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Homélie du 33ème dimanche ordinaire A - Matthieu 25, 14-30

 

Chers sœurs, chers frères,

 

Nous nous approchons déjà de la fin de l’année. Dimanche prochain, nous célébrerons la fête du Christ-Roi, le dernier dimanche de l’année liturgique. Nous quitterons alors l’Evangile de Matthieu pour commencer celui de Marc. Mais l’Eglise nous donne de terminer en beauté : les trois derniers dimanche de l’année A, nous lisons les trois récits du fameux chapitre 25 de Matthieu, le célèbre triptyque du Jugement dernier, sans doute un des chefs-d’œuvre des Evangiles. Ce récit conclut l’enseignement de Jésus. Les chapitres 26 et 27 seront consacrés à la Passion.

 

Sur le panneau de gauche de notre triptyque, nous l’avons entendu dimanche dernier, il y a la parabole des Vierges sages –prévoyantes- et des Vierges folles –insensées-. Jésus nous y invite à veiller à notre réserve d’huile, à ne pas épuiser le désir en nous pour nous tenir prêts pour le jour de la rencontre avec l’époux.

 

La semaine prochaine, sur le panneau central, nous contemplerons le Christ Roi de l’univers qui siègera sur son trône de gloire pour juger c’est-à-dire séparer les boucs des brebis : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Le critère du jugement sera donc l’orthopraxie et non l’orthodoxie. C’est une révolution copernicienne dont nous n’avons pas fini de tirer les enseignements…

 

Aujourd’hui, nous contemplons le panneau droit du triptyque : la parabole des talents. En les regardant ensemble, ce qui frappe, c’est la diversité de ces récits, mais si on les contemple tour à tour, ils se complètent bien. En tirer les leçons et les mettre en pratique suffit à notre salut, semble nous dire Saint Matthieu.

 

Ce qui unit ces trois récits, c’est leur connotation eschatologique : il y a urgence car nous allons comparaitre devant Dieu qui jugera nos actions. La bougie de la décoration florale nous rappelle ce contexte apocalyptique.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur l’ensemble du triptyque, mais concentrons-nous plutôt sur celui d’aujourd’hui, le récit de la parabole des talents, en regardant le texte de manière rigoureuse. En effet, Matthieu nous invite à éviter certains pièges. Il nous présente un maître qui confie à ses serviteurs, 5, respectivement 2 et un talent. Le talent est à la fois une somme de monnaie considérable (6000 francs or) et il signifie aussi un talent comme nous l’entendons communément (« il/elle a du talent ») et Matthieu joue cette ambivalence: on entre par la porte comptable pour sortir par celle des dons à faire fructifier.

 

Ecartons tout de suite un premier piège : ce n’est pas parce qu’il n’a reçu qu’un talent que le troisième serviteur a des difficultés. Tout d’abord parce qu’un talent c’est en soi une somme énorme. Deuxièmement, le récit met en scène trois serviteurs et pas deux : le premier qui en a reçu 5 et le deuxième qui en a reçu 2 viennent vers le maître avec la même phrase : “Seigneur, tu m’as confié cinq/deux talents ; voilà, j’en ai gagné cinq/deux autres.” Et la réponse du maître est identique pour les deux :  “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” Il n’y a donc pas la moindre différence entre celui qui a fait fructifier 5 ou 2 talents. Troisièmement, à aucun moment du récit, les trois serviteurs ne se comparent. Ce n’est donc pas parce qu’il n’a reçu qu’un talent que le troisième serviteur est traité différemment.

 

Où réside donc le problème avec le troisième serviteur ? Regardons bien le texte. Il dit au maître : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” Le maître répond en reprenant son argumentation : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu ». Mais il y a une différence de taille : il ne reprend pas la phrase : « je savais que tu es un homme dur » et c’est là toute la différence et c’est là le tournant de notre texte qu’une analyse un peu rigoureuse nous révèle sans ambiguïté. Alors que les deux autres serviteurs sont entrés dans la confiance et ont fait fructifier leurs talents, le troisième a vécu sa relation avec son Maître, sa relation avec Dieu dans la peur. « Je savais que tu es un homme dur ». Cette phrase tombe comme un couperet, un verdict d’autocondamnation irrémédiable : « Je savais ». Les ténèbres extérieures, l’enfer où il sera jeté à la fin du récit apparaissent plutôt comme un enfer actuel : si ta relation avec Dieu est basée sur la peur qui te paralyse –Freud l’a appelé le Surmoi, mais elle prend souvent le nom de culpabilité, de manque d’estime de soi, etc.- ta vie spirituelle est un enfer. Tu ne fais rien de bon dans ta vie marqué par la peur. Nous avons tous un travail personnel intérieur à faire pour nous libérer de ce « Dieu pervers » pour paraphraser Maurice Bellet.

 

Vous me direz justement : cela vient souvent de l’éducation. Si on a pu –à juste titre- reprocher dans le temps une éducation religieuse basée sur la peur de Dieu, la peur de l’enfer, il nous faut regarder aujourd’hui plutôt notre manière d’éduquer nos enfants : est-ce que nous leur faisons confiance, est-ce que nous les éduquons à développer leurs talents, savons-nous nous en réjouir, ou bien essayons-nous de les forcer à aller dans le chemin que nous avions prévu pour eux ? Sommes-nous dans le reproche permanent ou plutôt dans l’encouragement ? Rude tâche pour chaque éducateur. Toute pédagogie chrétienne, et pas seulement la pédagogie ignatienne, ne consiste-t-ellle pas à rechercher et à croire aux talents des enfants et des jeunes, reçus chacun selon ses capacités, afin qu’ils s’épanouissent réjouissent et fassent grandir la société, l’Eglise et Dieu lui-même. N’est-ce pas cela l’optimisme chrétien ?

 

 

 

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