Homélie du 3ème dimanche ordinaire A (Père Josy Birsens sj)


Matthieu 4, 12-23

Beaucoup d’entre vous ont sans doute déjà dû rédiger leur CV (curriculum vitae) et certains ont dû étudier ceux d’autres personnes. Dans le 1er cas, vous avez probablement mis beaucoup de soin à présenter votre parcours personnel et professionnel. Dans le 2e cas, vous avec lu de manière très attentive le parcours d’un autre : comment cette personne a-t-elle évolué ? Quels ont été des points de rupture ou de réorientation qui vous posent question ? L’évangile d’aujourd’hui nous livre deux lignes du CV de Jésus qui risqueraient de passer inaperçues, mais qui posent question à un lecteur attentif. Il s’agit de points de rupture et de réorientation fondamentales : Jésus quitte Nazareth pour aller s’établir à Capharnaum et il quitte la Judée, la région où Jean Baptiste prêchait et baptisait pour venir annoncer la bonne nouvelle plus au nord, en Galilée. Pourquoi ces deux ruptures dans son parcours et pourquoi l’évangéliste Matthieu les souligne-t-il ?

Nazareth était une bourgade sans aucune importance à l’époque de Jésus : un petit village situé loin des grands axes de communication, avec d’humbles maisons et des ruelles étroites. Un seul point d’eau en limitait d’ailleurs l’extension. Capharnaum, par contre, était une ville située au bord du lac de Tibériade et sur un des grands axes de communication. S’y côtoyaient des gens de différentes cultures et religions sous l’œil vigilant d’une garnison romaine ; à son entrée se trouvait un poste de douane, ce qui dit son importance pour le passage des marchandises et des personnes. En s’y installant, Jésus quitte donc un endroit paisible et familier pour aller habiter dans une ville cosmopolite, agitée, avec des réseaux de relations et d’interactions complexes.

De plus, contrairement à Jean le Baptiste, Jésus n’a pas voulu rester près du centre religieux et politique d’Israël, mais vivre la majeure partie de sa vie publique en Galilée, une région mal famée à cause du mélange des croyances qui s’y côtoyaient, une région marginale et en ébullition chronique. Pour Matthieu, Jésus a choisi de venir habiter les ténèbres pour que puisse y resplendir la lumière de l’évangile qu’il annonce à sa population bigarrée, mi juive mi païenne. Voilà la manière de faire de Dieu : plutôt que de choisir le confort et la sécurité, il rejoint ceux et celles qui ont le plus besoin de sa présence pour les amener dans le royaume des cieux.

Mais Jésus inaugure encore une autre manière de faire propre à Dieu : désormais, il ne sera plus jamais seul. Il s’entoure d’hommes (et de femmes) du commun qu’il attache à sa personne et dont il veut faire des témoins et des relais de son action. Pour cela, ils devront opérer eux aussi une rupture semblable à la sienne en s’arrachant à leurs père et mère, à la sécurité du réseau familial et de la vie professionnelle. Ils devront s’attacher à lui pour former une communauté, une communion centrée sur lui, orientée vers Dieu le Père et appelée à vivre à sa suite et à sa manière. Jusqu’à sa mort et sa résurrection, pour être envoyés munis de la force de l’Esprit-Saint dans toutes les régions et périphéries du monde et y annoncer à leur tour la Bonne Nouvelle.

Ces ruptures et nouvelles manières de faire doivent nous faire réfléchir. A priori, nous aimerions sans doute rester entre nous, approfondir notre foi et nous soutenir mutuellement. Mais nous risquerions d’oublier que tant d’hommes et de femmes ne connaissent pas encore le Christ ou ne sont plus familiers de la bonne nouvelle. Le Pape François invite constamment l’Eglise à aller aux périphéries, à chercher le contact avec ceux qui sont loin de la foi ou tellement marqués par des conditions de vie difficiles qu’ils pourraient ne plus se sentir membres de la société et de l’Eglise. Chez eux aussi et de manière prioritaire, la lumière de l’évangile doit venir éclairer leur quotidien.

Demandons aujourd’hui pour nous et pour toute l’Eglise la grâce du courage missionnaire, de l’audace d’annoncer le Christ à nos contemporains devenus indifférents ou perdus dans la complexité de la vie moderne. Osons suivre Jésus qui laisse derrière lui la sécurité et le confort pour se rendre proche de ceux qui ont le plus besoin de lui et du message d’amour qu’il annonce

Filtrer les articles
Articles récents

© 2020 Communauté Jésuite du Christ-Roi,  25 avenue Gaston Diderich L-1420 Luxembourg - communaute.christroi@gmail.com

  • Facebook - Gris Cercle
  • Instagram - Gris Cercle