Articles récents
Please reload

Filtrer les articles
Please reload

Homélie du 24ème dimanche ordinaire A - Messe d'au-revoir du Père Josy Birsens sj

17 Sep 2017

 

 

 

Ces derniers temps, on installe un peu partout dans les ménages des compteurs « intelligents » qui permettent de lire à distance votre consommation d’eau, de gaz ou d’électricité. Or, l’évangile vient nous rappeler qu’il n’y a rien de plus étranger au royaume de Dieu et à la foi chrétienne qu’un compteur, qu’il soit de bonnes ou de mauvaises actions. Pour une part, cela nous semble évident : nous avons tous accueilli avec joie ces dernières années l’insistance du Pape François sur la miséricorde de Dieu. Le Seigneur est prêt, par pur amour, à remettre à zéro les compteurs de nos péchés chaque fois que nous le lui demandons avec un cœur contrit, à les supprimer même tant son cœur est habité par l’amour. Tout va bien jusque-là : jetons à la ferraille ces vieux compteurs qui ont asservi des générations de chrétiens ! Mais quand il s’agit de notre relation au prochain ? Ne continuons-nous pas, fût-ce inconsciemment, à faire tourner le compteur des torts qui nous ont été faits ? Et parfois de nous sentir déliés de tout devoir de charité envers ceux qui nous ont fait trop mal ? Un peu comme l’apôtre Pierre qui veut encore bien aller jusqu’à pardonner sept fois, mais après…

Dans la réponse qu’il fait à la question de Pierre, Jésus conduit à l’absurde la logique du comptage et du décomptage. Soit on se laisse gagner par la dynamique de l’amour et alors on ne compte plus, soit on est déjà sur la mauvaise piste ! Aussi Jésus donne-t-il un chiffre-limite qui dépasse l’imagination et devrait nous faire rire – qui d’entre nous s’amuserait à compter jusqu’à 490 le nombre d’offenses subies et de pardons accordés ? Il s’agit de bien faire comprendre que le temps des compteurs est révolu. Le pari de Jésus, c’est que celui qui aura pardonné 10, 20 ou 489 fois, ne va pas revenir en arrière, abandonner la dynamique du royaume des cieux pour repasser à la rancune ou à la vengeance. Au contraire, touché par la grâce de Dieu et heureux de mettre en pratique la béatitude des miséricordieux, il continuera de vivre au rythme du pardon plutôt que de ressasser les blessures qui lui ont été faites.

Et pour faire éclater définitivement toute mentalité comptable en matière de pardon reçu et donné, Jésus raconte la parabole des deux débiteurs. Le 1er a l’eau jusqu’au cou, puisqu’il devrait travailler 60 millions de journées, soit plus de 164.000 années pour rembourser sa dette phénoménale. Mais le maître de la parabole, magnanime à l’image de Dieu le Père, se laisse toucher par son malheur et lui remet tout. Le 2e n’a qu’une dette modeste, mais il se voit traité avec une rigueur inhumaine par le 1er débiteur qui n’a rien compris aux agissements de leur maître. Aussi est-il puni sévèrement, se voyant appliquer à la lettre la logique comptable et implacable avec laquelle il a traité son compagnon.

Jésus veut inviter ses auditeurs à une conversion du regard et du cœur. Et je crois qu’il veut le faire avec humour ! Le malheur subi par autrui nous semble toujours infiniment plus grand que celui que nous pouvons causer à d’autres. Nous avons naturellement tendance à minimiser nos torts et à gonfler ceux d’autrui pour pouvoir apparaître comme victimes et ne pas affronter nos responsabilités. Or, si la plupart d’entre nous ne sont pas des pécheurs invétérés dont la somme des méfaits atteindrait des montants astronomiques, le trait forcé de la parabole nous invite à l’humilité et à l’honnêteté.

Surtout, il nous invite à porter notre regard sur Celui qui nous aime chacun pardessus tout parce qu’il est pur amour. Lui qui nous a donné son propre Fils, « comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » écrit saint Paul aux Romains (Rom 8,32). Entrer dans le royaume des cieux ou vivre en communauté chrétienne, c’est donner la priorité à la contemplation de tout le bien que Dieu nous fait en Jésus. Conscients d’un tel amour, comment ne répondrions-nous pas dans le même registre – ou du moins ne l’essayerions-nous pas toujours à nouveau ? Voilà qui bat rend inutile tout recours à des compteurs, fussent-ils intelligents !

Please reload

© 2014 Communauté Jésuite du Christ-Roi,  25 avenue Gaston Diderich L-1420 Luxembourg

  • Facebook - Gris Cercle