’être agenouillé devant cet enfant qui ne payait sans doute pas de mine, alors oui, ils sont rois, comme nous aussi, si nous acceptons de nous agenouiller devant Jésus humble, devant les humbles d’aujourd’hui qui en sont le visage, alors nous serons des rois.

Bonne fête à tous !

 

 

 

 

[1]Il représente l’Europe.

 

[2]Il représente l’Asie.

 

[3]Il représente l’Afrique.

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