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Homélie du 3ème dimanche de Carême C (Père Josy Birsens)

28 Feb 2016

Luc 13,1-9

Un buisson abandonné dans les steppes du désert, un figuier stérile et à moitié mort – on ne peut pas dire que le Seigneur choisisse des lieux particulièrement alléchants pour se révéler ! A vrai dire, qui d’entre nous aurait été le chercher là, à l’écart des chemins habituels des bergers ou à l’endroit le moins intéressant d’une belle plantation de figuiers ? Mais Dieu, manifestement aime se révéler à l’écart et dans les périphéries plutôt qu’au centre, dans l’échec apparent ou la cause perdue plutôt que dans le succès facile et assuré ! Les lectures bibliques nous rappellent aujourd’hui que nous ne pouvons pas mettre la main sur Dieu, qu’il faut toujours garder une tension entre ce que nous savons ou croyons savoir de lui et le mystère de sa personne qui nous échappera toujours. C’est le sens profond de toute marche à travers le désert, celle du peuple hébreu et la nôtre en ce temps de Carême ou à chaque fois que nous sommes dans la peine ou le doute.

En reprenant deux faits divers tragiques, le meurtre de Galiléens par les légions romaines et la mort accidentelle d’habitants de Jérusalem par la chute de la tour de Siloé, Jésus rejette deux interprétations trop faciles de ces drames : ces personnes ne sont pas mortes parce qu’elle auraient péché, et Dieu n’a pas voulu cette mort atroce. Les responsables sont, d’une part, les légionnaires romains et leurs commandants et d’autre part les architectes et constructeurs de la tour. Dieu n’y est pour rien : celui qui en reste à une telle image caricaturale d’un Dieu bourreau des pécheurs a encore beaucoup de chemin à faire pour découvrir le vrai visage de Dieu ! Le Seigneur n’a pas besoin de nos malheurs pour se révéler et il ne s’en sert pas comme moyens pour nous faire revenir à lui, sinon il ne respecterait plus la liberté avec laquelle il nous a créés.

Le Dieu qui apparaît à Moïse et celui qu’annonce Jésus, c’est d’abord celui qui est aux côtés de tous les laissés-pour-compte, de toutes les victimes et qui le restera toujours. « Je suis celui qui suis/serai », le Dieu au-delà de toutes nos images et représentations mentales est en même temps celui qui voit la misère des hommes et descend pour la traverser avec eux, pour les en délivrer et les mener vers un horizon de vie et de béatitude. C’est le « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la 1000e génération » (Ex 34,6-7) que le Pape François veut nous faire redécouvrir en ce jubilé de la miséricorde. Le Dieu qui, patiemment reprend sa bêche et sa brouette remplie d’engrais pour donner une dernière chance à une âme récalcitrante qui ne veut/ne peut pas porter de fruits. Tel est le Dieu que nous avons à découvrir toujours à nouveau et auquel nous devons nous attacher de tout notre cœur en nous détournant des images négatives qui peuvent surgir dans notre inconscient ou qui sont véhiculées par la culture ambiante !

Mais Jésus fait comprendre aussi, et saint Paul encore de manière plus radicale, qu’il s’agit de saisir cette dernière chance donnée au figuier stérile et de s’ouvrir dans sa liberté à la grâce qui nous est faite, sinon il pourrait être trop tard un jour, comme pour les Galiléens surpris par la mort. La conversion, nous ne pouvons pas toujours l’ajourner mollement, la remettre à demain, car les fruits que le maître veut voir produits sont des fruits dont l’humanité souffrante a cruellement besoin, des fruits de solidarité, de partage et d’amour! Nous ne pouvons pas éternellement nous dérober aux appels d’autrui que Dieu veut voir exaucés par nos soins ! « Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36), c’est à dire : donnez généreusement et avec cœur à ceux qui sont dans le besoin et laissez-vous toucher par le sort des pauvres, réfugiés, victimes de la guerre, de la famine et de toute violence.

Comme Moïse au buisson ardent, nous nous sentons peut-être dépassés par cette tâche ; comme lui, nous entendons Dieu nous assurer qu’il sera toujours avec nous. Il viendra même à notre rencontre dans « le plus petit de mes frères ou sœurs » (Mt 25,40). Là où peut-être nous pensions le moins le trouver ! Et Jésus, comme le jardinier de la parabole, sera toujours là pour intercéder en notre faveur, pour se montrer patient et attentionné si les fruits tardent à venir. Voilà qui peut soutenir notre repentir et nous donner un nouvel espoir !

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