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Homélie du 32ème dimanche ordinaire C (Père Guy Delage sj)

6 Nov 2016

Luc 20, 27-38 : la loi du lévirat

 

La foi en la résurrection n’est pas l’apanage du nouveau testament. Il en est déjà question dans l’ancien testament. Le livre de la sagesse, pour ce citer que lui, en parle en ces termes : « le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l’abime et en ramène. » (1 S 2,6) Pourtant les Sadducéens ne croient pas en la résurrection. Alors pour montrer l’absurdité de cette croyance ils interpellent Jésus sur un cas d’école basée sur la loi du Lévirat qui consistait à épouser la veuve de son frère pour lui donner une descendance. Le positionnement des Sadducéens relève d’une fausse conception de la résurrection. Ils ne pouvaient concevoir la résurrection autrement que sous la forme d’une réanimation du corps et d’une continuation de la vie terrestre. En fait la question qui est posée ici c’est de savoir s’il y a quelque chose à espérer après la mort.

Jésus nous donne une première indication en disant que la vie de ce monde est une chose (« les enfants de ce monde se marient ») et que la vie dans l’autre monde est tout autre chose. Là nous serons semblables aux anges c’est-à-dire que nous n’aurons plus d’autre préoccupation que de nous réjouir d’être en présence de Dieu et nous ne pourrons plus mourir.

Dieu nous laisser donc espérer que la vie dépasse la mort. De fait, dans la bible il se présente souvent comme celui qui peut faire mourir ou vivre. Il n’y a donc pas de fatalité. La vie et la mort ne dépendent pas de forces qui nous dominent. Nous ne sommes pas à la merci du hasard ou sous le pouvoir de tel ou tel individu qui peut nous jeter un sort. Nous avons été créés libres, libres de choisir la vie ou la mort, de nous en remettre à Dieu, maître de la vie, ou à quelqu’un d’autre.

En faisant référence à Abraham, Isaac, Jacob l’évangéliste saint Luc veut nous faire toucher du doigt que le passé à quelque chose à voir avec le monde à venir. Ce que nous considérons comme passé sera présent dans le monde à venir. La résurrection ne fera pas de nous des hommes nouveaux. Elle ne fera pas table rase de notre vie passée. Au contraire nous ressusciterons avec tout ce que nous aurons vécu. Et ça vaut aussi pour toute l’histoire de toute l’humanité. Notre foi, nous l’avons héritée d’Abraham et elle s’inscrit dans la succession des alliances que Dieu a passées avec son peuple jusqu’à l’alliance nouvelle et éternelle en Jésus-Christ. Cette longue histoire faite de ruptures et de réconciliations, cette longue histoire qui traîne son poids de souffrance et de bonheur est totalement prise en compte par le Dieu des vivants. Et si nous vivons pour lui, alors notre vie contient déjà en elle les germes de la vie éternelle. Mais il n’empêche qu’il faudra attendre la fin des temps pour ressusciter. Dans ce cas comment concilier la vie en Dieu après la mort et remettre la résurrection à la fin des temps ? Pour résoudre cette contradiction il faut considérer la résurrection en deux temps : un premier encore inachevé et invisible pour nous et un second qui sera l’accomplissement de la résurrection de tous au regard de tous.

Pour cela il nous faut dépasser les représentations temporelles de l’éternité. Quand la mort survient tout lien humain avec le défunt est rompu sans que nous puissions entrevoir la résurrection. Comme nous vivons dans le temps nous pensons que les défunts vivent eux aussi une durée entre leur mort et la résurrection finale à la fin des temps.

En réalité la mort nous fait abandonner la temporalité pour nous faire basculer dans le royaume éternel de Dieu, dans le royaume de la résurrection. Le défunt vit déjà la fin des temps au moment de sa mort et participe déjà à sa résurrection. Disons qu’à la résurrection c’est le « moi » de chacun qui retrouve une vie plénière. Ce n’est possible que si le lien avec le corps est rétabli.

Tant qu’il y aura des hommes sur cette terre qui ne sont pas ressuscités, toute résurrection restera inachevée. Ceci nous affecte chaque fois que la mort nous confronte à la séparation d’avec nos défunts, mais ceci affecte aussi le monde de la résurrection qui garde avec nous une vraie solidarité, en raison de la « communion des saints ». La fin du monde aura pour conséquence une résurrection totale et achevée de tous et de chacun, et de chacun avec tous. Ce sera le deuxième temps de la résurrection et même l’achèvement de la résurrection de Jésus, résurrection inaugurée le jour de Pâques. Nous vivons jusqu’à la fin des temps la lente gestation de la résurrection du Christ total. Rendons grâce pour cette formidable espérance qui nous anime et qui dépasse notre horizon terrestre. Que notre foi fasse de nous des témoins de l’espérance.

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