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Homélie du 4ème dimanche de l'Avent C - Luc 1, 39-45

 

Depuis l’aube des siècles (1e lecture). N’imaginons pas que la venue de Dieu dans le monde, dans notre « chair », se produit de façon imprévue et accidentelle. Avant Jésus il n’y aurait pas de « Dieu avec nous », et brusquement, changement de régime : à partir de l’Annonciation, Dieu est là. Ca donne l’impression d’un para­chutage ! En réalité, le Christ ne pourrait pas se rendre visible et présent parmi nous s’il n’y était déjà, depuis le commencement. Cela ne signifie pas que l’homme Jésus préexistait dans un ciel imaginaire avant de « descendre » sur terre. Dans ces conditions, on ne pourrait pas le considérer comme le fils de Marie et donc, l’un de nous. « Il est né », serait une phrase dépourvue de sens. Comment peut-on dire en même temps : il est là « ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois », depuis l’aube des siècles et il est « venu » il y a deux mille ans ? Autrement dit, que signifie « il s’est incarné » ?

 

Voici comment Luc présente les choses. Quand Marie se met en route, personne ne sait son secret. Or, on nous montre une Elizabeth qui a l’air parfaitement au courant. On a l’impression qu’elle a assisté à « l’annonciation ». Qu’est-ce qui provoque en elle cette connais­sance étonnante ? Le texte nous dit qu’elle entend la salutation et que l’enfant tressaille en elle. Avouons-le : deux choses très banales. D’abord c’est l’Esprit qui lui fait interpréter ces banalités comme des signes. Les signes majeurs sur lesquels se fonde notre foi n’ont rien de spectaculaire : au début un nouveau-né, à la fin un crucifié. Com­bien de bébés et combien de crucifiés comptait la Palestine à cette époque ? Dieu se diluant dans la terre, dans l’humanité : le signe de Jonas, le seul signe, d’après Jésus. Ensuite l’Esprit fait le reste : il fallait que le Messie naisse du « plus petit des clans de Juda » (première lecture). Ce thème de l’inversion du plus grand et du plus petit parcourt les Évangiles. Reconnaître Dieu dans ce qu’il y a de plus petit, tel est le fruit de l’Esprit. Car c’est bien là que Dieu vient se placer. Au fond, la visitation nous redit la Pâque, visite de Dieu au plus profond des ténèbres de l’homme.

 

On appelle ce passage d’évangile « Visitation ».Aussitôt après son « Oui » à l'ange Gabriel, Marie est envoyée, poussée à partir pour saluer à son tour un autre miracle annoncé par l'ange : Élisabeth, dans sa vieillesse, a conçu un fils ! On imagine mal Marie se disant « ce n’est pas à moi à me dépla­cer ». Il s’agit d’autre chose. Au-delà de la visite que fait Marie à Élisabeth, il y a la visite de Dieu. Ces deux femmes sont figure de l’humanité en son accueil de Dieu. Le déplacement de Marie pourrait bien recopier et matérialiser sym­boliquement le déplacement de Dieu lui-même. Et le tressaillement joyeux de Jean pourrait bien signifier l’éveil de l’humanité à l’appro­che de Dieu. Le tressaillement de la vie qui naît. 

 

Notre vie, toute vie, dépend de cet accueil. C’est bien pour cela que la nais­sance est la raison de l’action de grâces des deux femmes. Pourquoi des femmes ? La femme, dans cette culture, est symbole d’ouverture et d’accueil. Et bien sûr de vie : « Ève » signi­fie «mère des vivants ». La gratitude des deux femmes représente la reconnaissance de tous ceux qui, depuis le début de la Bible, ont vécu l’histoire de la venue de Dieu aux hommes : le texte de la Visitation est un tissu de références à l’Ancien Testament, surtout le Magnificat (qui suit immédiatement notre lecture). Le « oui » de Marie à « l’ac­complissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » fait repenser au passage du Psaume 40 repris dans la seconde lecture : « Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. »Alors, j’ai dit : Me voici.

 

On peut noter, d’ailleurs, qu’il a fallu la parole. Parole de salutation : pour les Juifs, le souhait et l’annonce de la paix. Shalom. On n’est pas loin du « paix sur terre aux hom­mes qu’il aime ». Dieu est mouvement. C'est lui le grand migrant, le Verbe de Dieu vit un dépaysement radical. « En entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps ».Il plante sa tente parmi nous, dit l’hébreu. Il prend chair, dit le grec. « Sarx egeneto », il devient un être humain. 

La « Visitation » a des apparences de récit de famille, mais il ne faut pas s'y tromper : en fait, Luc écrit une œuvre théologique ; il faut certainement donner tout son poids à la phrase centrale de ce texte : « Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte » ; cela veut dire que c'est l'Esprit Saint en personne qui parlepour annoncer dès le début de l'Evangile ce qui sera la grande nouvelle de l'évangile de Luc tout entier : celui qui vient d'être conçu est le « Seigneur ».

 

En le regardant on découvre notre vrai visage d’humanité : un homme libre et aimant. Il nous ouvre par sa vie un chemin, pour apprendre auprès de lui  à vivre ainsi. Par là même, il indique les errances, les fausses pistes qui empêchent d’être libre et d’aimer. Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

 

On m'a dit un jour « Lorsque tu as rencontré quelqu'un et vraiment communié avec lui, tu n'as plus le droit de l'oublier. »

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