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Homélie du 32ème dimanche ordinaire A (Père Christian Motsch)

12 Nov 2017

 

Matthieu 25, 1-13

 

La rencontre amoureuse. Quand Jésus commence à Cana en Galilée à "manifester sa gloire", il assiste à un mariage et prend soin que la fête ne s'arrête pas faute de vin. Bien avant lui, les prophètes avaient annoncé cette "joie de l’époux” que Dieu éprouvera pour son peuple bien-aimé. Isaïe écrit : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ».

L'histoire de dix jeunes filles invitées à un banquet de mariage s'inscrit dans cette ligne : la vie chrétienne, c'est d'aller à la rencontre du Bien-Aimé, de "l'époux", dit la parabole.

Il n’est pourtant pas question de se fatiguer pour aller à sa recherche : l’époux vient, on l’at­tend. De même, Dieu vient à nous, en tout temps et en toutes circonstances, pour nous apporter la joie. La rencontre à ne pas manquer. La parabole insiste sur le fait que, lorsque l’époux vient, il faut « sortir à sa rencontre ». Son déplacement provoque un déplacement de notre part : tout vient de Dieu ; c’est lui qui a l’initiative de l’alliance, mais il doit trouver en nous un accueil, un désir, une vigilance. Cette rencontre plénière, nous ne pouvons pas savoir ce que ce sera. Ce sera comme une fête, des noces, voilà tout ce que nous pouvons dire. Ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur, dit saint Paul, réconfortez-vous les uns les autres avec ce que je viens de dire, insiste-t-il. Nous avons besoin d’entendre cela.

Voici donc des jeunes filles « sensées » (sages au sens biblique du mot), prévoyantes et des jeunes filles « insensées », insouciantes, les sottes (la folie dans le livre de la Sagesse). Ce qui les caractérise toutes, c’est l’attente de la réalisation d’une promesse. Il s’agit de tourner notre regard vers l’avenir, vers ce qui vient, vers celui qui vient. « Oubliant le chemin parcouru, tendu de tout mon être en avant, je cours… », écrit Paul.

 

Toutes s’endormirent. La sortie des jeunes filles prenant leurs lampes pourrait faire écho à l'élan des premiers chrétiens dans leur attente de la joie du Royaume tout proche. Mais ensuite, le temps se fait long : "l'époux tarde". Les premiers chré­tiens ont vécu un moment dans l’illusion que la venue du Christ était toute proche. Ils bradaient leurs moyens de subsistance et en quelque sorte, « faisaient leur valise ».

Puis est venu le temps de la patience. Le monde ne change pas, la fête qui devait consoler les affligés et rétablir dans leur dignité les victimes des injustices semble si loin. L'attente, joyeuse au départ, se fait lourde. Dans la parabole, tout le monde s’endort, comme usé par le temps. Je repense à la question de Jésus : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Comme la patience d’Israël s’était usée pendant les quarante ans d’errance dans le désert. « Où est-il, ton Dieu ? », demande le Psaume 42.

 

« Au milieu de la nuit. » Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous, nous endormir ? Vaquer à nos occupations, traverser la nuit où le Christ ne nous est pas visible et pourtant être prêts à l’heure de sa venue ? Je risque une interprétation : je crois qu’il s’agit de la vitalité de notre désir. La première lecture parle de la rencontre amoureuse de la Sagesse (figure féminine) et des hommes de désir. Si les jeunes filles aux lampes éteintes sont imprévoyantes, cela vient de plus loin, de plus profond : elles ne désirent pas tellement, elles ne désirent pas assez la venue de l’époux, elles ont pris la chose à la légère. « La Sagesse se laisse contempler par ceux qui l’aiment ; elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leur désir ». Nous voici donc renvoyés à ce que nous cherchons dans la vie, à ce que nous attendons d’elle.

 

« Je ne vous connais pas. » Quand les sottes s’écrient devant la porte close : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous »,  cela rappelle cet autre passage du même Evangile : « Ce n’est pas celui qui crie : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des Cieux. » 

Quand le maître répond aux insouciantes : « En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas », nous entendons aussi la parole de Jésus quelques pages plus haut : « Je ne vous ai pas connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité ! » : seul Dieu reconnaît Dieu ; seule la Sagesse accueille la Sagesse.

Ce qui n’est pas trouvé dans les « imprévoyantes », c’est l’Esprit, dont l’huile est un symbole bibli­que. L’Esprit est donné à qui le veut. Les cinq jeunes filles qui ont des réserves ne peuvent pas la partager avec les autres : personne ne peut à la place de l'autre habituer son cœur à l'intimité avec l'Esprit Saint.

 

« Veillez donc. » Qu’est-ce que veiller ? Je crois que c’est attendre ; atten­dre autre chose. Refuser d’être arrêté là où l’on est arrivé. Alors l’époux peut venir.

 

 

 

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