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Homélie de la Fête de l'Epiphanie - Matthieu 2, 1-12

 

 

 

Lumière des nations. Jésus est présenté par Matthieu comme le roi qui nous est envoyé par Dieu pour illuminer notre route. Il brille tellement, ce Jésus, que même d'illustres étrangers s'en aperçoivent au loin et font le voyage pour lui rendre hommage. Ils nous font signe aux deux derniers versets de la première lecture de ce dimanche (Isaïe 60, 5-6) : les trésors d'au-delà des mers afflueront vers Jérusalem, portés sur des foules de chameaux et les étrangers apporteront l'or et l'encens en reconnaissance de la lumière qui brille à Jérusalem. Lorsque Matthieu introduit les mages dans son récit, ils viennent du côté où la lumière se lève. Ces savants qui sont des sages, des astrologues, des chercheurs, dont la culture est très étrangère à Israël, se sont mis en route : c’est une étoile de leur astrologie qui les guide et qui les conduit au Christ.

Car, comme le disait déjà Justin, au 2e siècle, les « semences du Verbe » sont répandues partout, les semences de vérité sont présentes partout. Ce sont ces hommes qui viennent apprendre aux juifs, aux hommes de la révélation, que le Christ est né. Son « étoile » s’est levée en plein ciel païen. Et c’est une étoile, c’est-à-dire un élément du monde, un objet « profane ». Et pourtant c’est « son étoile », une étoile qui est au Christ. Le profane se révèle comme le lieu de Dieu, il vient de Dieu et va à Dieu.

L’Esprit nous a précédés « chez les païens », le Christ est là, au cœur même de ces cultures, aujourd’hui aussi, sous une forme qui ne correspond pas à nos images familières. Au lieu de leur « apporter le Christ » nous soupçonnons que nous avons peut-être à aller l’y chercher, l’y reconnaître. Paul, dans notre seconde lecture, appelle cela le « mystère caché » et on a l’impression que c’est pour lui l’aboutissement de toute la révé­lation. On ne peut rien soustraire à l’Esprit parce que l’Esprit atteint toute chose et qu’il est à la source de toute chose. Et l’Esprit est Esprit du Christ, l’Esprit filial. Le désir de Dieu que chacun porte en soi. Les mages représentent alors tous ceux qui, au plus profond d'eux-mêmes, sentent l'attraction de l'absolu, un désir qui les pousse : le désir de la profondeur, l'attraction du beau, la recherche de l'amour, le désir de la justice et de la fraternité. Comme eux, beaucoup de personnes de nos jours, vivent avec le cœur inquiet qui continue à interroger sans trouver de réponses certaines – c’est l’inquiétude de l’Esprit Saint qui se meut dans les cœurs. Elles sont encore à la recherche de l’étoile qui indique la route vers Bethléem. 

Ils suivent une étoile. Les mages ne se sont pas mis en route parce qu’ils avaient vu l’étoile mais ils ont vu l’étoile parce qu’ils se sont mis en route. Ils reflètent l’image de tous les hommes qui, dans leur vie, ne se sont pas laissé anesthésier le cœur. Le pape François appelle cela « la sainte nostalgie de Dieu », une « Sehnsucht » : « Le croyant nostalgique, poussé par sa foi, va à la recherche de Dieu, comme les mages, dans les lieux les plus cachés de l’histoire, parce qu’il sait dans son cœur que son Seigneur l’attend là. Il va à la périphérie, à la frontière, dans les lieux non évangélisés, afin de pouvoir rencontrer son Seigneur ».

« Ils se réjouirent, d’une très grande joie ». C’est si bref mais si plein. Deux autres fois seulement, Matthieu évoquera la joie, celle de l’homme qui découvre le trésor du royaume des Cieux (Mt 13, 44) et la « grande joie » des femmes apprenant de l’ange la résurrection de Jésus (Mt 28, 8).

 

Ils offrent des présents. Le Seigneur n'attend pas de nous des cadeaux matériels ; il nous veut à nous-mêmes ; à notre vie, nos projets, notre liberté, ce sont les dons qui lui plaisent. À leur arrivée, par avance en vrais disciples, les mages « se prosternent ». Saint Pierre Chrysologue donne un sens imagé : « Aujourd’hui, les mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu’ils voient ici : le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme ; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d’un tout-petit. (…) Et dès qu’ils voient, ils proclament qu’ils croient sans discuter, en offrant leurs dons symboliques : par l’encens, ils confessent Dieu ; par l’or, le roi ; par la myrrhe, sa mort future. »

 

Ils regagnèrent leurs pays par un autre chemin.  Les mages s’en retournent « par une autre voie », par une nouvelle manière de vivre peut-être. Pour eux maintenant, tout est différent, car ils emportent avec eux un trésor bien plus précieux que celui qu’ils ont offert. Ils marchent à la lumière d’une autre étoile, qu’ils portent dans leur cœur. Certes c’est une lumière bien discrète que ce petit enfant né dans une famille pauvre, une toute petite lumière, fragile comme l’enfant qu’ils ont découvert mais, comme tout enfant, pleine de promesses : c’est celle dont parle saint Pierre, « l’étoile du matin qui se lève dans nos cœurs ».

 

Quand on a découvert Jésus, on est « dérouté » … Il faut prendre une autre route ! Demandons à Dieu qu’il en soit ainsi dans chacune de nos vies, pour que l’amour du Christ soit vraiment manifesté partout où des femmes et des hommes, comme les mages de l’évangile, sont en quête d’un monde nouveau. 

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