Homélie du 22ème dimanche ordinaire A (Père Christian Motsch sj)

3 Sep 2017

 

Mathieu 16, 21-27

 

« Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». On a envie de passer vite ; voilà des phrases qui ne nous plaisent pas… C’est que nous sommes sans doute un peu comme Pierre ; et que nous prenons pour modèle le monde présent (2e lecture). Peut-être comme Pierre, serions-nous tentés de « raisonner » Jésus. Après tout, il est « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et son destin ne peut être si tragique.

Essayons d’entrer dans la sagesse du Christ. Quel est l’objectif final ? C’est bien de sauver sa vie ; la question est « Comment sauver sa vie » ? Quel est le chemin ?

Et la réponse du « monde présent » est : s’entourer de richesses, éviter tant que possible ce qui blesse, prendre de l’importance devant les autres et même parfois au détriment des autres. L’Évangile proscrit cette attitude comme une erreur. Est-ce à dire qu’il faut culti­ver la misère, rechercher ce qui blesse, etc. ? Je ne crois pas que c’est cela qui nous est dit. On nous dit que ce qui est important, c’est la vie, « sauver sa vie », et que ce n’est pas sauver sa vie que d’essayer d’échapper à la condition humaine.

Porter sa croix : il ne s’agit pas d’une croix supplémentaire que Dieu, le Christ, viendraient nous imposer. Il s’agit de la croix normale qui vient du fait qu’on ne peut pas aimer sans perdre quelque chose, sans renoncer à sa propre importance, au culte de soi-même. Aimer et vivre, c’est la même chose. Et aimer fait passer par une sorte de mort.

 

Perdre sa vie « à cause de moi ». Tout ce texte nous parle d’une crise évangélique, du choix auquel sont acculés les auditeurs du Christ, toujours. Mais dans cet « à cause de moi », on peut lire la place première de l’amour : on ne veut pas perdre sa vie par dolorisme, par goût du sacrifice, pour le plaisir de s’anéantir : on perd sa vie « pour », « à cause ». Pour le Christ et ce qu’il représente. C’est donc pour quelqu’un. Les renoncements qui ne sont pas motivés par le bien de quelqu’un d’autre, par le désir de « faire exister » ou tout simple­ment par la vie (porter sa croix), sont suspects.

Au fond il n’y a qu’un chemin pour l’homme, qu’un projet qui le fasse vivre : c’est justement le projet de faire vivre. Ou mieux (car « faire vivre » peut devenir une entreprise tyrannique pour les autres), créer pour les autres un espace où ils puissent vivre. Cet espace est presque fata­lement pris sur notre propre espace et c’est là le lieu du vrai renonce­ment. Mais un renoncement créateur car faire exister, c’est exister soi-même. Et ressembler à Dieu, accéder à sa vie, à sa solidité. Au fond, on lâche le fragile, le précaire, le mortel, pour accéder à la vie inaltérable. C’est cela sauver sa vie en la perdant « à cause du Christ ».

Le prophète Jérémie – c’était notre première lecture - avoue s’être « laissé séduire » par la pensée de Dieu devenue comme un feu dévorant au plus profond de son être.

Paul nous dit (c’était dans notre seconde lecture) : « je vous exhorte, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps — votre personne tout entière. Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est le meilleur ». Beau programme en ce temps de rentrée pour avancer avec joie et humilité.

Le Seigneur ne veut pas d’hommes et de femmes qui marchent derrière lui à contrecœur, sans avoir dans le cœur le vent de la joie. Que chacun d’entre nous se demande : «Ai-je en moi, dans mon cœur, le vent de la joie? ». Jésus veut des personnes qui ont fait l’expérience qu’être à ses côtés procure une joie immense, qui peut être renouvelée chaque jour de notre vie. 

Comment ? En conservant dans les yeux l’étincelle du vrai bonheur. Nous voyons tant de chrétiens, même parmi nous, qui avec les yeux, te transmettent la joie de la foi : avec les yeux !

Voilà donc une dynamique fondamentale de la vie chrétienne : se souvenir de Jésus. Paul disait à son disciple: «Souviens-toi de Jésus Christ» ; tel est le conseil du grand saint Paul : «Souviens-toi de Jésus Christ». Se rappeler de Jésus, du feu d’amour avec lequel nous avons conçu un jour notre vie comme un projet de bien, et raviver avec cette flamme notre espérance.

Peut-être, pour ne pas l’oublier en cette fin d’été, faudrait-il déposer dans chacun des cartables d’enfants, des sacs de femmes et des sacoches d’hommes, un petit signe qui nous rappelle Jésus ?

Et marchons en restant orientés vers le Christ.

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