Articles récents
Please reload

Filtrer les articles
Please reload

Homélie du 33ème dimanche ordinaire C (Père Vincent Klein sj)

13 Nov 2016

 

Luc 21, 5-19

 

Chers frères et sœurs,

 

Devons-nous avoir peur ? Les déséquilibres de richesse et les appétits des puissants qui provoquent injustices, guerres et exodes, le danger de dégâts irréversibles pour l’équilibre écologique de notre planète et plus récemment les coups de boutoir portés à notre modèle démocratique qui nous avait assuré la paix en Europe depuis 70 ans, tout cela semble vaciller sous le coup de la technocratie financière et des populismes. L’histoire semble nous échapper et l’impuissance nous envahir. Comment ne pas être parfois pris par un sentiment de peur voire de panique ?

 

Les trois Evangiles synoptiques (Mathieu, Marc et Luc) nous donnent à méditer à la fin de leur récit, juste avant la Passion du Christ, des textes dont le genre est issu de la littérature apocalyptique. Ce style de textes était courant au temps de Jésus. Mais il est vrai que pendant tout un temps, jusqu’il y a une dizaine d’années environ, dans l’Eglise catholique, nous les avons plutôt relégués au deuxième rang, alors que des groupes millénaristes, c’est-à-dire qui proclament l’imminence de la fin du monde et jouent sur la peur pour attirer des fidèles –pensons aux Témoins de Jéhovah, dont le succès ne se dément pas malgré les inepties qu’ils peuvent raconter- ces groupes donc en ont fait leurs choux gras.

 

Aujourd’hui, ce genre littéraire, que l’on retrouve aussi dans le livre du prophète Daniel ou dans l’un ou l’autre passage des lettres de Saint Paul, sans parler du dernier livre de la bible qui fait tant fantasmer biens des écrivains, j’ai nommé le livre de l’Apocalypse, de la Révélation, ce genre littéraire donc redevient objet d’étude bien à la mode dans l’Eglise catholique. Or ce sont des récits souvent difficiles d’interprétation, car il est nécessaire, si on ne veut pas s’embarquer dans des contresens délétères, de bien connaître les auteurs qui les ont écrits, le contexte historique et leur intention.

 

Ce n’est pas le lieu ici de faire un cours d’exégèse sur la littérature apocalyptique. J’aimerais simplement souligner quelques caractéristiques des récits apocalyptiques dans la bible et singulièrement dans les Evangiles, pour que vous ayez quelques clés de lectures. Une première caractéristique est que jamais les récits bibliques n’indiquent une date ou même ne laissent supposer une date de fin du monde, n’en déplaise aux témoins de Jéhovah, à Nostradamus et autres prophètes de malheur. Dans l’Evangile de ce jour, Jésus met même en garde ceux qui veulent prédire quand cela arrivera et qui se profilent du coup comme prophètes : « Ne marchez pas derrière eux ». Une deuxième caractéristique est l’appel à l’Espérance, à lire les signes de la présence de Dieu malgré, à travers et au-delà des malheurs et des catastrophes : « Ne soyez pas terrifiés ». Et quand on vous persécutera, « mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse… ».

 

Donc si Jésus, à travers les auteurs bibliques, utilise ce genre littéraire, ce n’est pas du tout pour attiser la peur et jouer dessus pour aliéner notre liberté à un projet politique démagogique et populiste. Au contraire, si notre foi est éprouvée par les malheurs, les malheurs personnels qui font que parfois, nous avons l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds et nous sommes pris de panique, nous crions au ciel : « pourquoi, Seigneur, pourquoi moi ? », Jésus nous invite à un regard d’espérance, à voir au-delà des malheurs les signes de Sa présence, Sa manière de guider notre vie et notre monde.

 

Chers frères et sœurs, il est étonnant de voir qu’à travers bien des malheurs, nous en avons le témoignage dans notre communauté, notamment par nos amis Syriens qui ont vécu les horreurs de la guerre, à travers les malheurs, il existe une solidarité parfois inouïe et tellement évangélique entre les personnes, souvent au-delà des camps, des appartenances. C’est vrai que nos médias n’en parlent pas beaucoup, cela se vend moins que les malheurs et les horreurs. Et pourtant, discrètement, le Royaume de Dieu prend corps.

 

Loin de nous démobiliser, les récits apocalyptiques bibliques nous appellent à nous engager et ne pas céder aux tentations populistes. Ils nous réveillent de notre indifférence, de notre torpeur, de notre canapé douillet et nous mettent en route pour résolument nous engager pour la paix, la justice et la solidarité, pour prendre le parti du Christ. Luc conclut en effet : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ». AMEN. 

Please reload

© 2014 Communauté Jésuite du Christ-Roi,  25 avenue Gaston Diderich L-1420 Luxembourg

  • Facebook - Gris Cercle