Homélie du Vendredi Saint A (Père Vincent Klein sj)

14 Apr 2017

 

Seigneur Jésus, te voilà silencieux, corps livré à la violence de tes bourreaux et aux cris de haine de la foule qui s’acharne. Tu ne dis rien, rien que le chemin du Golgotha vers lequel tu chemines en titubant sous les coups et le poids du bois de la croix.

 

Mais au-delà ou plutôt à travers la souffrance, il y a ton regard qui cherche quelqu’un. Auras-tu reconnu dans ces femmes qui t’essuient le visage ou se lamentent la Samaritaine rencontrée au puits de Jacob ou bien le syro-phénicienne dont la foi t’a bouleversé ? Cherchais-tu Marie de Magdala, celle qui a répandu un parfum de grand prix sur ta tête ou la femme adultère libérée du regard des autres ? Ou simplement Marthe et Marie ou ta mère ? As-tu vu l’aveugle Bartimée que tu as guéri et qui maintenant te regarde souffrir ? Et le paralysé libéré de son grabat ? Certes, les apôtres avaient fui, mais dans la foule il y avait sûrement des lépreux guéris, des sourds qui entendent et tous ceux que tu as remis debout en les renvoyant à leur foi quand tu leur disais : « Va, ta foi t’a sauvé !».

 

Elevé sur la croix au sommet d’une colline, tu lèves la tête une dernière fois et tu vois la foule haineuse ou atterrée. Tu vois Jérusalem qui t’a fait tant pleurer quand des larmes te le permettaient encore. Tu lèves la tête une dernière fois. Tu sembles chercher quelqu’un au loin. Pas ta mère ni le disciple bien-aimé qui se tiennent à tes pieds.

 

Alors, serait-ce moi Seigneur dont ton regard quête la présence ? Serait-ce moi que tu cherchais déjà sur le chemin du Golgotha ? Je suis là, Seigneur ! Certes, je ne suis pas aux avant-postes, car voir ta nudité me renvoie à la mienne et me fait honte. Et te voir souffrir ainsi m’anéantit. L’espérance de ta résurrection ne semble être qu’un horizon lointain. Je suis là, Seigneur, dans la foule. Voilà, je m’avance un peu. Tu me vois ?

 

Je suis là, mais le spectacle de ta mort en croix intime le silence et rendrait toute parole vaine. Permets-moi dès lors de faire miennes celles d’un très bel hymne de Jean-Sébastien Bach dans sa Passion selon St Jean dont voici la traduction: Mon cher Sauveur, laisse-moi te questionner : alors que tu es cloué en croix et que tu dis toi-même : « tout est accompli », suis-je libéré de la mort ? Puis-je par ton supplice et ta mort hériter du royaume des cieux ? Est-ce là la rédemption du monde entier ? Tu ne peux, de douleur, certes rien dire, cependant tu inclines la tête en affirmant silencieusement : « oui » !

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