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Homélie du 23ème dimanche ordinaire A (Père Thierry Monfils sj)

10 Sep 2017

 

 

Frères et sœurs,

 

         P. Jacques Weisshaupt et moi, nous fêtons donc à deux 120 ans, 60 ans de vie religieuse pour le Père Jacques, 60 ans de vie et de baptême dans mon cas. Quand nous naissons sur la terre, nous entrons dans une famille ; au noviciat, nous entrons dans la vie religieuse, dans une famille spirituelle, — pour nous, les Jésuites. À ce propos, nous accueillons aujourd'hui parmi nous le P. Jean-Marie Glorieux, qui précède le Père Jacques de deux ans dans la Compagnie de Jésus, et qui fut mon maître des novices. Bienvenue, Jean-Marie !

 

         Ce double anniversaire trouve son sens dans la fidélité de Dieu, qui nous rend capables de répondre à Son appel. C'est en effet un privilège pour nous, chrétiens, de savoir que Dieu est Quelqu'un. Et Quelqu'un qui parle, qui intervient, qui compatit, qui console, qui écoute, qui fait silence souvent, et qui appelle. D'où la joie de l'Évangile, même si le texte d'aujourd'hui n'est pas facile, puisqu'il est l'Évangile de l'avertissement. Vous l'avez entendu dans ce texte : quand quelqu'un vous a fait du tort, il pourrait se perdre et il s'agit de le gagner à nouveau, en l'avertissant, d'abord entre quatre z-yeux, puis avec un témoin, puis en Église, pour qu'il change sa conduite et se sauve.

 

         Je rends grâces à Dieu pour ceux et celle qui m'ont gardé sur le chemin de l'Évangile. Grandir comme être humain et comme religieux, c'est sans doute faire le bien découvert dans son objectivité ; et cette découverte s'opère par la prière, les dialogues et les conseils. Qu'est-ce qui nous garde fidèles ? Nous agissons toujours d'abord pour faire plaisir à ceux que nous aimons. Un jour je demandais à Papa et Maman de me dire en un mot ce qui était selon eux l'essentiel à vivre ; Papa m'a dit « lis », et Maman « aime ». N'est-ce pas un magnifique double axe pour avancer dans l'existence ?

 

         Je remercie encore Dieu pour mon professeur de piano, Madame Jeanine Kinet, pour qui dans la musique il s'agissait bien sûr d'esthétique, mais aussi d'une droiture de vie et d'une ouverture au mystère (comme quand la journée commence avec Jean-Sébastien Bach) ; pour Madame Kinet, mettre en place une œuvre musicale de manière à ce qu'elle soit vraiment belle, demande une intégrité et un respect des valeurs éthiques ; le virtuose devient réellement artiste s'il entre dans cet ordre des valeurs, où l'harmonie prend toute la vie. Et nous savons que notre responsabilité est de laisser agir l'Artiste divin, de nous laisser façonner comme des œuvres d'art et de faire avec Lui de nos vies des chefs-d'œuvre d'amour et de sainteté. « car celui qui aime les autres, dit Saint Paul, a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. » Nous en avertir, c'est nous entraider, afin de parvenir ensemble au paradis.

 

         Ainsi se comprennent nos démarches qui nous font à l'occasion avertir notre frère, notre sœur ? « Arrête de faire des bêtises ! » Parce que nous sommes un. Nous sommes tous membres du Corps du Christ. Et si nous adressons ces rappels ou ces avertissements, c'est pour dire à quelqu'un qui risque de s'éloigner « reste avec nous ». Nous sommes chacune, chacune des membres du Christ ; et nous sommes intérieurs les uns aux autres : quand nous faisons partie d'un groupe, la tâche de l'un est exercée pour la joie de tous, elle appartient à tous ; par exemple comme fidèles de la chapelle du Christ-Roi, si quelqu'un de vous est  — mettons — à Angoulème et qu'il entend parler de Luxembourg, aussitôt il se présentera comme un habitant de cette ville, en ayant sans doute à l'esprit que la communauté francophone aime s'y retrouver pour la messe dominicale, avec l'ensemble musical qui accompagne les chants composés par Patrick Byrne, et qui nous entraîne à louer Dieu. Cela nous marque intérieurement. Ces chants deviennent nous. Et nous sommes un.

 

         En Église, nous sommes un déjà par le baptême qui nous incorpore au Christ. L'eau qui coule du côté de Jésus en Croix, qui coule sur nous une fois pour toutes, qui continue de couler fidèlement, et qui rend possible le ciment de l'Eucharistie : c'est le sacrement par excellence de l'unité rassemblant toutes les pierres vivantes dans une même construction, nous sommes scellés dans l'édifice de l'Église par le Pain de vie reçu en nourriture.

 

         Pour Jacques et moi qui avons atteint nos 120 ans de vie religieuse et de baptême, comme pour nous tous à la charnière de deux semaines, il s'agit de rendre grâce pour tout, pour les joies et ce qu'elles donnent comme avant-goût du ciel ; pour les peines aussi, qui creusent en nous le désir de Dieu, parfois le remords de n'avoir pas été à la hauteur de ce qui nous a été donné, la miséricorde demandée, reçue et dès lors accordée – quand nous laissons Dieu passer dans nos vies, la miséricorde est donnée, sans mesure, sans compter. Il est le rocher de notre salut. Il nous sauve, il nous sort de l'embarras. Y compris par cette forme inattendue qu'est l'avertissement.

 

         Pour ma part, je suis conscient d'avoir besoin — pour moi et pour le monde entier — de la miséricorde divine ; et je suis devenu un fan de la miséricorde divinie. Vous vous rappelez l'Année de la miséricorde instituée par le Pape François. Elle a été l'occasion de redécouvrir les formes de la miséricorde corporelle et spirituelle. Corporelle : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, accueillir les étrangers — et à Luxembourg, nous sommes pour la plupart des expatriés. Spirituelle : pardonner, (en vieux français, par est un adverbe d'intensité, « il est par gentil, cet homme-là », dit-on à Verviers), supporter les défauts des autres, prier pour les vivants et pour les morts. Depuis quelques années, je commence mes journées avec le chapelet de sainte Faustine : prière pour les vivants et pour les morts, tout situer d'emblée au cœur du mystère. C'est une manière de me préparer à l'Eucharistie, de regarder déjà ce sommet de la journée et d'offrir au Père déjà spirituellement ce qu'il y a de plus précieux sur la terre, le Corps et le Sang de Jésus.

 

         Dans cette dynamique de miséricorde, la vie religieuse se rythme dans le sacrement de la réconciliation régulièrement demandé et reçu. Quel cadeau, de connaître et de vivre ce mystère, que « ce qui est délié sur la terre, est aussi délié dans le ciel ». Jamais Dieu ne nous tient rancune. Il nous trouve des excuses ; il explique nos erreurs, comme il espère notre conversion. Certes, il attend que nous vivions de Son amour. Dans le Notre-Père, le pardon est rendu en image par la remise de dettes : remets-nous nos dettes, comme nous remettons à ceux qui ont une dette envers nous. Offenser quelqu'un, c'est se rendre débiteur envers cette personne : nous lui devons des excuses, nous devons réparer le tort causé. Dans la seconde lecture d'aujourd'hui, Paul écrit : « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. » Jésus, les bras ouverts, ouvre son amour à toute personne. Aussi est-ce un effort léger, en Église, de faire miséricorde, comme nous le disions à La Viale par cet aphorisme si vrai et profond dans sa pointe d'humour : « Attention, si tu continues, je vais devoir te pardonner ! » Amen.

 

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