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Homélie du 14ème dimanche ordinaire B - Marc 6, 1-6

 

Dans la ligne des grands prophètes, nous voyons dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus se heurter à l’hostilité des siens. Les gens avaient sans doute entendu parler des guérisons et des miracles qu'il accomplissait, comment il enthousiasmait les foules. Ils paraissaient prêts à l'accueillir et à l'écouter. À Nazareth (Mc 6, 2), comme à Capharnaüm (1, 22), ceux qui étaient là dans la synagogue ont d’abord été « frappés d’étonnement » ; mais à Nazareth, les choses ont mal tourné, l’étonnement a viré au scandale. Passé le moment d'étonnement, voici que les interrogations surgissent, celles qui enferment ! Comment cet homme qu'on a vu grandir, exercer un métier, dont on connaît les frères et sœurs..., comment cet homme peut-il parler de Dieu avec autorité ? Leur scepticisme ne laisse aucune place à “ l'inattendu ” de Dieu. Nous-mêmes, peut-être sommes-nous également enfermés dans nos certitudes, nos opinions ou jugements qui ne laissent que peu de place à l'accueil de l'autre ?

 

Marc a certainement choisi volontairement le mot grec (skandalon) qui évoque la pierre d’achoppement dont parle Isaïe (8, 14) ; imaginez un chef de chantier qui se trouve devant une pierre de forme imprévue : soit il l’intègre à sa construction dont elle devient une pierre maîtresse ; soit il la méprise, et la laisse traîner sur le chantier, au risque de buter dessus.  

Ce qui crée le « scandale », c’est la particularité de Jésus, exactement situé dans le temps et dans l’espace et pourtant dépositaire de la Sagesse (qui, dans la Bible, « remplit l’univers ») et de la puis­sance sur toute chose (les « grands miracles »). 

Le « scandale » n’a pas cessé : beaucoup n’arrivent pas à comprendre que nous référions notre vie à quelqu’un (voyez bien ce que signifie « quelqu’un ») qui a vécu trente ans il y a deux mille ans dans un petit coin du monde, bien typé par son ethnie et sa culture.

 

Notre texte ne dit pas qu’il est « le fils du charpentier » mais qu’il est « le charpentier ». Ceux qui l’écoutent savent pourtant qu’un berger, Amos (pour ne prendre que cet exemple) a été saisi par l’Esprit de Dieu qui a fait de lui un prophète. Mais cela se passait loin d’eux dans le temps. Ils n’arrivent pas à admettre que cela arrive chez eux. Ce que dit et fait Jésus ne correspond pas à son état civil, à son hérédité. Ils reculent devant la conclusion : c’est Dieu qui, là, parle et agit. Ce qui les déconcerte c’est le réalisme, la vérité, la réalité, de ce que nous appelons l’incarnation. 

 

Le choc était rude. Pourquoi lui, le charpentier ? Pourquoi justement quelqu’un de chez eux ? Ils auraient pu se demander aussi : pourquoi Israël, parmi tous les autres peuples ? Que l’éternel et l’immense prenne visage ici et maintenant, en ce peuple-ci, en cet homme-là restera toujours un scandale, la pierre sur le chemin, sur laquelle on vient buter. Au fond, les contemporains de Jésus achoppent sur l’inouï de l’incarnation. Ils sont mis en demeure de choisir entre la foi ou le refus. Mais cette impuissance du Christ devant la foi de ses contemporains, ne manifeste-t-elle pas d’une certaine façon l’infini respect de la liberté de Dieu face à la liberté de l’homme ? Cette liberté qui est une œuvre de sa création.

 

Plus tard les disciples se scandaliseront de voir Jésus pousser la vérité de son appartenance à l’humanité jusqu’à aller aux extrêmes limites de la détresse humaine. Là il sera réellement « tout seul », face à tous les autres en bloc, et lui portant seul le mal de tous. Et c’est là que l’on apprendra vrai­ment que cela (cette sagesse et cette puissance) lui venait de Dieu.

 

Et aujourd’hui, y a-t-il des prophètes ? Parmi nous ? Oui, tout chrétien peut l’être, l’Evangile nous le dit et le Concile Vatican II dans la Constitution sur l’Eglise, l’a très bien rappelé à propos du peuple de Dieu tout entier : par le baptême, nous sommes prêtre, prophète et roi.

Un prophète c’est quelqu’un qui parle au nom d’un Autre. C’est un homme ou une femme qui a une qualité de discernement, une perception de l’essentiel, qui nous fait participer en quelque sorte à la vision de Dieu sur le monde, à tel moment de l’histoire. Ce sont des interprètes inspirés qui dévoilent les événements au regard de Dieu. Les prophètes sont tout simplement parmi nous : ce peut être l’étranger que l’on rencontre au coin d’une rue, mais le plus souvent, c’est un proche ou même un membre de notre famille. Dieu est parmi nous et il nous parle au travers de personnes que nous rencontrons, ou bien au travers de nos enfants, nos parents, nos amis ou nos voisins. Ceux, en fait, qui nous aiment mais qui aussi nous posent des défis et nous questionnent sur nous-mêmes.

 

Les prophètes mettent simplement les choses en perspective. Ils expliquent et nous aident à comprendre le projet de Dieu à travers nos expériences personnelles. Ils nous parlent, c’est tout. « Ce que tu dis là, ça me parle. » Dans son exhortation Exsultate et Gaudete le pape François écrit « Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tournants décisifs de notre vie personnelle ». 

Oui, nous sommes des prophètes potentiels à notre manière : une rencontre, un mot échangé avec un ami ou un collègue de travail peuvent nous éclairer, nous ouvrir l’esprit, ouvrir à l’Esprit. C’est Dieu qui, là, parle et agit.

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