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Homélie du 5ème dimanche de Pâques C (Père Vincent Klein sj)

24 Apr 2016

 

Jn 13, 31-33a-34-35

 

Chers frères et sœurs,

 

Voici un texte d’Evangile court, simple et à vrai dire, assez redondant. En effet, Jésus utilise, dans la plume de Jean, pas moins 5 fois le verbe « glorifier » dans les deux premiers versets et 4 fois le verbe aimer + une fois le substantif « amour » dans les deux derniers. 5-5 : égalité parfaite pourrait-on dire.

 

Que signifie le mot « glorifier » que Jean utilise abondamment dans son discours d’adieu (ch. 13 à 17) ? Pour Jean, la gloire de Dieu se manifeste sur la croix. C’est le moment de vérité, qui sera la source même du kérygme, c’est-à-dire le cœur de la foi chrétienne. Jean utilise le mot heure : « mon heure est venue » pour désigner la croix, là où tout se joue pour notre foi : soit nous y adhérons et nous croyons, soit nous la rejetons –et on peut le comprendre, car ce n’est pas facile d’accepter d’aimer jusque là ! Sur la croix, le Christ est élevé, il est « glorifié », il se révèle comme Dieu au plus humiliant de son humanité. Passion, mort, résurrection, ascension et pentecôte, pour Jean l’évangéliste, tout se joue là, sur la croix. Et nous sommes invités à le reconnaître, en convertissant notre regard pour arriver à la force de cet étonnement : « Comment Dieu peut-il nous aimer jusque là ? », « qui suis-je, qui sommes-nous, pour qu’Il en vienne à donner Sa vie pour moi, pour nous ». Et vient alors ce que St Ignace et les mystiques appellent le don des larmes, cette reconnaissance humble de cet amour fou, gratuit et totalement immérité au regard de ma, de notre faiblesse. Cette joie pascale est celle des Béatitudes : « heureux les pauvres de cœurs, heureux les miséricordieux, heureux ceux qui pleurent… »

 

Le Christ glorifié est donc celui qui nous aime « jusque là », jusqu’au bout du don de soi. « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » est un commandement à l’opposé de la mièvrerie d’un amour consensuel où tout le monde se reconnaitrait à peu de frais, un amour qui se répand sur le sol comme un ciment liquide qui couvre les aspérités et uniformise  les différences dans un grand tout. Et combien les médias, mais aussi chacun de nous, y compris les prêtres dans leurs homélies, n’abusent pas de ce mot « amour », servi comme une tarte à la crème et qui à force de tout vouloir tout dire ne dit plus rien et surtout, masque l’exigence vitale de l’évangile et les combats qu’elle entraîne. Car il ne s’agit pas d’aimer n’importe comment, mais d’aimer vrai, d’aimer jusqu’à la croix, là où Dieu, où l’Homme est glorifié, là où tout se joue. C’est le sens profond du martyre chrétien.

 

Le pape François, en proclamant l’année jubilaire de la miséricorde, remet cette exigence évangélique au cœur de notre agir chrétien. Dans sa toute récente exhortation apostolique « la joie de l’amour » qui fait suite au deux synodes sur la famille, le pape prend résolument le contrepied de ceux qui veulent l’enfermer dans un schéma « libéral ou conservateur ». Il les renvoie dos-à-dos en les frustrant dans leurs attentes. En effet, les libéraux attendaient du pape qu’il « permette » le divorce, le remariage ou même le mariage homosexuel, etc. Il n’en est rien. Et les conservateurs qui, souvent déroutés par l’engagement de François en faveur des exclus et des plus petits, tentaient de faire pression sur lui pour qu’il rappelle les normes de l’Eglise en matière de morale sexuelle, en sont pour leurs frais également.

 

S’il renvoie ainsi les deux camps dos-à-dos, c’est parce que tout simplement, il se situe à un autre niveau : celui de l’Evangile. Il ne s’agit pas d’assouplir ou de réaffirmer des normes, mais de tendre la main (« reech eng hand »), de nous dépouiller de notre orgueil pour rejoindre nos frères et sœurs blessés par la vie et de faire avec eux un bout de chemin. Tout comme Jésus a refusé de se laisser piéger par ceux qui voulaient savoir de quel bord il était en lui demandant si on pouvait payer l’impôt à César, tout comme Jésus a renvoyé chacun à sa conscience, c’est-à-dire à sa propre vie, avant qu’il ne jette la première pierre sur la femme adultère, le pape François nous invite vis-à-vis des couples et des familles à une attitude de miséricorde, à l’aventure de la foi chrétienne à l’image de Jésus. Loin de jeter le doute ou le flou sur l’exigence de l’amour comme le craignent certains, le pape François refuse que s’installe dans notre Eglise une division héritée de l’Ancien Testament entre les purs et les impurs, entre les justes et les injustes, entre le bons et les méchants, les winners et les losers, etc. Mais il nous invite plutôt à faire un chemin à la recherche de la brebis perdue.

 

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