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Homélie du 25ème dimanche ordinaire A (Père Christian Motsch sj)

24 Sep 2017

 

Matthieu 20, 1-16

 

Imaginons quelques amis discuter entre eux autour de cette parabole.

Ils se posent cette question: "Si j'avais été l'ouvrier qui a travaillé toute la journée pour ne recevoir qu'une pièce d'argent, qu'aurais-je fait le lendemain?"

Réponses :


A. J'aurais profité de ma journée et je ne serais venu travailler qu'en fin de journée.


B. Je ne serais pas revenu travailler car cet homme est trop injuste !


C. Je serais venu tôt le matin et j'aurais demandé beaucoup plus d'argent au maître de la vigne.


D. J'aurais été ravi de toujours travailler pour un tel maître.

 

… Je vous laisse choisir.

 

Quel est le débat engendré par cette parabole :

« Ce n’est pas juste » disent les ouvriers de la première heure, et on les comprend !

A quoi le maître répond : je ne vous ai pas fait tort puisque j’avais convenu avec vous d’une pièce d’argent.

- Oui mais nous avons travaillé plus que les autres, nous méritons plus.

- C’est vrai, mais j’ai le droit de donner à quelqu’un au-delà de ce qu’il a mérité et au-delà de ce qui serait normal. C’est mon droit, c’est ma bonté. Ne soyez pas jaloux. Ne soyez pas « mauvais » parce que je suis bon, répond le maître.

 

Ce débat est sans doute sans issue, sauf à comprendre que la logique du Royaume de Dieu (la parabole a commencé par les mots « Le Royaume de Dieu est comparable… ») a quelque chose de déroutant pour la logique de la simple justice humaine, celle qui juge sur l’équivalence : tant d’heures, tant d’argent…

Comme pour toute parabole : nous voyons ici la manière dont Jésus réfléchit, puis parle. Il y a en lui la passion de révéler Dieu. C'est donc qu'on se trompe sur Dieu. En l’écoutant parler, nous pouvons nous préparer à entendre l'inattendu, l’inouï, à être déroutés. Une Bonne Nouvelle cachée peut se dévoiler : Dieu n'est pas un salaire ! Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord quelque chose qu’on mérite. Il est invitation à tous :

« – Pourquoi restez-vous là, à « traîner » sans rien faire ?

– Parce que personne ne nous a invités !

– Venez, je vous invite ».

 

Le maître répond à l'un de ceux qui protestent. Il l’interpelle amicalement : mon ami. Je ne suis pas injuste avec toi : je me suis mis d’accord en début de journée pour ton salaire, tu en étais satisfait. Ce geste qui te fait protester te retire-t-il quelque chose, à toi ? Que viens-tu réclamer ?

« La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. » Les Juifs récitent ce psaume tous les matins, pour répondre à l'invitation du début : « chaque jour, je te bénirai... » Jésus a dû le réciter des milliers de fois. Le vocabulaire de la louange y est d'une très grande densité : exalter... bénir.., louer... dire... proclamer...

 

Isaïe nous entraîne plus loin que nous ne voudrions aller, peut-être : il va falloir convertir notre conception de la justice, tout simplement ! A vrai dire, Isaïe avait prévu notre difficulté à entendre ce genre de vérité, car il avait pris la précaution de préciser que ce qu’il annonçait ne représentait pas sa pensée à lui, mais qu’il s’agissait réellement d’une parole de Dieu. Il disait « Vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, oracle du Seigneur ».

 

Le message de Jésus est très clair : « Ne vous y trompez pas » ; la plus grande justice au monde n’est pas celle de la balance, elle est celle de l’amour ; si vous aimez vos frères autant que vous-mêmes, vous vous réjouirez de mes largesses à leur égard.

 

Alors, allons-nous encore rester oisifs toute la journée sur la place, puisque de toute façon le « salaire » sera le même ? En pensant ainsi nous restons sous le régime de la justice, dans la logique du travail-salaire alors que, baptisés dans la mort du Christ et rendus à la vie avec lui, nous sommes passés sous le régime de l’amour, de la gratuité.

 

Pour moi, vivre, c’est le Christ, dit Saint Paul. Ce n’est pas pour la « récompense », pour le salaire, que nous avons à « travailler », parce que la « pièce d’argent » n’est pas vraiment un salaire. C’est l’honneur qui nous est fait, la joie qui nous est donnée de porter le nom du Christ, le lien qui nous unit quand il fait de nous ses amis.

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