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Homélie du 6ème dimanche ordinaire A (Père Vincent Klein sj)

12 Feb 2017

 

Matthieu 5, 20-37

 

L’Evangile que nous venons d’entendre est fort et peut choquer. Il demande de le lire dans son contexte pour ne pas faire de contresens. Jésus a entamé son sermon sur la Montagne, Il est présenté par Matthieu -nous sommes l’année liturgique A- comme le nouveau Moïse. Mais voici les tablettes de la loi nouvelle : au lieu des 10 commandements, Jésus prononce les Béatitudes. Ce sera son programme, sa vision pour le monde et l’Eglise à naître. C’est ce renversement complet que va développer Jésus tout au long du Sermon sur la Montagne, c’est-à-dire aux chapitres 5, 6, et 7. Dimanche prochain, nous entendrons la suite et fin du chapitre 5. Le chapitre 6, dont nous lirons l’essentiel le mercredi des Cendres, fera une lecture nouvelle des trois pratiques que sont le jeûne, la prière et l’aumône, lesquelles sont au centre de toute démarche de carême.

 

Il y a un autre élément dont nous devons tenir compte pour comprendre le Sermon sur la Montagne. L’Evangéliste Matthieu, que nous suivons donc cette année, a écrit son Evangile vers les années 80-85. Il s’est adressé à une communauté de juifs convertis au christianisme. Cette communauté a dû faire face aux violentes attaques des autres juifs qui leur reprochèrent un certain laxisme, à l’image de Jésus. Eux qui essaient de se maintenir purs vis-à-vis de tant de pratiques païennes, dont la vie, pour ne pas être contaminés, est rythmée par les obligations rituelles juives, ne comprennent pas ce prophète, que les chrétiens appellent même Messie et qui mange avec les pécheurs, ne respecte pas une série de préceptes religieux qui ont  trait à l’hygiène, etc. Un flou moral semble régner. Et Matthieu va retourner aux sens profond du message de Jésus et donc de la morale chrétienne. Au cœur de l’enseignement de Jésus, nous dit Matthieu, il y a l’accomplissement de la loi mosaïque et non son abolition, comme le prétendaient les juifs qui n’acceptaient pas le message de Jésus.

 

« Si votre justice ne surpasse pas celle des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ». Les pauvres pharisiens, dont Jésus était pourtant proche, eux qui essayaient de respecter scrupuleusement tous les préceptes bibliques, en prennent pour leur grade.

 

Quel est le raisonnement de Jésus ? Il prend trois exemples : la violence, la concupiscence et le serment, le fait de jurer, de promettre. Et chaque fois, il nous invite à regarder plus intérieurement, à faire une démarche de l’extérieur vers l’intérieur. A partir du commandement général de ne pas commettre de meurtre, qui exonèrerait –heureusement- la très grande majorité de la population, Jésus invite chacun à regarder à l’intérieur de soi la haine, la colère et le désir de vengeance qui peut l’habiter. « Va d’abord te réconcilier avec ton frère avant de présenter ton offrande à l’autel » est sa réponse. Avant de juger et condamner l’autre pour la faute qu’il aurait commise, Jésus nous invite à regarder à l’intérieur de notre cœur : nous aussi nous portons les germes de violence et de haine qui se sont déchainées chez les criminels. Nous partageons la même humanité.

 

Et avant de dénoncer ceux qui commettent un adultère, regardons la concupiscence en nous, voyons le désir dévoyé qui pervertit l’attirance que nous pouvons avoir pour une personne de l’autre sexe, en une instrumentalisation, une objectivation de celle-ci. L’autre devient un objet de mes désirs. N’est-ce pas une pente dangereuse qui nous habite tous et dont nous devons nous méfier ?

 

Le troisième exemple nous est moins familier dans notre société. Et pourtant, les promesses non tenues ne concernent pas que le monde politique, mais chacun de nous qui ne montre pas un peu d’humilité dans ses relations et ses entreprises.

 

Chers frères et sœurs, nous le voyons, l’exigence chrétienne est une exigence avant tout morale et non rituelle. Elle est faite d’humilité plutôt que de jugement, de respect de l’autre, de pudeur et du refus de vouloir mettre la main sur lui. Cette exigence nous remet tous à égalité, elle nous oblige à sortir du jugement qui diviserait le monde en bons et en méchants, car nous partageons tous la même humanité, nous sommes tous invités à aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes. AMEN.

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