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Homélie du 26ème dimanche ordinaire C (Père Jacques Weisshaupt sj)

24 Sep 2016

 

Luc 16, 19-31

 

Frères et sœurs,

 

         Les textes d’écriture, aujourd’hui, sont à la première audition bien secouants. Quelle est donc la raison de cette virulence ? Rappelons-nous les mots d’Amos : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem… vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau… ils boivent le vin à même les amphores…ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël. », ainsi que le psaume : « le Seigneur égare les pas du méchant… », et enfin, cette rude parabole de Saint Luc, à laquelle on donnerait spontanément le titre : Lazare et le mauvais riche.

Oui, il s’agit pour Jésus dans l’évangile de Luc de nous avertir, de mettre le doigt sur le danger des dangers, la pente glissante sur laquelle peut nous mener la richesse. Dimanche dernier nous avons vu comment nous avions à nous conformer au discernement du gérant trompeur qui finit par tromper l’argent trompeur en neutralisant son effet de fascination et son statut d’idole : faites-vous des amis avec l’argent trompeur, pour que ceux-ci vous accueillent dans le Royaume.

Découvrons ensemble quelques enseignements bénéfiques dans cette parabole.

 

         D’abord, aucun reproche n'est fait au riche sur son train de vie : riche, il vit selon sa richesse. C'est normal. Alors, pourquoi cette parabole ? Essentiellement ceci : le riche ici ne partage pas, il vit enfermé sur lui-même, il n'a aucune idée de ce qui se passe à sa porte. Chez lui, aucune compassion. Voilà le drame ! Car alors, en prise de conscience définitive, c’est la fournaise qui aura le dernier mot sur lui.

         La justice et l’amour, cette ouverture aux autres, à leurs besoins, est vie dès ici-bas et bien sûr dans l'éternité.

         L'égoïsme, lui, est, au fond, une mort permanente. Sans l'attention aux autres et à Dieu, notre vie devient désordonnée et stérile. La vie est fruit du don de soi.

 

Regardons maintenant aussi le pauvre. Remarquons que c’est le seul personnage dans les paraboles de l’évangile qui est nommé par son nom, il n’est pas anonyme comme le riche, il s’appelle Lazare, qui veut dire en araméen : « Dieu aide ».

         Le Seigneur ferait-il ici l'éloge de sa pauvreté ? Je ne pense pas. La pauvreté comme la richesse ne sont ici pour Jésus, ni infamie ni vertu. Alors ? Pourquoi le pauvre va-t-il tout droit en Paradis, et se retrouve-t-il à la meilleure place ? Ce n'est certes pas dû à ses mérites à lui, mais à la seule bonté de Dieu. Lazare est près d'Abraham parce que, dans tout l’évangile, Dieu est toujours bon pour les pauvres et les faibles. Jésus, qui passa en faisant le bien, ne cesse de guérir les malades et de réconcilier les pécheurs, ces grands pauvres. Dieu est amour.

         La première leçon de cet évangile est donc simple et frappante. Sans amour, il n'y a pas de vie heureuse, ni ici sur cette terre, ni dans la vie éternelle. L'égoïsme conduit malgré les apparences droit à la mort.

         Revenons encore au riche pour découvrir un deuxième enseignement. Au fond, ce riche n'était pas si méchant ; dans la fournaise, il aurait pu se révolter, crier sa haine de Dieu… Il ne le fait pas, seule l'habite cette inconscience terrible qui lui faisait ignorer le pauvre prochain couché à sa porte. Il voudrait, dans la fournaise, un peu de soulagement, une goutte d'eau… « Impossible ! » répond Abraham. Entre l’amour et l'égoïsme, il y a un « abîme », comme le dit Abraham. Donc, change la logique de ta vie !

          Dans la parabole, l'abîme est dit infranchissable ; cela met bien en relief que c'est maintenant qu’il nous faut changer de vie, et sortir de notre égocentrisme sournois : pas dans un "demain" sans cesse reporté.

         La dernière leçon de cette parabole se trouve dans la seconde partie de la parabole, qui met en scène les 5 frères de l’homme riche :

         il s’agit de réfléchir à la manière dont nous pouvons nous inciter les uns les autres à nous désenclaver et à devenir libres.

 Le riche voudrait que Lazare aille faire un tour sur la terre prévenir ses frères.

« Impossible ! » répond encore Abraham. Nous sommes, nous, dans la situation des frères. Nous sommes encore sur cette terre. Les Écritures, les prophètes comme Amos, ne cessent de nous inciter à bien vivre. Inutile d'attendre des événements extraordinaires pour que nous décidions de nous convertir : Dieu ne cesse de nous parler par les Évangiles, par la Bible, par les frères et les sœurs, par le l'Esprit du Ressuscité qui murmure au cœur et à la conscience.

         Que cette parabole si schématique ne nous effraie donc pas ! Riches ou pauvres, c'est l'amour toujours fraternel et filial qui donne son sens à notre vie. La parabole d'aujourd'hui a  l’avantage de nous faire percevoir les enjeux. «On n'a qu'une vie », disons-nous. Oui, nous l’avons reçue, et elle nous est confiée pour être source d'amour pour autrui. C'est donc maintenant qu'il nous faut ouvrir notre cœur. C’est ce à quoi nous nous engageons, chacun et chacune comme nous le pouvons, dans l’accueil de nos frères et sœurs dans le malheur et la déréliction.

 

 

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