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Homélie du 3ème dimanche de l'Avent B - Jean 1, 6-18 et 19-28

 

Chers frères et sœurs,

 

L’avent est un temps d’attente, attente du Messie qui doit venir. C’est le temps des prophètes qui nous replonge dans l’Ancien Testament. Nous entendons d’ailleurs Isaïe qui nous secoue, qui dans nos détresses nous invite à espérer contre toute espérance. Nous sommes accompagnés par Jean le Baptiste, le dernier des prophètes.

 

Alors, comment vivre l’avent ? Plusieurs, lors de la  réunion de l’équipe liturgique, se sont posé la question. Faut-il préparer la venue du Messie en faisant semblant que Jésus n’est pas encore né ? N’est-ce pas là un exercice, certes louable, mais franchement artificiel ? Jean, on pourrait dire les deux Jean –l’Evangéliste qui a écrit le texte que nous venons de lire et le Baptiste qui dit cette phrase- nous donnent la réponse : « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas ». Bien sûr, si on en reste au Baptiste, au contexte historique, ceux qui venaient se faire baptiser dans le Jourdain par Jean ne connaissaient pas Jésus : il n’avait pas encore commencé sa mission. Mais l’autre Jean a écrit son Evangile 70 ans plus tard : il s’adressait à sa communauté de baptisés qui pratiquaient les Evangiles et discutaient des Ecritures. Cette phrase du Baptiste résonnait pour eux de manière surprenante comme elle fait écho pour nous aujourd’hui : « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas ».

 

Au centre de cette phrase forte, il y a le verbe connaître, qui vient du latin cum-nascere, littéralement « naître avec ». Connaître quelqu’un, c’est naître avec lui, faire cette démarche humble, très humble de s’abaisser, de le rejoindre là où il en est, de se dépouiller de tous ses préjugés et réponses rapides pour être totalement à son écoute et grandir, naître avec lui, avec elle. Qui a-t-il de plus beau dans la vie ? Connaître a aussi une autre signification dans la tradition sémitique. C’est un verbe qui désigne la relation sexuelle : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme », répond Marie à l’ange dans ce passage d’Evangile bien connu que nous lirons dimanche prochain. Pour réussir une vie de couple, il ne suffit pas de développer une relation conjugale, de conjuguer deux histoires pour former une partition, aussi harmonieuse soit-elle. C’est très important, mais le défi suprême n’est-il pas de connaître l’autre, de le rejoindre dans ce qu’il ou elle a de plus originel pour naître et grandir avec lui, avec elle et ne former ainsi plus qu’un seul corps, littéralement plus qu’une seule révélation.

 

Mais finalement, peut-on vraiment connaître l’autre ? N’est-ce pas présomptueux ? Souvent, quand je dis à quelqu’un « je te connais », je le réduis en fait à ma mesure et je nie son mystère, son être profond.  

 

Chers frères et sœurs, nous nous apprêtons à fêter dans une semaine le mystère de Noël, la naissance du Sauveur qui est déjà né il y a deux mille ans : « Bon anniversaire Jésus », disent souvent les tout-petits. Et pourtant, la phrase de Jean continue de nous interpeler : « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas ». Qui peut donc prétendre avoir une telle intimité avec Jésus qu’il puisse dire : « Je te connais » ? Même les grands saints, les grands priants, les grands mystiques ne le prétendent pas. Il suffit de lire Jean de la Croix pour nous en convaincre. Peut-être avons-nous avons cet orgueil, on peut l’avoir simplement parce que nous sommes mis sur des piédestaux : nous sommes chrétiens pratiquants, nous sommes catéchistes ou membre de la CVX, etc. Si nous prétendons connaître Jésus, des rencontres inattendues ou des accidents de la vie peuvent nous bouleverser, ruiner nos beaux projets et nous rappeler notre juste place. Mais surtout, les difficultés de la vie nous invitent à aller plus profond pour le connaître, naître avec Lui et vivre davantage en vérité. Job disait après toutes ses souffrances : »Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5).

 

Lors du grand face-à-face, nous serons nus, pauvres et humbles, prêts pour la Rencontre. Pour découvrir Jésus dans la crèche, il nous faut cette humilité et ce grand désir de connaître Celui qui se tient au milieu de nous. Bonne préparation à Noël.

 

Amen.

 

 

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