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Homélie du 23ème dimanche ordinaire B - Marc 7, 31-17

 

« Ouvre-toi ». Jésus est l’homme ouvert aux autres. Alors que les scribes, les pharisiens, ou les prêtres élèvent des barrières pour s’isoler des pécheurs, des païens et des étrangers, Jésus, lui, recherche le contact avec tous. L’évangile nous le montre en Décapole, territoire multiethnique et multireligieux, à l’aise partout, et mettant tout le monde à l’aise. Il est le Maître qui sait écouter. Il est l’Ami qui sait parler. Alors que Satan, l’ennemi de la nature humaine comme l’appelle St Ignace, est fermé à tout et ferme l’homme en lui-même, Jésus brise ce monde clos d’un mot : « Effata, Ouvre-toi ! » 

Le mot de la guérison n’est pas « entends, parle », comme on attendrait. L’ordre n’est pas adressé aux oreilles, qui vont s’ouvrir, ou à la bouche, qui va libérer la parole trop longtemps bâillonnée ; mais il s’adresse à toute la personne : à son cœur, à son intelligence, à son esprit : « Ouvre-toi » « Effata». Nous pouvons nous aussi entendre cela intérieurement et nous le redire pour y consentir : Ô mon cœur, ouvre-toi, ô mon intelligence, ouvre-toi, ô mon esprit, ouvre-toi. 

La Parole de Celui qui parle et qui nous crée chacun, nous ouvre à Dieu et aux autres : « Ouvre-toi ». Et le premier résultat de l’ouverture à Dieu, à son action créatrice, est l’ouverture aux hommes : le sourd-muet est un homme muré, coupé des autres. Jésus le rend à la communication avec les autres. 

Il lève les yeux au ciel pour dire « Ouvre-toi ». Le sourd-muet « s’ouvre » certes, mais c’est aussi « le ciel » qui s’ouvre pour lui. 


Cet ordre n’existerait pas bien sûr si tout allait bien ; il est pour nous, il retentit parce que justement nous croyons être ouverts à beaucoup de choses, alors que nous sommes envahis trop souvent par des idées toutes faites, des préjugés, des jugements sur les personnes ou les événements. 

 

Quant au soupir, à en croire le vocabulaire grec, il s’agit plutôt d’un gémissement : le même mot est employé par Paul pour dire l’impatience de la création  captive en attente de sa délivrance : « La création tout entière gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8, 22) et il l’emploie encore quand il parle de l’Esprit Saint qui prie dans le cœur des croyants (Rm 8, 26). En Jésus qui gémit, n’y a-t-il pas tout cela ? L’humanité attendant sa délivrance ? Et aussi l’Esprit qui intercède pour nous ?

« Il lui toucha la langue. » Des gestes assez répugnants. Les doigts dans les oreilles, de la salive sur la langue. Que peuvent signifier ces gestes ? Les gens qui amènent le sourd-muet ont certaine­ment entendu parler de Jésus et de ses guérisons ; ont-ils une idée magique de son action ? Ils demandent non la guérison directement mais le geste noble de l’imposition des mains, un geste qui surplombe. Jésus va choisir non ce geste qui effleure mais un geste qui « mélange ». À mon avis il y a là un ensei­gnement sur ce que nous appelons l’incarnation : Dieu vient se mêler à l’homme, éprouver étroitement sa détresse, son mal, sa déchéance. La foi commence, pour nous, quand nous reconnaissons que le Christ est là, « quand même », avec nous, dans nos pires médiocrités, insuffisances, infirmités spirituelles et humaines, et qu’il est là pour sauver, justement.

Le doigt de Dieu, figure dans l’Ecriture, de l’Esprit actif dans notre monde, va sur le lieu même du mal. Dieu ne répugne pas à aller épouser l’ultime pauvreté, l’ultime faiblesse de l’homme. Paul dira du Christ qu’il s’est fait péché. Souvenons-nous de cela jusque dans nos égarements : nous n’y som­mes jamais seuls. Dieu soit loué ! 

Avec Isaïe, le boiteux ne se contente pas de marcher correctement, il bondit.Et Marc, pour décrire le handicap de celui que Jésus guérit, ne le qualifie pas de « muet », mais il emploie un mot grec inhabituel que l’on retrouve seulement chez Isaïe : « La bouche du bègue criera de joie » (Is 35, 6). Cette louange, pour laquelle Dieu, par le Christ, nous rend la parole !

 

Lors de la célébration du baptême d’un adulte, le prêtre lit ce passage de l’évangile, puis il touche les oreilles et les lèvres du baptisé en disant : « Effata », c’est-à-dire « Ouvrez-vous, afin de proclamer, pour la louange et la gloire de Dieu, la foi qui vous a été transmise. » On entend résonner ici la prière du psaume : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » (Ps 50, 17), tout autant que la phrase de Paul : « Nul ne peut dire Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint. » (1 Co 12, 3). Dieu seul peut nous inspirer pour parler de lui, mais c’est notre liberté qui choisit de proclamer sa louange.

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