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Homélie du 28ème dimanche ordinaire C (Père Vincent Klein sj)

9 Oct 2016

 

Luc 17, 11-19

 

Chers frères et sœurs,

La liturgie nous gâte aujourd’hui avec ce très bel Evangile tiré du chapitre 17 de St Luc. Pour moi, ce texte est d’une richesse exceptionnelle : il nous donne des clés de lecture pour comprendre ce qu’est la vie spirituelle.

 

Quand je lis ce texte, je pense à ce mot tellement riche : RE-CON-NAISSANCE. La reconnaissance, elle est au cœur de la démarche du Samaritain. Dans « reconnaissance », il y a le mot « naissance ». Exprimer de la reconnaissance, c’est en quelque sorte « naître à nouveau », comme le disait Jésus à Nicodème. Dans « reconnaissance », il y a le mot « con-naissance », littéralement « naître avec ». C’est un mot très fort qui dans la bible désigne même la relation sexuelle.  (cf. Marie à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »). Connaître quelqu’un au sens biblique du terme, c’est tout le contraire de le réduire à ce que je crois savoir de lui, tout le contraire de le mettre dans une case, lui coller une étiquette « je te connais, tu es comme ça, comme ça… ». Connaître quelqu’un, c’est me mettre en route avec lui, grandir avec lui pour ne faire plus qu’un… Dans le mot « reconnaissance », il y a la particule « re » qui désigne la répétition, le retour, faire le chemin à l’envers pour re-venir sur ses pas.

 

Dans la spiritualité ignatienne, nous insistons sur la re-lecture de la journée. On appelait cela dans le temps l’examen de conscience. Ce terme a pu mener à une interprétation culpabilisatrice dont Saint Ignace se départit pourtant soigneusement dans les Exercices Spirituels. Relire sa journée sous le regard bienveillant du Christ, c’est avant tout exprimer de la reconnaissance pour l’action de Dieu dans la journée qui se termine, reconnaître sa présence parfois discrète, dans les rencontres que j’ai pu faire, dans le travail, la prière, les lectures. Et la prière n’est-elle pas avant tout ce retour, ce moment intime de reconnaissance, un moment qui nourrit toute ma vie ? Elle me fait naître, connaître, c’est-à-dire naître à nouveau avec Dieu en reconnaissant son action dans ma vie.

 

Revenons maintenant au texte de l’Evangile. Voici dix lépreux qui viennent à la rencontre de Jésus et s’arrêtent à distance, respectant ainsi les lois de la quarantaine. Ils ont entendu parler de lui et le considèrent au moins comme guérisseur. Notez bien que Jésus ne les touche pas, il reste à distance. Il les invite à aller se montrer aux prêtres, c’est-à-dire à aller constater qu’ils sont guéris et peuvent réintégrer la société, vivre normalement. Et là, le miracle est qu’ils se mettent en route, alors qu’ils sont lépreux et devraient d’abord guérir ! Ce n’est pas logique, mais c’est la logique de la foi, de l’amour. En chemin, nous dit le texte, ils furent guéris. Nous avons ici une magnifique illustration de comment interpréter les récits de guérison dans l’Evangile. Chaque fois qu’il guérit, Jésus dit au malade ou au pécheur : « ta foi t’a sauvé » et non pas « regardez-moi, je suis celui qui guérit ! » Dans notre vie de chrétien, nous rencontrons le Christ en nous engageant, en nous mettant en route, comme les disciples d’Emmaüs. N’est-ce pas cela la meilleure définition de la foi : avoir cette confiance folle que Jésus viendra nous rejoindre et guérira nos blessures les plus profondes, celles qui nous font le plus honte et que nous savons souvent si bien cacher derrière le paravent de la bienséance. Mais si nous nous mettons en route dans la foi, nous le faisons avec humilité et nous tâchons de mettre notre orgueil en poche.

 

Le récit nous dit bien que les dix lépreux furent purifiés en chemin. Un seul, un Samaritain, un étranger, quelqu’un qui était donc doublement exclu, fait le chemin inverse, fait retour sur lui, remonte à la source pour rencontrer Celui qui est la Vie et plein de reconnaissance, renaître avec lui. Il cherche derrière le don le donateur, il remonte le cours d’eau après avoir bu pour rencontrer la source, comme dirait Saint Jean de la Croix. Et grâce à cette rencontre pleine de reconnaissance, il n’aura plus jamais soif.

 

Chers frères et sœurs, souvent nous sommes tristes quand nous passons du temps à préparer un cadeau et que la personne à  qui on l’offre, c’est souvent un enfant, mais pas toujours, ne s’intéresse qu’au cadeau sans montrer de la reconnaissance pour celui qui l’a offert. Dans nos réunions avec les bénévoles qui s’engagent dans l’accueil des réfugiés, souvent nous constatons que certains disparaissent de la circulation une fois que leur situation s’arrange et ils semblent oublier le temps et l’amour que nous avons consacrés pour eux. Ce n’est pas grave, nous dit saint Luc aujourd’hui. Cela arrive dans 9 cas sur 10 ! Mais avec les 10% restant, nous pouvons vivre une rencontre véritable qui nous mènent vers la source, vers Celui qui nous anime et nous envoie à sa suite : Jésus, que nous re-con-naissons comme Christ et Sauveur. AMEN. 

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