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Homélie de la Fête de la Toussaint (Père Christian Motsch sj)

1 Nov 2017

 

Matthieu 5, 1-12a

 

Nous fêtons aujourd’hui la Toussaint... ou la fête de tous les saints. "À quoi sert notre louange aux saints, à  quoi  sert  cette  solennité ?" C'est par cette question que commence une célèbre homélie de saint Bernard pour le jour de la Toussaint. C'est une question que nous pourrions nous poser également aujourd'hui. ”Nos saints - dit-il - n'ont pas besoin de nos honneurs et ils ne reçoivent rien de notre culte. Pour ma part, je dois confesser que, lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs". Voici donc la signification de la solennité d'aujourd'hui : en regardant l'exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d'être comme les saints : heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, comme ceux du ciel et ceux de la terre, les connus et les inconnus, ceux qui ont marqué la grande histoire et ceux qui sont restés enfouis, comme le sel dans la pâte. D’ailleurs qui sont ces saints, ces élus ?...

 

Si vous cherchez dans la Bible les emplois du mot « saint », vous verrez qu’il s’applique d’abord à Dieu. Et même que Dieu est le seul saint. Cela signifie qu’il est «autre», que ses chemins ne sont pas nos chemins, qu’il est à part, ne fait pas nombre avec ses créatures, n’est même pas Être suprême car si l’on dit de lui « Être », on lui donne un nom qu’il peut partager avec les autres « êtres ». « ô toi l’au-delà de tout », voilà ce que peut signifier «saint» quand on l’applique à Dieu. Israël est dit « saint » lui aussi, « peuple saint ». Là encore cela signifie « pas comme les autres », mis à part, choisi. Mission spéciale. Le terme est aussi appliqué à l’Église, pour les mêmes raisons : le peuple de Dieu n’est pas un peuple comme les autres puisqu’il n’est pas une nation, ne correspond pas à un territoire, etc. Bref, chaque fois que le mot saint est employé, il indique ce côté « à part », impossible à comparer à quoi que ce soit d’autre. Ce qui est saint est signe du Saint, du Tout Autre. Le mot ne parle pas, d’abord, de perfection morale : est saint ce qui appartient à Dieu seul.

 

Quelqu’un me posait récemment la question : au fond quel est LE grand personnage de la Bible ? En fait, ce n’est peut-être pas tant ni Moïse, ni David, mais c’est le peuple. C’est vrai, le grand person­nage est bien le peuple mais le peuple et Moïse, le peuple et David… L’alliance est conclue avec le peuple mais par le biais de Moïse, David, etc. Finalement, par le Christ, qui est Jésus de Nazareth, un homme particulier, « l’élu de Dieu ». L’Église n’a pas hésité à montrer aux croyants des hommes particulièrement représentatifs de la foi chrétienne, des hommes et des femmes qui n’ont pas été «comme les autres», qui ont tranché, qui ont marqué leur époque et laissé une trace. Exemples à suivre mais surtout témoignages que «la puissance de la résurrection qui agit en vous les croyants», n’est pas vaine, qu’elle produit des fruits en ce monde-ci. Et ce n’est pas tout : la fête de tous les saints est la fête des anonymes du royaume de Dieu, de la « masse », de ceux qui n’ont pas « marqué leur époque ». On a donc envie de dire « c’est la fête du peuple saint » et non seulement la fête des indi­vidus. Disons plutôt : c’est la fête du peuple et des personnes.

 

Tous et chacun. Il y a dans la Bible, et dans la foi chrétienne, un jeu subtil entre l’universel (tous, le peuple Tous les saints, tous ceux que l’Église a reconnus, qui nous précèdent et intercèdent pour nous mais aussi et peut-être surtout, tous ceux qui nous ont aimé et qu’on a aimé et dont la mémoire reste vivante au creux de nos cœurs, tous ceux-là sont les « beati, les bienheureux ceux qui …. », l’humanité) et le particu­lier (les « grands hommes », vous, moi. Avec au centre : le Christ).

 

« Nous lui serons rendus semblables quand nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. » (1 Jn 3, 3.) Interrogeons-nous un instant : Quelle est l’espérance qui habite notre cœur ? Quelle est l’espérance qui habite au plus intime de notre être ? Est-ce que cette espérance c’est véritablement de lui être rendu semblable ? Il nous faut laisser du temps à la grâce ; y collaborer pour que s’accomplisse en nous les promesses de notre baptême. Grégoire de Nysse nous dit : « Tu es baptisé, chaque fois que tu renonces au mal. »

 

Nous avons entendu dans la deuxième lecture ce que l’apôtre Jean disait à ses disciples : « Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître. Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est ». Voir Dieu, être semblables à Dieu : voilà notre espérance. Et aujourd’hui, justement en ce jour des saints et avant le jour des morts, il est bon de repenser un peu à l’espérance : cette espérance qui nous accompagne dans la vie. Les premiers chrétiens dépeignaient l’espérance comme une ancre, comme si la vie était l’ancre jetée sur le rivage du ciel, et nous tous en marche vers ce rivage, agrippés au cordage de l’ancre : avoir un cœur ancré là où sont nos ancêtres, où sont les saints, où est Jésus, où est Dieu. Voilà l’espérance qui ne déçoit pas ; aujourd’hui et demain sont des jours d’espérance. Amen.

 

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