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Homélie de la Fête de la Toussaint (Père Vincent Klein sj)

1 Nov 2016

 

Matthieu 5, 3-12

 

A l’aumônerie de prison ici au Grand-Duché, nous avions prévu depuis longtemps d’inviter notre archevêque à célébrer l’Eucharistie au centre pénitentiaire semi-ouvert de Givenich, près de Wasserbillig. C’est un petit établissement d’une centaine de détenus, qui travaillent soit dehors –ils rentrent alors le soir pour dormir- soit sur place dans le jardin, la ferme, les bois ou un des multiples ateliers sur place. Mais l’état assez délabré de la chapelle, qui devrait enfin bientôt être restaurée, et le peu de fréquentation de la messe –le sport, les coups de téléphone, la télévision ou les jeux attirent souvent davantage-, nous a fait longtemps hésiter avant de proposer à Mgr Hollerich de présider l’Eucharistie. Le jubilé des prisonniers qui aura lieu dimanche prochain en aura été l’occasion, presque le prétexte. Hier soir nous avons donc célébré dans notre petite chapelle défraichie, la messe de la Toussaint et fait mémoire des défunts.

 

Mais un événement tragique a bouleversé la donne. En effet, une jeune gardienne, Myriam, est décédée de manière tragique il n’y a même pas deux semaines. Le problème est que je n’en savais rien jusqu’à la semaine dernière quand je suis allé au centre pénitentiaire et que j’ai vu que les ateliers étaient tous fermés, le personnel quittant le centre de détention pour se rendre aux funérailles. Le problème est que personne ne m’a rien dit à ce moment-là et que le directeur m’a simplement confirmé que de leur côté tout était prêt pour la venue de notre archevêque hier soir. Les gardiens de permanence m’ont indiqué où se trouvaient les détenus que je souhaitais visiter et ceux-ci m’ont appris la tragique nouvelle. Quel choc de savoir cette jeune femme si souriante et aimable avec tout le monde tragiquement décédée, qui plus est, dans les environs immédiats du Centre Pénitentiaire. Et comme je me suis senti mal que personne, même pas le directeur, ne m’ait averti ! En tant qu’aumônier et prêtre, j’aurais bien entendu concélébré la messe d’enterrement. Comme je regrette de ne pas avoir montré une autre attitude que ma joie ou ma bonhomie habituelle plutôt que de la compassion. Mais comment aurait-il pu en être autrement ?

 

Avec l’accord de mes collègues de l’aumônerie, j’ai envoyé jeudi dernier un e-mail au directeur et au chef de la détention en leur demandant de bien vouloir accepter mes excuses, car si je n’ai pas été à l’enterrement ni souhaité mes condoléances au personnel à ce moment-là, c’était parce que je n’étais pas au courant. J’invitai par la même occasion les membres du personnel qui le souhaitaient, à venir participer à la célébration de la Toussaint avec les détenus et déposer une fleur pour Myriam sur la tombe que nous avions reconstituée au milieu de la nef avec deux sacs de terreau. Les autres pouvaient déposer une fleur pour les défunts de leur famille. Mais je n’ai reçu aucune réponse à mon message…

 

Et voilà que hier soir, le miracle de la Toussaint s’est produit. La chapelle s’est remplie alors qu’un premier sondage nous aurait fait penser qu’une poignée seule serait venue, malgré la présence de notre archevêque. Deuxième miracle : une délégation de gardiens était présente –avec en tête le chef de détention, alors que généralement ils aiment garder leurs distances avec les détenus. Troisième miracle : la mère, la sœur et un bon ami de la jeune femme décédée sont venus : une première dans nos prisons. Et dans cette petite chapelle décrépie où nous étions une bonne vingtaine de personnes, a grandi une communion inattendue, grâce à la joie des beaux chants, souvent entraînant, choisis par Valdemar, une joie contagieuse jusqu’à la famille reprendre les chants joyeux malgré le terrible deuil, joie de voir des gardiens et des détenus se donner la paix du Christ –il faut travailler en prison pour savoir ce que cela représente-, joie pour moi de proclamer cet Evangile des Béatitudes avec force : « Heureux les pauvres de cœur » : oui, heureux sommes-nous d’avoir eu cette humilité pour nous rencontrer malgré nos différences, « Heureux les miséricordieux » : il y avait tant à pardonner et à se faire pardonner et pour moi, reconnaître que le Seigneur récolte là où on ne l’attend pas et donne du fruit au-delà de toute espérance. « Heureux ceux qui pleurent » : voir des détenus venir humblement apporter leurs condoléances à la famille de Myriam, une gardienne, cela se passe de commentaire.

 

Chers frères et sœurs, la Toussaint n’est pas d’abord la fête des Saints que l’Eglise a canonisés et qui pour beaucoup sont des étoiles bien distantes de nous. Non, la Toussaint, c’est d’abord la fête de tous ceux que le Christ a choisis et que le Père a sanctifiés, c’est-à-dire pardonnés et pris auprès de Lui. Hier soir -il fallait vraiment être aveugle pour ne pas le voir- c’est Myriam qui nous a rassemblés au nom du Christ. C’était elle la sainte, au-delà des vicissitudes de sa vie et des contingences de sa mort. Alors aujourd’hui, en ce jour où nous fêtons tous les saints, je nous souhaite à de découvrir ces saints du quotidien autour de nous, proches de nous et qui nous rassemblent autour de leur tombe ou de leur mémoire et qui nous disent le visage de Dieu. AMEN.

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