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Homélie du 28ème dimanche ordinaire A (Père Christian Motsch)

15 Oct 2017

 

Matthieu 22, 1-14

 

Les noces de Dieu et de l’humanité.

Reprenant l’ancien thème du repas de fête (« En ce jour-là, le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux »), Jésus annonce la joie, le bonheur que Dieu promet et apporte. Ici « festin », ailleurs « perle » ou « trésor », toutes images pour dire le prix de l'amour offert. Dieu ne vient pas rencontrer les hommes pour leur malheur, ni pour les charger de fardeaux insupportables ; il vient pour convier à quelque chose qui ressemble à un festin. Pas n’im­porte quel festin : un repas de noces - rien n'est plus joyeux qu'une noce - Quelles noces ? Celles de son fils. Le Père nous dit : Venez, tout est prêt. Réjouissons-nous. Mon Fils et Moi, nous vous attendons.

Comment recevoir ce Dieu que révèle Jésus : un Dieu offrant sa joie ? En entendant pour moi, pour chacun de nous : "Viens !" Nous voici souhaités, attendus par l'appel de Dieu : « viens ! ». Mais au fait, qui est l’épousée ? Le texte ne le dit pas, mais déjà le prophète Isaïe annonçait : « ton construc­teur (ton Père), t’épousera ». Dieu tombé amoureux de son peuple : toutes les formes humaines de l’amour, distinctes, trouvent leur source en l’amour de Dieu.

 

Mais voici donc que le pire s’annonce : Le temps du refus. La résistance.

Les invités bottent en touche. C’est pourtant une occasion inespérée à cause de la dignité de celui qui invite : on ne marie pas un fils de roi tous les jours. L'appel est très fort ; ce qui rend la phrase : « Mais eux ne voulaient pas venir » encore plus étrange. Et plus loin : « ils n’en tinrent aucun compte ». Cela n'arrive jamais qu'à une telle invitation les gens répondent non, ça ne m'intéresse pas. Ils cherchent au moins des excuses : je ne suis pas là, j'ai de graves obligations. Mais dire : ça ne m'intéresse pas, est absurde. Jésus insiste : “ils s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce ”. C'est inconcevable ; pourquoi Jésus raconte-t-il une parabole aussi étrange ? C'est un comportement qui, en réalité, n'existe pas ! Et pourtant, en nous se produit ce fait étrange et inconcevable : nous préférons nos habitudes.

 

Au fond, comment réagissent ces personnes ? Mettons-nous à leur place : mais, pour aller à la fête, il faut se changer, rencontrer de nouvelles têtes ! Je n'en ai pas envie, je préfère rester ici, avec mon vieux costume et je vais travailler ; je suis habitué à y aller, ma journée est comme ça... Alors, et moi, est-ce que j'apprécie l'invitation du Roi ? L’accepte ? Ou est-ce que je suis retenu par ailleurs ? L'un est prisonnier de "sa terre à lui" (traduction littérale). L'autre se laisse posséder par sa boutique. Il a appelé, et encore appelé... Peut-être depuis longtemps.

Qu'est-ce qui résiste en nous ? La Bonne Nouvelle est trop « bonne » pour nous paraître vraie. Et nous pouvons passer notre vie aux portes de la salle du festin, occupés et stressés par des tâches multiples. À travers ces dérobades minuscules, pesantes à force de s’accumuler, se joue le grand drame du refus du don de Dieu. Refus individuel et collectif.

 

Les premiers et les derniers. La parabole présente deux séries d’invités. Les premiers, ceux qui se récusent, sont forcément des gens connus, avec, si l’on peut dire, leur nom sur le carton d’invitation. D’eux, il est dit qu’ils « n’étaient pas dignes », on peut comprendre : de l’honneur qui leur est fait. Les seconds sont n’importe qui : « tous ceux que vous rencon­trerez », dit le texte. Pas les « bons » ou ceux qui se croient tels, mais « les mauvais comme les bons », ce qui signifie que la valeur morale n’est pas ici un critère. Pas de présélection olympique des « méritants ».

 

Qu’est-ce qui les rend dignes, les « justi­fie » ? C’est qu’ils ont cru à la promesse de joie et qu’ils ont jugé l’invitation plus importante que le reste. Ils se sont déroutés, ont changé de projet. Pour dire cela, la Bible parle de conversion. Conversion à la joie, être « dérouté » par l’énormité du don de Dieu. Don de lui-même en des noces qui nous font « une seule chair » avec lui, « participants de la nature divine » (Lettre de Pierre) Nul ne mérite Dieu. On vient parce qu'il appelle. La salle ne s'emplit que parce que lui espère chacun.

 

La fin heureuse. Il s’agit de « revêtir le Christ » : je paraîtrai au banquet final revêtu des seuls mérites de Jésus-Christ. A condition qu'ils aient passé dans ma vie : « Dépouillez-vous de l'homme ancien qui est en vous, adoptez le comportement de l'homme nouveau,  créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu » (Ephésiens). Ayant répondu à cette invitation, nous entrerons dans des conduites correctes, bonnes, mais ce sera une conséquence de l’invitation et de notre réponse, non la cause de cette invitation de Dieu et de notre entrée dans la salle du banquet.

 

Mon ami, ton vêtement de noce ? Comment es-tu entré ici sans ton habit de fête ? Connaissez-vous les captcha ? Non, ce n’est pas un vêtement. Lorsque vous voulez accéder à quelque chose d’intéressant sur Internet, il vous est parfois demandé de recopier un code, de choisir des images à déchiffrer, pour prouver votre qualité d’internaute humain « je ne suis pas un robot ». Peut-être l’habit de fête joue-t-il alors comme une sorte de captcha. A ces noces, il n’y a pas d'invités robots, mais des êtres personnels, de qui Dieu attend une réponse personnelle, un acquiescement qui s'exprime. C'est bien plus qu'un look de circonstance. C'est le consentement à un changement d'habitude. Une préparation. On "s'habille le cœur", pour croire à la joie que Dieu propose.

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