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Homélie de la Fête de l'Epiphanie (Père Vincent Klein)

3 Jan 2016

 Matthieu 2, 1-12

 

Aventuriers, amoureux de ce Dieu qu’ils ne connaissent pas encore, voilà des mages partis d’orient, sans doute de Perse, pays des astrologues et des adorateurs de Zarathoustra. À défaut d’avion et d’agences de voyage, ils ont loué des dromadaires, du moins si on en croit la tradition. En effet, dès premiers siècles, les Pères de l’Eglise ont vu dans le passage d’Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture, une annonce du mystère que nous célébrons aujourd’hui. C’est d’ailleurs cette même tradition, cette même relecture d’Isaïe qui a fait dès les premiers siècles du christianisme de ces mages des rois, trois rois puisqu’ils offrent trois présents.

 

Nos mages se mettent donc en route d’Ispahan ou d’une autre ville d’orient… Ils n’ont pas reçu sur leur Smartphone la photo de l’enfant ou même des parents qu’ils cherchent, ni d’indication exacte de l’endroit de la naissance. Et tant mieux, car ils se seraient sans doute demandé en la voyant comment le roi des Juifs aurait pu naître dans de si pauvres conditions. Mais s’ils n’avaient pas d’Internet à l’époque, ils avaient bien un GPS, une étoile qui les guidait. Et des astrologues comme eux sont des experts pour lire les étoiles.

 

L’étoile est au centre de notre récit. Arrêtons-nous juste un instant et demandons-nous quelle est cette étoile que des personnes qui ne connaissent pas Dieu portent en eux. En spiritualité ou en anthropologie, on appelle « désir » ou simplement « amour » ou même « conscience », cette source qui est commune à toute humanité, croyante ou non. Cette étoile nous guide tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous-mêmes. N’est-ce pas en fait cette boussole que nous appelons l’Esprit Saint ?

 

Mais revenons à nos pèlerins. Voici que, comme cela nous arrive aussi, leur GPS tombe en panne. L’étoile s’arrête sur Jérusalem et n’indique plus rien de précis. Les lumières de la ville affolent les paramètres de navigation. Nous le savons bien, pour observer les astres, il faut s’éloigner des sources parasites de lumière, de tous ces faux dieux qui nous distraient de l’essentiel. Pour suivre l’étoile, il faut s’écarter de la ville. Pour trouver Dieu, il faut pouvoir se retirer pour prier comme Jésus dans un lieu reculé afin de retrouver le sens de l’orientation.

Arrêtés dans leur élan, les mages demandent aux savants de Jérusalem où l’enfant devait naître. « À Bethléem de Judée » lui répondent-ils, après avoir consulté leurs rouleaux. Ainsi l’Ecriture Sainte, la bible, vient prendre le relais de l’étoile pour orienter les mages. Merveilleux exemple de la méditation chrétienne : la rencontre entre un passage de la bible et notre vie à travers l’Esprit qui habite en nous ? Les moines autres religieux en font l’expérience avec la lectio divina ou la méditation guidée à partir d’un texte d’Evangile.

 

Cette rencontre entre la vie et l’Ecriture est féconde, elle met en mouvement. « Voilà », nous dit notre Evangile, « que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait. Elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant ». Dieu est à l’œuvre, ils le sentent de par la « très grande joie » qu’ils éprouvent. Le critère de la joie est essentiel pour tout discernement dans la vie spirituelle.

 

La rencontre de Dieu, dans l’humilité de la crèche invite les mages -et chacun de nous à leur suite- à une attitude de profond respect. Pour approcher de la crèche, il faut se mettre à genoux. Apprenons, nous aussi, à honorer dans notre vie ces lieux, ces moments sacrés, où l’étoile s’arrête au-dessus de ces moments clés de notre vie, moment où nous avons rencontré le Seigneur, dans la méditation ou dans le frère le plus humble.

 

Alors, nous tenant dans la vérité de l’Evangile, nous écartant des idoles, nous offrirons l’or de la royauté non pas à une étoile, je veux dire ici à une star éphémère, fût-elle chrétienne, mais à l’Unique digne de notre prosternation. Nous n’offrirons plus l’encens de notre prière à des faux dieux qui nous éloignent de l’essentiel. Nous n’offrirons plus la myrrhe aux cadavres ténébreux de nos vies.

 

Non, si nous choisissons de suivre le Christ jusqu’au bout, nous offrirons la myrrhe pour embaumer notre bien-aimé, car en accueillant sa mort, celle de nos proches et la nôtre, nous entrons déjà avec lui dans le mystère de Pâques. Nous offrirons l’or à Celui qui nous dit que les « pauvres sont les rois » et se retire pour leur faire place. Nous offrirons l’encens à ce Dieu qui lie ciel et terre d’amour et de don de soi.

 

Et si nous parvenons à adorer ainsi le vrai Dieu, l’Unique, nous repartirons le cœur léger et les mains vides « par un autre chemin », comme nous le dit le texte, car la vie nous réserve encore bien des rencontres, bien des surprises.

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