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Homélie du 4ème dimanche de l'Avent A (Père Guy Delage)

23 Dec 2016

 

Matthieu 1, 18-24

 

Si, l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel est un passage bien connu de l’évangile, on ne peut pas en dire autant de ce que l’on pourrait appeler une deuxième annonciation, faite à Joseph, cette fois. Peut-être que ça tient à la personnalité même de Joseph sur laquelle le texte de l’évangile d’aujourd’hui nous renseigne. Essayons d’en savoir un peu plus sur ce personnage si discret.

 

La première chose qui nous est dite de Joseph, outre qu’il était l’époux de Marie, c’est qu’il était un homme juste. Et il est juste parce qu’il décide de répudier sa femme en secret. Et ça, pour nous c’est plutôt bizarre. Pour éviter de discréditer Marie devant tout le monde, Joseph choisi de se séparer d’elle sans mener l’affaire sur la place publique comme le lui autorise la loi de Moïse. Pourtant s’il se sépare d’elle, sa grossesse apparaîtra au grand jour tôt ou tard et elle sera bel et bien couverte de honte et rejetée par tout le monde.

 

En fait, Joseph est juste à cause du « secrètement » qui indique un dépassement de la simple justice. Certains interprètes, pour faire « religieusement correct », ont avancé que Joseph envisageait de rompre avec Marie parce qu’il se sentait indigne d’affronter une action de Dieu qui le dépassait. Cette interprétation est en contradiction directe avec le verset 20 qui nous dit que c’est l’ange qui apprend à Joseph que l’enfant à naître vient de l’Esprit Saint. C’est parce que cet enfant ne vient pas d’un autre homme que Joseph peut prendre sans crainte Marie chez lui. En fin de compte Joseph est dit « juste » parce qu’il entend s’en tenir à la Loi, comme tout bon juif doit le faire en pareille situation. Mais aussi parce qu’il sait aller au-delà du juridique et du biologique pour entrer dans le mystère de l’amour de Dieu mettant au monde le Christ, dans notre histoire.

 

Joseph est donc bien un homme juste. Mais pas uniquement. Il est aussi un homme dépossédé de sa paternité. C’est la deuxième chose qui nous est dite de lui. Un homme dépossédé qui trace devant nous un itinéraire valable pour tout homme. Dieu le Père de qui découle toute paternité comme nous le rappelle l’épître aux Ephésiens ( 3,5), se dépossède de son Fils pour nous. Alors, quand nous disons mon fils, ma fille, mon enfant, ne prenons pas le possessif au pied de la lettre : l’enfant appartient aux autres, à un Autre, à Dieu. Et ça se vérifie, à un autre degré, en tout ce que nous faisons : « En toutes nos œuvres, c’est toi-même qui agis pour nous » (Isaïe 26,12) dit Isaïe à Dieu. On pourrait traduire : en toutes nos œuvres, c’est toi-même qui agis par nous ou avec nous.

 

Joseph est lui aussi à l’œuvre. En prenant Marie pour épouse, il nous met dans la logique de l’alliance. Alliance à l’œuvre dans le mariage d’un homme et d’une femme, mais pas seulement. L’alliance est aussi à l’œuvre entre Dieu et son peuple, puis, à partir de Jésus, entre Dieu et toute l’humanité. En vertu de la logique de l’Alliance, Joseph va prendre des décisions humaines qui seront en même temps des décisions divines : prendre Marie chez lui et donner un nom à l’enfant. Au temps de Jésus, donner un nom c’est accepter la paternité, c’est reconnaître l’enfant. En donnant un nom, Joseph accepte d’adopter Jésus comme fils. Pourtant, ce nom lui-même le dépossédera : l’enfant ne sera pas pour Joseph ni pour Marie seuls, mais pour le salut du peuple et pour notre salut. Jésus signifie « le Seigneur sauve. » Or, après avoir donné le nom de Jésus au verset 21, voici que le verset 22 nomme l’enfant Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous. » Ce « Dieu avec nous » placé au début de l’évangile selon Matthieu se retrouvera à la fin : « Voici que, moi, je suis avec vous toujours jusqu’à la fin du monde. » L’évangile de Matthieu est donc encadré par cette révélation que Dieu a établi sa demeure au milieu des hommes, au cœur de l’humanité, de la même manière que Jésus habite chez Joseph. C’est ça l’incarnation. C’est ça que nous nous préparons à fêter bientôt.

S’il vient nous rejoindre c’est aussi pour habiter nos détresses, nos tristesses, nos souffrances, nos angoisses. Bien plus, il les a déjà partagées puisqu’il nous a précédés sur ce chemin. Il nous ouvre les portes de l’espérance. A nous d’en rendre compte à ceux qui n’espèrent plus en rien, à ceux qui désespèrent de la vie et que le monde rejette.

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