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Homélie du 5ème dimanche de Carême C (Père Jacques Weisshaupt)

13 Mar 2016

 

 

Jean 8, 1-11

 

Frères et sœurs,

L’évangile d’aujourd’hui se situe dans le contexte de la fête des Tentes à Jérusalem, dans le Temple, où Jésus s’était rendu, après avoir passé une nuit en prière au Mont des Oliviers. Jésus était en train d’enseigner.

Ce passage ne faisait pas partie du texte johannique original, on pourrait en attribuer la rédaction à l’évangéliste de la miséricorde, saint Luc. On ne peut contester sa canonicité, son caractère inspiré et sa valeur historique.

Dans ce récit, personnages sont nettement situés : au centre de l’action, il y a cette femme menacée de mort ; et d’un côté, des scribes et des pharisiens décidés à la condamner, forts qu’ils sont de la loi de Moïse ; de l’autre, Jésus, à qui on demande de se prononcer. Les rôles sont  manifestes : il y a une victime, des accusateurs et un juge.

De la victime, nous ne savons rien, si ce n’est qu’elle a été surprise en flagrant délit d’adultère. Dans ce récit, et dans la vie, elle est au fond réduite par ses accusateurs au statut d’objet, elle est instrumentalisée, elle est passée d’objet de désir, objet de mépris à instrument pouvant servir à régler le conflit latent entre les pharisiens et Jésus. Elle est réduite au silence, tout se passe sans qu’elle puisse réagir.

Les pharisiens, eux, jaloux de l’autorité grandissante de Jésus, se servent de cette malheureuse pour piéger Jésus. Ils la lui amènent et lui demandent de se prononcer sur son cas : « Dans la Loi, Moïse nous a commandé de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? »

Le piège est parfait. Ou bien Jésus se solidarise avec la condamnation légale, et alors il se met en opposition flagrante avec le pouvoir de l’occupant romain, qui seul peut décider la peine de mort, et, en même temps, il se met en contradiction avec son propre enseignement de révélation du Dieu, Père plein de miséricorde. Ou bien il refuse la condamnation légale, et il s’oppose alors à Moïse, l’autorité suprême.

Piéger Jésus était régulièrement leur objectif : accuser Jésus d’une guérison le jour du sabbat ou le questionner sur l’obligation de payer le tribut à César. Ici, l’évangéliste transforme magistralement l’insidieuse question « Et toi qu’en dis-tu ? » en une démonstration de la thèse fondamentale de sa mission de Sauveur : révéler le Seigneur de toute miséricorde. Il n’est pas un juge qui condamne, il est le Sauveur.

En effet, Jésus, se penchant, dans un geste évasif, fait semblant d’écrire sur le sol. Il va cependant répondre clairement dans la ligne même de la Loi, comme c’est formulé par exemple en Deutéronome 13 « Que le témoin soit le premier à lapider le coupable ! » (Dt 13,9-10). Mais quel est l’esprit de cette Loi ? Jésus va orienter la question en en appelant à la conscience des accusateurs, le tribunal intérieur de chacun. L’important, c’est que chacun soit attentif à l’intention qui le pousse à agir. Tout l’enseignement de Jésus est fondé sur « la miséricorde et non le sacrifice ». Rappelons-nous par exemple le conseil du Seigneur en Matthieu (7,5) « Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors, tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère. » Jésus responsabilise le témoin. Et cela, sans que l’amour du prochain comme soi-même ne détourne le regard de la gravité de la faute d’autrui, mais exige qu’on le traite avec justice, en commençant par mettre de l’ordre dans notre propre conscience.

Jésus est venu pour révéler que Dieu est le Père miséricordieux.  Saint Paul le rappelle, par exemple dans l’épitre aux Romains : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » (Rom. 11, 32). C’est ainsi que se conclut la rencontre de Jésus avec cette femme adultère : « Personne ne t’a condamnée, moi non plus je ne te condamne pas. » L’Esprit du Seigneur, dans la prière que Jésus nous a léguée, nous fait répéter sans ambages et du fond du cœur : « Remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivent ». Tout en nous rappelant l’encouragement libératoire du Seigneur : « Va et désormais ne pèche plus ! ».

Ainsi nous est révélée l’attitude de Dieu envers chacun de nous. N’est-il pas frappant de constater dans cet évangile que le péché ne semble pas intéresser directement Jésus, puisqu’il ne pardonne pas explicitement le péché de la femme ? Il n’en parle même pas. Ce qui intéresse Jésus, c’est l’avenir de la personne : « va, et désormais ne pèche plus ! » Il aurait pu donner à la femme une liste de recommandations et de mises en garde. En fait, Jésus lui laisse toute la possibilité d’organiser sa propre vie. Il ne la met pas en garde contre un péché particulier ; son regard porte plus loin : le plus important, c’est d’aimer, c’est de ne pas pécher du tout, de progresser librement sur la route du Royaume de Dieu, éclairé par Celui qui est « la lumière du monde » (Jn 8,12).

En ce temps de Carême Dieu veut que nos regards soient tournés vers la joie de la Résurrection : qu'au lieu de ruminer nos péchés passés, nous nous acheminions d'un pas ferme vers une vie nouvelle où le péché n'aura jamais plus le dernier mot.
 

 

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