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Homélie du 31ème dimanche ordinaire B - Marc 12, 28b-34

 

« Quel est le plus grand commandement ? » : si l'on comptait bien tous les détails de la loi juive, on dénombrait six cent-treize commandements. Les pharisiens en ont tiré une morale tatillonne. Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n’en font qu’un. Ne pas se laisser envahir par ce qui est secondaire, rester attachés à ce qu’il y a de plus important, simplifier... : cela demande un grand discernement.
Savoir discerner ce qui est le plus important pour savoir faire des choix : choix professionnels, choix de maison, choix d’engagements… Simplifier sa vie, cela peut vouloir dire avoir le courage de mener une vie simple, de refuser une vie trop superficielle ou trop mondaine, où les facilités financières nous entraîneraient à être loin de nous-mêmes. Avoir le goût des choses simples et ensemble goûter le bonheur simple que Dieu donne. Si un jour dans la rue une personne, au fil de la conversation venait à vous demander quel est selon vous le premier commandement, quelle serait votre réponse ? Qu’est-ce que je mets en premier dans ma vie ? Qu’est-ce que je mets au-dessus de tout ?

 

Au lieu des dix commandements, Jésus cite les premiers mots de la prière qui, chez les juifs, est l’équivalent du  « Credo », le « Shema Israël » : Ecoute, Israël  (Dt 6, 4-5). C’est une magnifique profession de foi au Dieu Unique qui veut être aimé totalement. Jésus y joint un second commandement qui prescrit l’amour du prochain,  un passage bien connu du livre du Lévitique (Lv 19,18). Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 

 

Ces deux commandements sont des commandements d'aimer et Jésus ne leur ajoute rien pour l'instant. Le « Shema Israël » prescrivait d'aimer Dieu, et lui seul : c'était un thème très habituel, aimer Dieu au sens de « s'attacher » à lui, à l'exclusion de tout autre dieu, c'est-à-dire en clair refuser toute idolâtrie. Cet amour dû à Dieu n'est d'ailleurs qu'une réponse à l'amour de Dieu, au choix qu'il a fait de ce peuple : « Si le Seigneur s'est attaché à vous et s'il vous a choisis, ce n'est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous les peuples. Mais si le Seigneur, d'une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, c'est que le Seigneur vous aime et tient le serment fait à vos pères. » (Dt 7, 7-8).

 

Jésus fait ici un coup de Maître : il enchaîne l’amour du prochain à l’amour de Dieu, comme ne faisant qu’un seul précepte. Et pour indiquer leur unité fondamentale, Saint Marc n’hésite pas à mêler le singulier au pluriel : « pas de commandement plus grand que ceux-là ». 

 

Jésus ne tient pas particulièrement à être le dieu de nos dimanches matins ou de nos célébrations, il veut être le Seigneur de nos vies entières. L’appel du Christ est à l’impératif : « Tu aimeras ».
Ce n’est pas : « si tu ressens quelque chose pour l’autre, alors oui, aime le ! »
Ce n’est pas : « écoute ton cœur battre, suis ton cœur qui bat et tu verras bien où il t’emmènera ».
 C’est l’impératif qui va jusqu’à dire : « choisis d’aimer, aie en toi la volonté d’aimer »,  et d’aimer l’autre même lorsqu’il ne sera pas aimable… Notre tâche est de choisir d’aimer, c'est toute notre Loi. 

 

Jésus vient élargir à l'infini la notion de prochain ; Marc nous le montre à plusieurs reprises luttant contre toute exclusion. Jésus vit en lui ces deux amours inséparables, celui de Dieu, celui des autres sans exception ; mais surtout, il vient nous en rendre capables en nous donnant son Esprit : « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 35).

 

C'est en communauté que l'on apprend à aimer le prochain, c'est en méditant la Parole que l'on apprend l'amour que Dieu a pour nous, c'est en priant que l'on apprend à aimer Dieu. Dieu veut que nous soyons une communauté où il se plaît, une communauté unie dans l'entraide et le partage, dans la justice, le respect mutuel. Malgré les peines de toutes sortes, les maladies, les accidents et les deuils. Aimer Dieu comme soi-même revient à changer notre regard, tout ce que nous aimerions que Dieu fasse pour nous, faisons le pour lui. 

 

Jésus conclut par une formule d'encouragement, comme une « béatitude » : « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu » (sous-entendu « heureux es-tu ! »). La prédication habituelle de Jésus n'est pas un enseignement du type « il faut, tu dois... » mais plutôt « tu peux », une révélation sur la profondeur de ce que nous vivons : parce que tu as compris que le plus important est d'aimer, heureux es-tu, tu brûles, tu es tout proche du Royaume. »

 

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