Homélie du 17ème dimanche ordinaire B - Jean 6, 1-15


Jean commence en disant que Jésus « lève les yeux » pour voir les personnes qui s’avancent vers lui. Il ne les regarde pas de haut en bas, mais de bas en haut, humblement, comme quelqu’un qui veille sur les besoins d’un autre qu’il aime. Un regard de bas en haut, vous savez, ça se sent. Ça se reçoit comme un geste qui nous met debout, qui révèle. D'emblée, le récit se centre sur Jésus. C'est lui qui voit venir la foule, qui interroge Philippe en sachant ce qu'il va faire.

Il ordonne de faire asseoir la foule sur l’herbe et garde l'initiative même pour la distribution des pains. La méprise a commencé lorsqu'il demande à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? » La question suppose qu'il est impossible à l'homme de se procurer le « pain véritable ».

Les disciples font preuve d’une attitude humaine, qui recherche la solution la plus réaliste, qui ne crée pas trop de problèmes : Renvoie la foule – disent-ils – que chacun s’arrange comme il peut, du reste tu as déjà tant fait pour eux : tu as enseigné, tu as guéris les malades… Renvoie la foule !

L’attitude de Jésus est complètement différente, elle est dictée par son union avec le Père et par sa compassion pour la multitude, cette bonté de Jésus envers nous tous. Jésus sent nos problèmes, il sent nos faiblesses, il sent nos besoins. Jésus est comme cela.

Devant ces cinq pains, Jésus pense : voici la providence ! De ce « peu », Dieu peut tirer le nécessaire pour tous. Jésus fait totalement confiance au Père des cieux. C’est pourquoi il dit aux disciples de faire asseoir la foule par groupes de cinquante – ce n’est pas par hasard, cela signifie qu’ils ne sont plus une foule, mais qu’ils deviennent des communautés, nourries par le pain de Dieu. Puis il prend ces pains et ces poissons, lève les yeux au ciel, récite la bénédiction – la référence à l’Eucharistie est claire –, puis les rompt et commence à les donner aux disciples, et les disciples les distribuent… et les pains et les poissons ne s’épuisent pas, ils ne s’épuisent pas ! Voici le miracle : plus qu’une multiplication c’est un partage, animé par la foi et par la prière. Ils mangèrent tous et il en resta : c’est le signe de Jésus, pain de Dieu pour l’humanité.

Qui dit miracle dit aussi enseignement. Le message de Jésus a tout l’air d’être un encouragement. Il encourage à se confier à la générosité de Dieu.

Normalement, l'action de grâces se situe dans un contexte d'abondance, quand rien ne manque, quand tout est prêt pour une fête. Ici, au contraire, tout manque, ou, plus exactement, il y a une disproportion alarmante entre le peu de ressources disponibles et les besoins énormes. Pour nourrir une foule de plusieurs milliers de personnes qui se trouvent à une grande distance de toute habitation, Jésus a cinq misérables galettes. « Qu'est-ce que cela pour tant de monde !» a fait remarquer un disciple réaliste (Jn 6,9). Apparemment, il n'y a donc pas lieu de se réjouir. Ce serait plutôt le moment de se lamenter, de se décourager.

Jésus, au contraire, prend les cinq pains, lève les yeux vers le ciel et bénit le Père céleste. Il ne se plaint pas de ce qu'il n'a pas ; il rend grâces pour ce qu'il a reçu. Par ce contact reconnaissant avec Dieu, Jésus est remonté jusqu'à la source de tout bien. « Tout don excellent, toute donation parfaite vient d'en haut et descend du Père des lumières » (Jc 1, 17). Par la reconnaissance. Jésus ouvre la voie à la bonté divine, qui donne à tous avec abondance : tous mangèrent à satiété et, après le repas, on ramassa beaucoup de restes.

Ce geste est une illustration même de la prière : confier à Dieu ce que nous avons et ce dont nous n’avons pas assez, nos forces de vie, le fruit de notre travail et aussi nos peines. Dieu accepte tout de nous : les maladies et les infirmités, les pains et les poissons. Il prend sur lui nos forces et nos faiblesses. Et du peu, Dieu tirera davantage, parce qu’il le mettra en commun. Nos talents mis ensemble par l’Esprit Saint se multiplient plus qu’ils ne s’additionnent. Frère Roger de Taizé a insisté toute sa vie sur l’importance de « commencer avec le peu que nous avons ». Notre responsabilité à nous est de commencer. Dieu, par sa grâce et avec notre persévérance, fera le reste. N’ayons donc pas peur d’avoir trop peu pour nous mettre en route. Là est aussi l’encouragement.

Un autre aspect doit être mis en relief. De quoi, exactement, Jésus rend-il grâces ? D'avoir lui-même quelque chose à manger ? C'est la situation habituelle. Nous rendons grâces (eucharistia, en grec, action de grâce, reconnaissance) pour la nourriture que nous mangeons. Mais ce n'est pas le point de vue de Jésus. Il n'a pas demandé les pains pour lui-même, mais pour les distribuer aux autres. Aucun évangéliste ne dit que Jésus ait mangé ; tous disent qu'il a donné les pains, qu'il les a distribués. Il rend donc grâces à Dieu, non d'avoir quelque chose à manger, mais d'avoir quelque chose à donner.

Le Père céleste est celui qui donne ; Jésus rend grâces au Père pour la possibilité qu'il a de s'associer au mouvement du Père, à l'action généreuse du Père. « Père, je te rends grâces pour ces pains que tu as mis entre mes mains, afin que je puisse, en les distribuant, participer ainsi à ta vie d'amour et de don. » L'attitude de Jésus diffère beaucoup de notre attitude intéressée. Souvent nous nous emparons des dons de Dieu et demandons encore d'autres dons pour nous-mêmes. Jésus voit, dans les dons de Dieu, la possibilité de donner aux autres et il rend grâces en s'abandonnant avec confiance à la générosité du Père.

Il bénit le Père qui est dans les cieux. Bénir comporte ce double regard, d’une part remercier et de l’autre pouvoir transformer. C’est reconnaître que la vie est toujours un don, un cadeau qui, placé entre les mains de Dieu, acquiert une force de multiplication. Notre Père n’enlève rien, il multiplie tout.

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