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Homélie du 30ème dimanche ordinaire A (Père Christian Motsch sj)

29 Oct 2017

 

Matthieu 22, 34-40

 

Maître, quel est le grand commandement dans la loi ? Et Jésus de répondre : tu aimeras...

C'est tout le secret de sa vie. C'est tellement bref que nous risquons de ne pas prendre le temps de regarder notre vie sous la lumière de ces simples mots. Cette semaine, par exemple, qu'est-ce qui a été « amour » vrai ?

 

L’amour, un commandement ? Oui, seulement le mot comman­dement a pris dans notre culture un sens un peu déplaisant. On pense à arbitraire, à volonté étrangère qui s’impose, etc. Dans la Bible, le commandement est une parole dynamique, créatrice d’avenir. Dans le psaume 118, ses synonymes sont voie, chemin, vérité et vie. C’est la Parole qui met en route le monde et l’homme. On traduirait mieux par orientation (un peu faible), finalité (un peu abstrait). Sens, direc­tion, objectif, programme... Le « commandement » est une force inté­rieure de croissance. Son fruit ? Tout ce qui fait que l’homme devient plus homme.

 

Le plus grand commandement. On interroge Jésus sur le plus grand commandement. Or, il répond non pas en citant un commandement mais deux. Il les déclare « semblables ». On pourrait penser qu’ils sont semblables par leur importance : aussi importants, aussi « grands » l’un que l’autre. Je préfère prendre « semblable » au sens le plus littéral : ils sont semblables parce qu’ils disent la même chose sous deux formes différentes : c’est la même chose ! Ainsi, l’amour qui s’adresse à Dieu passe par les autres, qui en sont la présence concrète. Pas d’amour de Dieu qui ne soit amour du prochain. Le « c’est à moi que vous l’avez fait » de Matthieu 25 est du même ordre. Inutile d’insister sur le fait que cet amour ne se réduit pas à de « bons sentiments », ni même à « l’amabilité » : il s’inscrit dans l’action en faveur de tous ceux qui ont besoin d’être aidés à vivre.

 

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. La réponse de Jésus a jailli de tout son être. Il est celui qui est totalement « tourné vers Dieu », décentré de lui-même pour se centrer sur son Père. Pour Jésus, le grand, le premier amour, c'est Dieu. Remarquez la force de sa réponse : de TOUT ton cœur, de TOUTE ton âme, de TOUT ton esprit, c'est-à-dire de TOUT ton être. « Je t’aime, Seigneur, ma force ! » Voici comment commence le psaume avec lequel nous avons prié tout à l’heure... Voici comment pourraient commencer toutes nos prières, à chaque fois que nous nous mettons en présence de Dieu. « Je t’aime, Seigneur, ma force ! » Avant de demander, d’offrir, de rendre grâce, de supplier : juste affirmer que nous aimons le Seigneur, gratuitement, pour ce qu’il est...

Et Jésus ajoute aussitôt : « Un second est semblable (c’est pareil) : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Pour Jésus, l'homme est placé face à Dieu et face à ses frères. Il doit prendre le parti de Dieu et le parti de l'homme. Il doit servir le Père et servir ses frères.

Peut-être, nous est-il bon de repérer dans notre vie si c'est « le sens de Dieu » ou « le sens de l'homme » qui nous est le plus spontané, le plus facile pour insister un peu sur celui qui nous manque le plus. Est-ce que je vis un christianisme décaféiné, qui n’empêche pas de dormir : celui qui met l’accent seulement sur les dévotions en oubliant les autres ? Ou est-ce que je vis un christianisme « terre à terre », qui ne s’occupe que de l’humain, en oubliant la présence de Dieu dans ma vie? Le renouveau de mon amour passe par Dieu, comme le renouveau de ma foi passe par les personnes.

 

Comme toi-même. Aimer Dieu (comme soi-même) ou aimer l’homme (comme soi-même) conduit alors à une seule et même chose : à nous décentrer de nous-mêmes, à ne plus être une norme absolue pour nous-mêmes. A ne plus nous prendre nous-mêmes pour le centre de l’univers. Le théologien Dietrich Bonhoeffer donnera cette définition de la foi : « croire veut dire fonder sa vie sur une base en dehors de soi-même ».

Les trois amours (de Dieu, du prochain et de soi-même) que Jésus unit dans sa réponse ont d'immenses conséquences sociales. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » traduit dans une logique très individualiste donnerait : souris à ton voisin ; prend soin de tes collègues ; fais attention à tes proches. La recherche du bien-être personnel devient alors un petit dieu et fait perdre de vue le bien commun, les réformes structurelles, une vision globale.

Certains chrétiens tombent dans ce piège de la « relation courte » quasi exclusive. D'après eux, les changements collectifs seraient illusoires. Seule compterait la transformation du cœur de chacun. Mais aimer son prochain ne se réduit pas à restaurer des petits îlots communautaires. Même minoritaire, l’Eglise s’est toujours considérée comme sel de la terre et levain dans la pâte pour la transformation de la société entière.

 

La première lecture de ce dimanche vient ainsi en complément indispensable de notre évangile. « Aimer son prochain comme soi-même », ce n'est pas seulement prendre soin de ses proches (ce qui déjà est énorme), mais c'est ordonner la vie sociale autour de la protection des plus faibles. Ne pas maltraiter l'immigré, ne pas accabler la veuve et l'orphelin, ne pas prêter à des taux abusifs, ne pas dépouiller les pauvres pour des raisons financières : avouons-le, ces impératifs divins énoncés dans le livre de l'Exode constituent un programme qui est toujours d'actualité.

 

 Je finis ici l’air de rien sur un air connu : « Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage…Alors sans avoir rien… Que la force d’aimer… Nous aurons dans nos mains… Amis le monde entier. »

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